Elles quittent Montréal pour relancer le seul café de Natashquan | Tabloïd
/videos

Elles quittent Montréal pour relancer le seul café de Natashquan

s " />

Si pour plusieurs, le projet de l'été a été de cultiver un potager ou de passer des vacances en Gaspésie, Juliette Ouimet et Olivia Raymond ont préféré prendre la route jusqu’au bout de la 138, à Natashquan, pour ouvrir les portes de l'Échouerie, le seul café-bistro du petit village de la Côte-Nord. Année après année, la coop qui possède l’établissement peine à combler l’administration par manque de main-d’œuvre.  

Félix Pedneault : Vous semblez être tombées en amour avec Natashquan? Qu’est-ce qui vous a séduites dès le départ?

Juliette Ouimet : L'eau est étonnamment chaude à Natashquan. Comme il y a deux rivières qui se déversent dans une baie, le fleuve est toujours tempéré. Il y a aussi une microbrasserie, La mouche, qui brasse et distribue à Natashquan, donc on a de la bonne bière de micro même si on est loin.

Olivia Raymond : Les gens sont incroyables, ils sont chaleureux, la popote est facile, rien n'est stressant. Et le paysage est époustouflant!

Chaque année, des jeunes de l'extérieur viennent prendre le café en main et son hébergés sur place.

Juliette Ouimet et Olivia Raymond

Chaque année, des jeunes de l'extérieur viennent prendre le café en main et son hébergés sur place.

F.P. : Avec la pandémie, avez-vous craint de ne pas pouvoir réaliser votre projet?

J.O. : Avec la COVID, ça a été difficile de l'ouvrir! Après avoir travaillé toute l'année là-dessus, à monter un menu, des budgets, des échéanciers, on avait un peu perdu espoir. Quand on a su que L'Échouerie allait rouvrir, on a dû faire en un peu moins de deux semaines tout ce qu'on devait faire en trois mois. Et voilà, on a ouvert le 1er juillet! 

F.P. : Quel est le plus gros défi quand on gère un café comme celui de l’Échouerie?

O.R. : Les commandes! Avoir notre nourriture et nos boissons à temps, ç'a été très difficile. On est sur la Côte-Nord, pas à Montréal! C'est plus difficile d'avoir des denrées à la base quand t'arrives à la dernière minute. C'était pire surtout avec la pandémie. Comme tout le milieu de la restauration a rouvert en même temps, pour les grosses commandes, tout s'est retrouvé à être "back order". 

J.O. : Trouver de la main-d'oeuvre avec deux semaines de préavis pour venir travailler, ça a été un défi aussi. 

F.P. : Natashquan est à 15 heures de Montréal. Craigniez-vous de vous ennuyer de la ville?

J.O. : Pour vrai, c'est pas si pire! La notion de distance change quand t'es sur la Côte-Nord. Natashquan est à 15 heures de Montréal, donc ça se fait en deux jours si tu clenches. Mais disons que pour nos commandes, y'a pas grand-chose qui se rend jusqu'ici, donc il faut presque négocier pour que les camions livrent. Ou bien ça vient par bateau, mais s'il vente trop ou s'il y a des baleines, les bateaux passent tout droit et ne s'arrêtent pas! L'autre jour, on a dû fermer la cuisine parce qu'on n'avait plus rien et que notre commande arrivait juste trois jours plus tard.

O.R. : Sinon, on demande à des amis de passer par Sept-Îles ou Havre-Saint-Pierre pour nous ramener des choses. 

F.P. : À quoi ressemble une journée typique à l'Échouerie?

O.R. : Le matin, on entre en cuisine et on fait les pâtisseries fraîches du jour dès 9h. On fait de la préparation pour toute la journée et celles qui vont suivre, mais souvent, les commandes rentrent vite et on se retrouve à faire le service. Plus tard, on a d'autres personnes qui viennent aider au bar jusqu'à 22h. Après on va prendre une bière sur la plage avec les chummeys, puis on fait un feu! 

Le café accueille 100 à 150 clients par jour.

Juliette Ouimet et Olivia Raymond

Le café accueille 100 à 150 clients par jour.

F.P. : Le tourisme en région est très fort cette année, est-ce que ça vous frappe?

J.O. : C'est vraiment plus que ce qu'on imaginait. On peut servir en moyenne 100 à 150 personnes par jour et des fois, c'est 200 facile. Jamais on n'aurait cru qu'il y aurait autant de personnes. On avait même engagé des gens sans promesse de vraiment les faire travailler. Finalement, tout le monde travaille et on fait presque le double de ce qu'on avait budgété. 

F.P. : Comment décririez-vous votre clientèle à Natashquan?

J.O. : Tout le monde est fin. Ils sont très patients, ils comprennent les enjeux d'approvisionnement, ils respectent nos heures d'ouverture. Ils sont très contents d'avoir un endroit où se rassembler, puisqu'on est fermés l'hiver. Ils sont reconnaissants et ils nous le font sentir. Les gens sont très chaleureux, tout le monde se salue dans la rue. 

F.P. : Diriez-vous que la pandémie a été une bonne chose pour le café l'Échouerie?

J.O. : On se mentira pas: je pense que oui! La pandémie a été une mauvaise chose pour bien des gens, soyons claires. Mais le fait que les gens voyagent au Québec, ça nous a aidées. 

O.R. : J'ai déjà entendu une madame sur la plage qui a dit: «moi je retournerai plus aux États-Unis avoir su qu'ici c'est le Québec et que c'est moins loin.» Mes amis se disent qu'il commence à y avoir plus de monde en Gaspésie qu'avant. Je pense que Natashquan aussi va attirer plus éventuellement. Cet été, les gens ont voulu aller plus loin au Québec et ils ont voulu aller voir la fin de la 138. 

J.O. : Et ils ont pas été déçus! 

À lire aussi

Et encore plus