Attaques à Québec : faut-il nommer les auteurs d’attaques meurtrières? | Tabloïd
/videos

Attaques à Québec : faut-il nommer les auteurs d’attaques meurtrières?

s

Le débat fait rage après les événements survenus le soir d’Halloween à Québec : la plupart des médias ont donné le nom du meurtrier, mais certaines voix s’élèvent contre cette pratique. 

«Notoriété Zéro», un groupe spontané de citoyens né après l’attentat de la mosquée de Québec en 2017, fait valoir que mettre en exergue le nom des coupables contribue à leur glorification. 

«Le risque est un effet de contagion ou que les tueurs deviennent des modèles pour d’autres personnes qui sont instables», estime sa porte-parole Élise Demers. 

Au lendemain du meurtre de deux personnes par un homme atteint de problèmes de santé mentale, dans le Vieux-Québec, la page du groupe «Notoriété Zéro» a publié dimanche soir un message qui a été partagé à plus de 1500 reprises. 

Pour plusieurs experts du monde de l’information, l'argument de l’effet de contagion n’est pas totalement valable. 

«Le phénomène de glorification qu’on invoque est souvent marginal», observe le professeur de droit des médias à l’Université de Montréal, Pierre Trudel. 

Un espace pour les fausses nouvelles  

«Le nom est une information loin d’être banale, elle est très importante. Avant de priver le public de cette information, il me semble qu’il faut avoir des raisons plus convaincantes», soutient l’enseignant, qui ajoute que le public pourrait y voir un complot. 

Pour «Notoriété Zéro», groupe inspiré de «No Notoriety» aux États-Unis, il faudrait aussi limiter la diffusion de l’image d’un assaillant. Dans le cas des événements de Québec, la presse a montré une photo de l’auteur des crimes dans un spa. 

Éviter les images mises en scène  

Élise Demers souhaite qu’on évite les égoportraits et «les images où il se met en scène lui-même, sur ses propres réseaux sociaux». La porte-parole dit préférer «des images où il est encadré par des policiers avec des menottes, par exemple». 

Ces précautions ont notamment été listées dans un guide de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) qui établit des conseils aux médias pour mieux traiter ce genre de nouvelle. 

Le précédent de Christchurch  

Lors des attentats de Christchurch, survenus en Nouvelle-Zélande en 2019, la première ministre Jacinda Ardern avait refusé de nommer le meurtrier. 

«Par cet acte terroriste, il recherchait beaucoup de choses, mais l’une d’elles était la notoriété. Quand je parlerai, il sera sans nom», faisait-elle valoir. 

Une voix du milieu semble se dégager au fur et à mesure que les médias s’interrogent sur leurs propres pratiques, explique Pierre Trudel. 

«Parfois, le nom n’est pas fréquemment mentionné; il l’a été, il est connu, mais on ne va pas le répéter à chaque fois mais plutôt utiliser des périphrases», explique le professeur. 

Par ailleurs, M. Trudel rappelle qu’il n’existe aucune directive qui s’appliquerait à tous les journalistes, la décision étant faite selon le choix éthique de chaque média.