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Un pèlerinage jusqu’à Manawan

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Un homme de Lanaudière marchera près de 200 km pour se rendre à Manawan offrir ses sympathies à la famille de Joyce Echaquan.  

«Ça me touche beaucoup ce qui s’est passé. Moi, personnellement, mourir méprisé par le gouvernement ça ne me rentre pas dans la tête», explique Jasmin Lafortune. 

L’homme de 33 ans a quitté son domicile de Saint-Ambroise-de-Kildare, près de Joliette, le 14 octobre.  

Il marchera jusqu’à la communauté atikamekw de Manawan, une réserve autochtone située à 80 km au nord de St-Michel-des-Saints.  

«Je suis content d’avoir découvert cette confiance en moi, confie-t-il. Je sais maintenant que je peux dormir n’importe où!» 

Lui qui pensait faire 30 km par jour a rapidement revu ses objectifs.  

«Je vais suivre mes jambes», dit-il, ne sachant plus à quel moment il arrivera à destination. 

Jasmin Lafortune, 33 ans.

Gracieuseté

Jasmin Lafortune, 33 ans.

Une quête spirituelle   

Enseignant de jardinage et directeur de Jardinons, une coop de solidarité qui œuvre dans l’animation horticole, Jasmin Lafortune voyait d’abord ce périple comme des vacances.  

«Je me cherchais un voyage significatif», mentionne-t-il. 

Ce n’est qu’après avoir pris la décision de faire ce «pèlerinage» qu’il a appris la mort tragique de Joyce Echaquan. Cette femme atikamekw est décédée à l’hôpital de Joliette sous les propos racistes de ses soignantes.  

«Ça m’a brassé émotionnellement, confie-t-il. Je me suis dit que si j’avais quelque chose à faire en montant là-bas, ce serait d’aller offrir mes sympathies.»  

Depuis, il documente son périple sur sa page Facebook Jasmin Coq-Volant Lafortune. Ses vidéos quotidiennes, pleines d’humour et de franchise, ont attiré l’attention de la famille Echaquan avec qui il communique maintenant quotidiennement.  

«Jasmin est devenu mon frère», lance la sœur de Joyce Echaquan, Alice.  

Depuis qu’elle a pris connaissance de la démarche de Jasmin Lafortune, la soeur de la défunte s’est liée d’amitié avec lui.  

Ils communiquent quotidiennement et elle lui apprend des mots en atikamekw, comme «kwei kwei» (bonjour) et «mataci» (au revoir).  

«Il m’a demandé : qu’est-ce que je peux faire? Qu’est-ce que je peux apporter à ta famille pour offrir mes sympathies?» explique la femme qui est allée le rencontrer dimanche alors qu’il marchait sur la 131 nord.  

«C’est comme ça qu’on se réconcilie, c’est positif comme action.» 

Mme Echaquan déplore d’ailleurs que le gouvernement Legault ne reconnaisse pas le caractère systémique du racisme envers les Premières Nations.  

«Pour apporter un changement, il faut reconnaître qu’il y a un problème», souligne-t-elle.  

Dons et messages   

Soudainement, M. Lafortune a commencé à recevoir des dons, sans même les avoir sollicités. Il les amasse donc pour offrir des fleurs à la famille. L’homme encourage plutôt les internautes à lui faire parvenir un mot adressé aux proches de Joyce Echaquan ou à sa communauté.  

«On va faire un feu et on va les lire haut et fort. Moi, dans la vie, on m’a donné une grande gueule et ça me tente de la mettre à profit», lance-t-il.  

Au moment d’écrire ces lignes, le marcheur approchait de St-Michel-des-Saints où il s’accordera une pause de deux jours avant d’entamer son dernier droit de 80 km. 

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