Présidentielle américaine : peut-on se fier aux sondages? | Tabloïd
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Présidentielle américaine : peut-on se fier aux sondages?

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À quelques jours de l'élection présidentielle américaine, tous les sondages pointent vers une victoire du candidat démocrate Joe Biden. Mais, peut-on s'y fier, sachant qu'ils n'ont pas su prédire l'élection de Donald Trump en 2016?

Élizabeth Ménard / Agence QMI

Les sondeurs ne se sont pas trompés sur toute la ligne en 2016, malgré ce qu’en dit le principal intéressé. «Les sondages nationaux ont été très précis, confirme le président et fondateur de la firme de sondage Léger, Jean-Marc Léger. 

«Ils donnaient en moyenne trois points d’avance à Mme Clinton. Elle a gagné par deux points d’avance. On parle de 3 millions d’électeurs de plus qui ont voté pour Hilary Clinton que pour Donald Trump», détaille-t-il. 

Mais aux États-Unis, le président n’est pas élu par vote populaire. C’est le Collège électoral qui fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Ce système électoral complexe fait qu’il est parfois possible qu’un candidat qui n’a pas remporté la majorité du vote populaire soit tout de même élu président. 

La question de l’éducation  

Ce sont donc les sondages par États qui étaient erronés.  

«Les sondeurs ont travaillé pour comprendre ce qui s’est passé», mentionne Jean-Marc Léger. Ils se sont rendu compte que le niveau d’éducation avait été déterminant dans le choix de vote. Les électeurs moins éduqués étaient plus susceptibles de voter pour Donald Trump.  

Ce facteur n’avait toutefois pas été pris en considération dans la pondération des sondages.  

«Le vote pour les gens très éduqués était surévalué par rapport aux gens peu éduqués qui votaient Trump», précise Jean-Marc Léger. 

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Les sondeurs ont, depuis, corrigé cette lacune.  

«On l’a vu en 2018 aux élections de mi-mandat. Les sondages étaient vraiment parfaits», souligne l’analyste politique Bryan Breguet, auteur du blog Too Close To Call. 

Les résultats de sondages ne sont toutefois pas une boule de cristal qui permet de prédire l’avenir.  

«Même si on avait accès aux mêmes données aujourd’hui et qu’on devait refaire ces projections, je maintiens que projeter Hilary Clinton comme présidente la majorité du temps, c’était le bon scénario, affirme Bryan Breguet. Il faut simplement réaliser que ce n’est pas parce qu’un scénario-surprise s’est réalisé qu’on avait tort», dit-il.  

D’autres facteurs comme des sondages de mauvaise qualité ou ayant un parti pris, le vote des communautés trop rapidement donné à Hilary Clinton, des électeurs indécis au cours d’une campagne volatile et d’autres qui étaient gênés de dire qu’ils voteraient pour Donald Trump ont favorisé la surprise.   

Un système complexe  

Le collège électoral est constitué de 538 grands électeurs répartis dans les 50 États du pays. La Pennsylvanie, par exemple en a 20. En remportant le vote populaire de la Pennsylvanie en 2016, Donald Trump a remporté, du même coup, ses 20 grands électeurs.  

Le candidat qui obtient la majorité absolue, c’est-à-dire 270 grands électeurs, est élu président. 

C’est ce qui est arrivé en 2000 quand Al Gore a remporté une majorité d’environ 500 000 suffrages populaires, mais que George W. Bush a raflé 271 grands électeurs. 

C’est aussi ce qui s’est passé lors de l’élection de Donald Trump en 2016. Sa victoire dans les États du Wisconsin, de la Pennsylvanie et du Michigan lui a permis d’aller chercher assez de grands électeurs pour être élu. 

«C’est presque incident parce que ça s’est tenu à trois États et quelques dizaines de milliers de voix sur des millions de suffrages exprimés à cause de cette distorsion, souligne la spécialiste de politique américaine Elisabeth Vallet.  

«Il a été extrêmement chanceux de gagner parce qu’il a perdu au national», fait valoir Jean-Marc Léger.