«Comme artiste, soit tu as l'argent, soit le temps. Cette année, nous avons le temps» | Tabloïd
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«Comme artiste, soit tu as l'argent, soit le temps. Cette année, nous avons le temps»

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Stanley et Almut, comme la majorité des artistes durant les derniers mois, ont perdu une grande partie de leurs revenus à cause de la Covid-19. En plein cœur de l’Estrie, dans un endroit bucolique qui leur sert de sanctuaire de création, ce couple a décidé de transformer son confinement en moteur d’exploration artistique.

«Comme artiste, la vie est un peu comme ça, soit tu as l'argent, soit tu as le temps. Cette année, nous avons le temps», affirme Almut avant d'éclater de rire. 

Stanley Lake et Almut Ellinghaus sont des artistes multidisciplinaires. Lui est potier et trompettiste, elle est sculpteure et chanteuse. «Je lui ai enseigné tout ce que je connaissais sur l'argile et elle m'influence beaucoup avec son style et sa méthode, pour représenter un visage par exemple», confie Stanley. Ils sont aussi tous les deux dans le Almut Ellinghaus Trio, un ensemble de jazz qui jouait, avant la pandémie, plusieurs fois par semaine dans différents établissements des Cantons-de-l'Est. 

«Cinq minutes après avoir touché l'argile, je me suis dit : "Ah, je suis potier!"» raconte Stanley.

La passion de Stanley pour la poterie s'est déclarée lors de sa dernière année d'université aux États-Unis, son pays natal : «Cela a été une révélation». Dégoûté progressivement par le gouvernement américain, entre autres à cause de la guerre du Vietnam, il a évité le draft puisqu'il avait accepté d'enseigner l'art dans un quartier défavorisé (inner city). 

Un exil salutaire

Après avoir beaucoup protesté contre la guerre, il est finalement venu s'établir au Québec en 1974 et est tombé en amour avec la maison qu'il habite encore aujourd'hui dans le Canton de Potton. «Je savais que je voulais être potier et aussi que je voulais vivre à la campagne», ajoute-t-il. 

Almut, elle, est originaire d'Allemagne. Elle y a appris l'art des marionnettes et s'est dirigée vers le théâtre avec les masques. C'est quelques jours après son arrivée au Québec en 1989 qu'est survenue la Chute du mur de Berlin. «En allumant la télé, on a vu que, oh mon dieu, la frontière était ouverte», se souvient-elle Puis, à Montréal, elle a évolué dans le milieu du théâtre et de la musique contemporaine, avant de rencontrer Stanley, après la mort de son premier mari. 

Créer à tout prix

Aujourd'hui, le couple gère ensemble le Tour des Arts, un grand rendez-vous annuel créé en 1988 par Stanley, qui est très couru en Estrie et où les artistes permettent aux visiteurs et amateurs d'arts de visiter leurs lieux de création et leurs ateliers. Malheureusement, alors qu'ils devaient tenir cette année leur 32e édition, la Covid-19 les a obligés à prendre une décision crève-cœur, «Nous avons beaucoup de gens âgés, parmi nos membres et aussi parmi nos visiteurs. Donc pour la sécurité de tout le monde, il était plus intelligent d'annuler tout simplement», explique Almut. 

Des sculptures de la collection d'Almut et Stanley, dans leur jardin.

Évidemment, d'un seul coup, c'est une grande partie de leurs revenus qui disparaissaient avec cette édition du Tour des Arts. Ils ont également perdu l'autre partie de leurs revenus lorsque les établissements où ils pratiquaient le jazz ont dû fermer. Et même à la réouverture, avec les nouvelles règles de distanciation, il n'était pas encore question de ramener les musiciens. 

Malgré tout, ils vivent cela avec sérénité. Le soutien gouvernemental les a aidés à tenir le coup et Stanley considère qu'ils sont tout de même chanceux. «La maison est payée, on a le terrain. J'essaie d'imaginer un couple de jeunes artistes, avec des enfants. Pour eux ça doit être beaucoup plus difficile.» 

Almut est arrivée d'Allemagne en 1989, trois jours avant la chute du mur de Berlin.

Stanley a donc profité du confinement pour explorer à nouveau son art chéri et a aussi pris un cours de trompette jazz en ligne. Quant à Almut, la pandémie lui a permis de se replonger dans les études musicales, mais aussi de travailler dans son potager. Résiliente, et loin d'être abattue, Almut a le regard tourné vers l'avenir : «Nous pensons déjà à l'an prochain, pour la 33e édition». 

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