Rita Baga: la nouvelle reine de Montréal | Tabloïd
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Rita Baga: la nouvelle reine de Montréal

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MONTRÉAL – L'année 2020 s’impose comme une période morose pour tout le monde, sauf pour quelques exceptions comme Rita Baga. Déjà bien connue des noctambules du Village, la drag queen de Montréal s’impose enfin comme la vedette qu’elle se destinait à devenir grâce à sa prestation à l'émission Canada’s Drag Race. 

«Je n’ai pas été épargnée par cette vague de crotte, a confié Rita Baga en roulant somptueusement ses "R". Dans la vie de tous les jours, je m’occupe de la programmation de Fierté Montréal et il a fallu se réinventer. Au niveau des spectacles, je me suis mise à en faire devant mon chat à la maison parce que tout s’est transféré en mode virtuel, tout a été annulé.»

La diffusion dès le début de juillet de la toute première saison de l'émission Canada's Drag Race, une compétition de drags queen suivie de par le monde et retransmise par Crave l’a vraiment mise sur la carte.

«Ce qui est bien, c’est qu’on a tourné Canada’s Drag Race avant la pandémie, ça joue maintenant et je reçois beaucoup d’amour et de "Come to Brazil" sur les réseaux sociaux.»

II y a longtemps que les habitués de Chez Mado sont au fait de la polyvalence de Rita Baga, mais le reste du Canada et du monde commence à peine à la découvrir.

La drag queen montréalaise chante, en plus de maîtriser l’art de la synchronisation des lèvres, elle coud avec l’aisance d’un Denis Gagnon, se maquille merveilleusement et parle les deux langues officielles – quoi qu’en dise la juge de l'émission Brooke Lynn Hytes en se moquant de son accent.

En participant à la version canadienne de la fameuse franchise «Drag Race» initiée par l’icône américaine Ru Paul, Rita Baga se donnait justement pour mission de faire connaître la culture québécoise.

Ce qui devait constituer un handicap est en fait devenu sa plus grande force.

«Quand j’ai su que j’étais prise, je me suis tout de suite dit qu’il fallait que je trouve une façon de tirer à mon avantage le fait que je suis francophone», a-t-elle raconté.

«Dans la semaine de Céline Dion, j’ai volontairement pris des looks qui n’étaient pas beaux, on s’entend. Je voulais faire la Céline d’Incognito et de l’Eurovision, la Céline que connaissent les francophones et les juges n’ont pas compris mon choix.»

PHOTO COURTOISIE/Alejandra Carranza

La plus digne héritière de Mado Lamotte

Sans perruque ni grimage, Rita Baga redevient Jean-François Guevremont. Ce visage dénué de tout artifice, les Québécois le connaissent depuis la diffusion de l'émission Ils de jour, elles de nuit sur les ondes d'ICI ARTV en 2017. Les auditeurs de Canada’s Drag Race le voient aussi.

Or, toutes les drags queen ne se révèlent pas sans leurs masques.

«Ce qui est particulier dans le cas de Mado, c’est que les gens ne connaissent pas son visage. Sa manière de gérer sa célébrité n’est pas la même que celle que je vais devoir trouver.»

Mado Lamotte, c’est surtout sa mère de scène. Une mentore, une guide. Celle sans qui, comme tant d’autres drags de Montréal, elle n’aurait jamais commencé ce métier. «Elle a pavé la voie pour les drags queen au Québec, elle a vécu ce que je commence à vivre et elle me donne de sages conseils.»

Et c’est chez elle, porte 1115, de la rue Sainte-Catherine Est, que Rita Baga s’offrira en spectacle le mardi 25 août. Ses invitées: Barbada et Rainbow.

Dernière ligne droite  

PHOTO COURTOISIE/Alejandra Carranza

Dans l’épisode de Canada’s Drag Race diffusé jeudi dernier sur la plateforme Crave, Rita Baga se faufile jusqu’au top 4. L’étau se resserre, certes, mais tous les espoirs sont encore permis pour la grande favorite locale.

«À ceux qui me demandent pourquoi ça devrait être moi qui gagne, j’ai envie de leur répondre: "mais avez-vous écouté la saison, hein? a lâché la drag queen avec les intonations théâtrales qu’on lui connaît. La vantardise, après tout, fait partie intégrante des codes de la drag.

«Sans farce, il ne reste que quatre participantes et on peut voir que j’ai une certaine maturité dans mon approche. [...] Je pense que je serais une bonne ambassadrice de la marque "Drag Race" au Canada, de par mes expériences passées et parce que je suis une francophone qui parle anglais.»

Kiara, l’unique autre Québécoise de la compétition, a été éliminée et à ce stade, de toute façon, Rita Baga n’est plus là pour se faire des amies. La pression monte de concert avec le ton, comme en témoigne l’escarmouche entre l’enfant chérie de Montréal et la Britanno-Colombienne répondant au nom de Jimbo.

«On dirait qu’il y a une petite chicane avec Jimbo quand, en fait, non. On s’entend très bien. D’ailleurs, on s’en jasait avant que l’émission sorte, on avait hâte de voir cette scène-là.»

«Ça a été filmé à la fin d’une très, très longue journée où tout le monde était sur les nerfs. La personne porte un costume qui coûte des milliers de dollars et elle se fait dire qu’elle a l'air d’un tas de crotte donc c’est sûr que les émotions sont là. Y’a pas de rancœur [entre nous deux].»

C’est le 3 septembre prochain qu’on saura si Rita Baga a remporté les grands honneurs et, accessoirement, si elle repartira avec la bourse de 100 000 $.

«C’est exempt d’impôt, a-t-elle précisé. Vive le Canada!»