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Profession : vendeur de liqueurs exotiques

Des importateurs québécois font fortune en dégotant des boissons gazeuses rares qu’on ne trouve qu’à l’étranger.

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Fanta aux pêches blanches d’Okinawa, Pepsi sans bulles à la framboise, Minute maid aux litchis, tous les goûts sont dans la nature et des importateurs québécois le savent, puisqu’ils font fortune en dégotant des boissons gazeuses rares qu’on ne trouve qu’à l’étranger. 

Sapé en Lacoste, souliers Balanciaga aux pieds, Louis-Gabriel Bonnafé, 23 ans, est le propriétaire de la Rare Drank Co. et est bien la preuve que l’industrie des liqueurs rares est profitable.

Nouvellement établie sur le Plateau-Mont-Royal, la boutique au décor minimaliste jouit d’une popularité grandissante. Quand on y entre, on est accueilli par une ambiance de musique trap et des tablettes qui croulent sous des victuailles venues des quatre coins de l’Asie. Mais ce qui attire l’attention dès le premier regard, ce sont les deux réfrigérateurs chargés de bouteilles aux étiquettes chinoises ou japonaises. 

Tout ça grâce au «crème soda»  

Oui vous avez bien vu, 24 bouteilles du «crème soda» qu'on trouve n'importe où ici peuvent valoir 100$ ailleurs.

Rare Drank Co.

Oui vous avez bien vu, 24 bouteilles du «crème soda» qu'on trouve n'importe où ici peuvent valoir 100$ ailleurs.

Rien dans sa vie ne promettait Louis-Gabriel à la vente de liqueurs rares. C’est en 2017, lors d’un voyage en Floride, qu’un Américain dans une station balnéaire lui a offert 200 dollars US en échange d’une caisse de «crème soda» de marque Crush, une exclusivité qu’on ne trouve qu’au Québec. C’est après ce marché fortuit que le jeune entrepreneur de Sainte-Julie a vu dans la distribution de «crème soda» à l’étranger une manne à exploiter. 

Huit bouteilles de deux litres de «crème soda» peuvent se vendre 200$ à l'étranger.

Rare Drank Co.

Huit bouteilles de deux litres de «crème soda» peuvent se vendre 200$ à l'étranger.

Trois ans plus tard, il exporte autant qu’il importe des liqueurs exotiques en grandes quantités, parfois à coup de plusieurs milliers de bouteilles. Sur son site web, on peut acheter une caisse de 24 bouteilles de «crème soda» pour 100$, preuve que le vendeur est très confortable financièrement. «Mais je te dirai pas je fais combien. Je veux pas donner le goût à d’autres de se lancer dans la business!», s’esclaffe Louis-Gabriel, qui déambule en trottinette dans son magasin. 

Louis-Gabriel Bonnafé fait de la livraison en plus de tenir boutique sur le Plateau-Mont-Royal.

Samuel Boulay

Louis-Gabriel Bonnafé fait de la livraison en plus de tenir boutique sur le Plateau-Mont-Royal.

L’intérêt pour les liqueurs étrangères «a explosé» durant la pandémie selon Louis-Gabriel, qui a vu ses ventes se décupler. «Les gens étaient plus sur les réseaux sociaux, ils cherchaient à se faire plaisir», alors l’intérêt pour les «petites commodités» a augmenté, résume l’entrepreneur de 23 ans. 

Le Blueberry Faygo est extraordinairement populaire parce qu'une chanson du rappeur Lil Mosey porte ce nom.

Samuel Boulay

Le Blueberry Faygo est extraordinairement populaire parce qu'une chanson du rappeur Lil Mosey porte ce nom.

Il attribue aussi cette nouvelle popularité à la représentation des liqueurs exotiques dans le rap américain. Dans leurs chansons, des vedettes de rap mentionnent certaines liqueurs ou en sirotent sur les réseaux sociaux parce qu’elles agrémentent la consommation de sirop codéiné, qu’on appelle communément du lean.

«J’ai tellement de jeunes qui se ramènent et qui me demandent si j’ai du Faygo à la framboise bleue à cause de la toune Blueberry Faygo de Lil Mosey», raconte Louis-Gabriel, bien qu’il se doute que ce ne soit pas pour consommer du lean

Rappeur de 18 ans, Lil Mosey a percé le top100 de plusieurs palmarès avec Blueberry Faygo, un simple qui culmine à plus de 600 millions d’écoutes sur Spotify. 

En suivant l’exemple de la compagnie américaine la plus florissante de l’industrie, Exotic Pop, qui affiche ses produits avec des sommités comme Drake, 21Savage et Travis Scott, Louis-Gabriel souhaite s’associer avec des rappeurs québécois comme Tizzo, qu’il a déjà approché. 

Pour Louis-Gabriel Bonnafé, le Fanta aux pêches blanches, de par sa rareté, est une bonne source de revenus.

Samuel Boulay

Pour Louis-Gabriel Bonnafé, le Fanta aux pêches blanches, de par sa rareté, est une bonne source de revenus.

La compétition est forte dans ce milieu, puisque la rareté de certains produits importés en petite quantité au Québec fait grimper leur valeur. 

Par exemple, le Fanta japonais aux pêches blanches, surnommé «white peach», coûte «entre 20 et 30 dollars sur Amazon. raconte Louis-Gabriel Bonnafé. Moi je suis capable de le vendre à 8 dollars et tirer un profit». 

Son secret ? Des distributeurs de d’autres pays avec qui il obtient des bons prix. «Les fournisseurs c’est comme des diamants, puis nous on est dans une mine! J’vais pas te le dire où je l’ai trouvé parce que je veux être le seul à l’avoir !», s’emballe Louis-Gabriel qui est lui-même le fournisseur de plusieurs magasins américains friands du Crush soda mousse.

Les dangers de la marge  

Samuel Boulay

En tant qu’industrie émergente, le commerce de liqueurs exotiques attire son lot d’infréquentables. Comme la concurrence y est forte, les débordements sont à prévoir, et Louis-Gabriel l’a appris à la dure. «Deux jours après mon ouverture c’est arrivé», une vitrine défoncée par un inconnu dans la nuit. 

Coïncidence ? Pas pour Louis-Gabriel Bonnafé. «Un de mes amis s’est déjà fait poignarder pour une caisse de white peach», raconte-t-il, preuve que le milieu est hostile.

Il n’empêche que le vendeur de liqueurs exotiques ne regrette pas de s’être embarqué dans cette aventure. 

«Quand je vends quelque chose c’est une victoire pour moi et pour personne d’autre, c’est pour ça que c’est la meilleure job», assure le propriétaire de la Rare Drank Co