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Cinq impacts de l’élection présidentielle américaine sur le Québec

Ne croyez pas que c’est seulement le destin des États-Unis qui se jouera le 3 novembre prochain, parce que le résultat de cette élection aura des répercussions sur le Québec.

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Ne croyez pas que c’est seulement le destin des États-Unis qui se jouera le 3 novembre prochain, lorsque les Américains se rendront aux urnes et choisiront leur prochain président entre le républicain Donald Trump et le démocrate Joe Biden, parce que le résultat de cette élection aura des répercussions sur le Québec. En voici cinq, expliquées par des spécialistes de politique américaine.

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1. Si Trump perd, les mouvements complotistes du Québec vont s’amplifier  

La défaite de Trump pourrait nourrir des réseaux conspirationnistes comme Radio-Québec qui veulent que l’élite politique américaine soit liguée dans un complot contre le président sortant.

Le Journal de Québec

La défaite de Trump pourrait nourrir des réseaux conspirationnistes comme Radio-Québec qui veulent que l’élite politique américaine soit liguée dans un complot contre le président sortant.

Avec Francis Langlois, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand

La défaite de Trump pourrait donner plus de raisons de s’indigner aux complotistes dont plusieurs voient dans le président un porte-parole anti-establishment. Des adeptes de Radio-Québec ou des anti-masques, par exemple, verraient la défaite du président comme une victoire de l’élite politique américaine, associée à un complot pédo-sataniste mondial. 

Rien de nouveau, puisqu’il y a des complotistes pour s’indigner à chaque nouvelle présidence selon Francis Langlois, bien que les fervents de Trump soient plus bruyants. «Il y a eu des gens, même après deux mandats, qui croyaient toujours que Barack Obama n’était pas né aux États-Unis», raconte Francis Langlois pour qui la défaite du président actuel va assurément donner de nouveaux arguments aux complotistes.

«Dépendamment de si l’élection se termine très serrée ou avec une grosse marge, il y a toujours moyen de créer des faits alternatifs» pour les adeptes de QAnon qui supportent le président actuel, explique le spécialiste de politique américaine. 

Si le président Trump a été jusqu’à maintenant le relais de ces théories du complot, «les complotistes trouveront un nouveau «haut-parleur» à leurs histoires» en fonction de l’actualité, estime Francis Langlois.

2. Exportations : le futur président préférera-t-il le pétrole ou l’électricité?   

Si Trump appuie le pipeline Keystone XL, Biden lui veut en interdire la construction pour favoriser des industries énergétiques vertes.

AFP

Si Trump appuie le pipeline Keystone XL, Biden lui veut en interdire la construction pour favoriser des industries énergétiques vertes.

Avec Julie-Pier Nadeau de la Chaire Raoul-Dandurand et Guy-Philippe Wells du Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation

Les positions du futur président sur l’énergie auront un impact sur les exportations du Canada selon sa préférence pour le pétrole ou l’électricité. 

Si Donald Trump venait à être réélu, les provinces de l’Ouest canadien seraient gagnantes, puisqu’il appuie la construction du Keystone XL, le futur pipeline de 2,3 milliards $ reliant l’Alberta aux États-Unis. À lui seul, le pipeline vanté par Trump augmenterait d’un cinquième le volume total de pétrole que le Canada exporte actuellement chez les Américains.

D’un autre côté, «Biden a évoqué la possibilité de renverser la décision de construire Keystone XL», affirme Julie-Pier Nadeau, selon qui l’élection de Biden peut nuire à l’économie albertaine, entre autres. 

Le candidat démocrate a d’ailleurs annoncé qu’il compte soutenir la transition vers des énergies verte aux États-Unis, ce qui pourrait être prometteur pour les exportations en électricité du Québec.

Il ne faut toutefois pas se réjouir trop vite. «Hydro-Québec veut faire adopter des nouveaux projets d’exportation notamment au Maine, rappelle Mme Nadeau, mais Biden veut faire prioriser les énergies vertes aux États-Unis. Est-ce qu’il va vouloir prioriser les énergies vertes locales ou importées ? Ces décisions-là appartiennent aux États, pas au président, mais il peut les influencer.»

3. Avec Biden, nos relations commerciales avec les États-Unis pourraient s’améliorer  

Biden serait un interlocuteur plus avantageux que Trump pour le Canada pour la négociation d’accords commerciaux.

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Biden serait un interlocuteur plus avantageux que Trump pour le Canada pour la négociation d’accords commerciaux.

