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La pandémie signera-t-elle la fin de la «fast fashion ?»

Image principale de l'article Après la COVID, fini la «fast fashion» ?

Faillite d’entreprises, fermeture de franchises, chute de ventes entraînant une quantité d’invendus sans pareil : la pandémie a eu un impact majeur sur l’industrie de la mode, si bien que plusieurs de ses acteurs ont engagé la discussion pour repenser sa structure et son rapport au temps. Fini la fast fashion? 

La crise actuelle a eu un effet de dominos sur les détaillants de vêtements canadiens : Groupe Aldo, Lolë, Reitmans et Frank And Oak se sont successivement placés à l’abri de leurs créanciers. Des géants de la mode ont aussi fermé de nombreuses franchises, dont Zara qui a mis la clé à la porte de 1200 de ses magasins au quatre coins du globe.

«C’est la pointe de l’iceberg, estime Marie-Ève Faust, directrice et professeure à l’École supérieure de mode à l’UQAM. Et c’est la pointe de l’iceberg pour autre chose aussi, les centres commerciaux [...] On ferme les centres commerciaux et on tarde à les ouvrir, est-ce qu’ils seront les prochains à fermer?» 

La vente de vêtements et d’accessoires mode a connu durant les derniers mois et connaît toujours un recul de près de 30 % selon la plus récente étude de RBC, et ce même après la vague de déconfinement. Plusieurs années pourraient être nécessaires avant que le rythme de consommation en matière de vêtements revienne à la «normale». 

Quel impact environnemental?

Mais qu’arrive-t-il des tonnes de linge invendu qui dorment dans les boutiques? «L’impact va être terrible. On peut difficilement vendre des bikinis en septembre et s’approvisionner de nouvelles marchandises si on n’a pas vendu notre marchandise précédente. C’est un peu un catch 22. Il faut avoir les liquidités, faire la place sur le plancher, avoir un roulement du stock et ça, ça ne s’est pas fait. Il y a eu une rupture dans le système, donc c’est très difficile de relancer», explique Mme Faust. 

Avec des tendances renouvelées plusieurs fois par année, par mois voire par semaine chez certaines compagnies, on peut se demander quel sera l’impact environnemental de ses invendus printemps-été s’ils ne sont plus à la mode dans un an. «J’ose espérer que ça ne sera pas assez éphémère pour que l’on change de tendances», lance la professeure. 

Précarité extrême dans les usines de textile 

Et si les grandes marques et les boutiques sont affectées, les petits joueurs au bas de la chaîne logistique le sont d’autant plus. Selon Remake, une organisation américaine à but non lucratif, quelques-unes des plus grandes marques de la mode au monde doivent plus de 3 milliards $ à des usines de production de vêtements en Asie. 

La pandémie de COVID-19 a eu un impact sur les travailleurs de l'industrie de la mode en Asie, comme ici à Dhaka, au Bangladesh.

MUNIR UZ ZAMAN / AFP

La pandémie de COVID-19 a eu un impact sur les travailleurs de l'industrie de la mode en Asie, comme ici à Dhaka, au Bangladesh.

Ces retards de paiements ont eu de graves conséquences sur plusieurs travailleurs, désormais sans emploi, ni épargne, ni accès à des soins de santé. On calcule que 50 millions de travailleurs souffriraient de la précarité amplifiée par la pandémie.   

Emboîter le pas du changement 

Le groupe militant Remake a ainsi lancé la pétition #PayUp pour demander aux grandes compagnies d’honorer les commandes passées auprès des fabricants de textiles et ainsi payer les travailleurs de la mode, malgré la baisse de leurs ventes. 

D’autres designers, dont Dries van Noten, ainsi que des propriétaires de grands détaillants, se sont réunis sur Zoom pour engager une discussion sur la structure de l’industrie actuelle et sur le rapport de la mode au temps. Dans une lettre ouverte, appuyée notamment par Nordstrom et Holt Renfrew, ceux-ci se sont engagés à des changements majeurs qui pourraient avoir des effets importants sur la consommation des tendances telle qu’on la connaît actuellement.

Le styliste belge Dries Van Noten est un des acteurs de l'industrie qui veut initier une réflexion sur son évolution.

Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Le styliste belge Dries Van Noten est un des acteurs de l'industrie qui veut initier une réflexion sur son évolution.

Ces acteurs de l’industrie demandent à ce qu’il n’y ait plus de décalage des saisons, qui crée des frustrations chez les consommateurs qui trouvent des maillots de bain en boutique au mois de mars et des manteaux d’hiver dès le mois d’août. Ce rapport plus direct aux saisons serait aussi propice à une autre de leur demande : le respect des soldes de fin de saison. Ainsi, le consommateur ne trouverait plus de rabais sur des vêtements de la saison en cours. Les vêtements d’été seraient en solde seulement à compter de septembre, par exemple. 

«Le Canadien-américain moyen a 33 paires de chaussures dans sa garde-robe.»

Cela aurait pour conséquence d’enrayer, pour les détaillants de vêtements, des journées comme le Black Friday ou le Cyber Monday, qui forcent les compagnies à solder leurs items, car les autres font de même. 

Pour Marie-Ève Faust qui encourage ce type de mesure, le décalage des saisons est un «réel non-sens» pour les designers comme pour les consommateurs, qui doivent assurément profiter de la crise pour réfléchir à leur consommation.

«Le Canadien-américain moyen a 33 paires de chaussures dans sa garde-robe. Est-ce qu’on en a vraiment besoin de 33? [...] J’ai confiance que les jeunes adultes vont se demander s’ils ont vraiment besoin d’autant de vêtements pour aller travailler et acheter des choses qu’ils vont entretenir et porter plus longtemps», espère-t-elle. 

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