Avec Guy-Philippe Wells du Centre d’études sur l’intégration et la mondialisation

Nos relations commerciales avec les États-Unis pourraient être moins tendues qu’avec Trump si Biden était élu, mais il ne s’agit pas d’une certitude. Lors du premier mandat de Trump, les négociations autour du nouvel accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique avaient été musclées, le président sortant ne voulant faire aucune concession à ses partenaires commerciaux. 

Avec l’élection de Joe Biden, «on pourrait penser que l’époque de la confrontation est derrière nous», mais ce n’est pas tout à fait vrai, avertit Guy-Philippe Wells. 

Le programme économique de Joe Biden reste très protectionniste, surtout à cause de la pandémie, assure M. Wells. «On n’est pas si loin du Make America Great Again», trouve l’économiste, selon qui «M. Biden va s’assurer que l’économie américaine soit forte avant d’ouvrir des accords de libre-échange». 

Dans le programme de Biden «il y a beaucoup de « si » avant qu’on ouvre les échanges vers l’extérieur», notamment aider les entreprises américaines à faire face à la concurrence étrangère en ayant une main-d’œuvre plus qualifiée. 

Les taxes douanières appliquées sous Donald Trump ne devraient pas immédiatement disparaître advenant l’élection de Joe Biden, selon Guy-Philippe Wells, pas plus que l’accord commercial Canada-États-Unis-Mexique ne risque d’être réouvert. 

4. L’élection de Biden pourrait apaiser les tensions autour des luttes sociales  

Les luttes sociales pourraient être amplifiées et exploitées par une réélection de Donald Trump, alors que Joe Biden cherche à les apaiser.

AFP

Les luttes sociales pourraient être amplifiées et exploitées par une réélection de Donald Trump, alors que Joe Biden cherche à les apaiser.

Avec Julie-Pier Nadeau, chercheuse à la Chaire Raoul-Dandurand

Les luttes raciales, mais aussi les tensions entre des groupes d’extrême-gauche et d’extrême-droite, ne disparaîtront pas du jour au lendemain aux États-Unis et au Québec même si Trump connait une défaite. Mais elles pourraient être modérées par l’élection de Joe Biden. 

«Le mieux, ce serait qu’il y ait une victoire claire d’un côté comme de l’autre pour apaiser les tensions», selon Julie-Pier Nadeau. Il y a tout de même une plus grande volonté «d’apaiser les tensions plutôt que de les exploiter» du côté de Joe Biden, note-t-elle.

Même si dans un tweet enflammé le président actuel a appelé sa base militante à «prendre les armes» advenant sa défaite, les États-Unis ne courent pas vers la guerre civile non plus selon Julie-Pier Nadeau. «Si on parle des milices d’extrême-droite, ce sont des groupes sous les radars des services de renseignement depuis un moment. Il pourrait y avoir une intervention advenant une révolte», assure Julie-Pier Nadeau qui ne s’inquiète pas de ce genre de menace. 

5. Biden pourrait être un allié du Canada face à la Chine  

Biden pourrait «jouer en équipe» avec les pays alliés des États-Unis pour empêcher la Chine d’implanter la 5G en Amérique du Nord.

AFP

Biden pourrait «jouer en équipe» avec les pays alliés des États-Unis pour empêcher la Chine d’implanter la 5G en Amérique du Nord.

Avec Loïc Tassé, politologue à l’Université de Montréal

Que ce soit Biden ou Trump qui occupe la Maison-Blanche, les deux garderont une ligne dure envers la Chine, et le gouvernement canadien «n’aura pas le choix de refuser le commerce des hautes technologies avec la Chine», assure le politologue. «La 5G, par exemple, ne sera pas adoptée par le Canada s’il veut continuer de faire affaire avec les États-Unis», selon Loïc Tassé.

La différence entre Trump et son adversaire, selon M. Tassé, c’est que «Biden pourrait chercher à jouer en équipe face à la Chine en coordonnant des pays qui sont alliés des États-Unis». Le Canada, et donc le Québec, qui échange notamment du porc et du soya avec la Chine, se trouveraient alors dans un rapport de force plus avantageux pour négocier des accords commerciaux avec le pays de 1,5 milliards d’habitants. 

Comme la Chine est le plus grand exportateur au monde, «les États-Unis craignent de perdre des parts de marché mondial», notamment dans le domaine des hautes technologies où la Chine fait de progrès rapides, selon M. Tassé. 

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