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Trois raisons de se méfier de TikTok

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Censure de certaines vidéos, manque de transparence sur la gestion des données personnelles... L’application chinoise de partage de vidéos TikTok pose des questions et on devrait peut-être s’en méfier. 

«Il ne faut pas se leurrer, il n’y a pas juste les entreprises et vos petits-cousins qui sont sur TikTok, il y a des États et des services de renseignement qui y sont», prévient le chef de la cybersécurité chez Vygil.ca, Jean-Philippe Décarie-Mathieu. 

L’application chinoise est réputée pour être le réseau social de la génération Z (née après 1996), où circulent des défis de danse ou des «pranks» entre amis. Mais pour plusieurs experts des médias sociaux, TikTok n’est pas juste un endroit où des adolescents partagent des vidéos de danses ou d'animaux.

Derrière le succès planétaire des vidéos courtes et superficielles, il y a un enjeu politique grandissant. Voici trois raisons pour lesquelles il faudrait se méfier de l’application. 

1 Des accusations de censure  

En novembre 2019, la plateforme chinoise a censuré temporairement la vidéo d’une adolescente américaine, créant des remous médiatiques. Dans un faux tutoriel de maquillage, Feroza Aziz dénonçait la politique d'oppression de la minorité ouïghoure par Pékin

Récemment, TikTok a pourtant semblé prendre position contre la Chine. L’appli a suspendu son service à Hong Kong, en protestation à la loi imposée par Pékin qui restreint les libertés des hong kongais. 

«C’est une bonne manière de dévier la chaleur dans une autre direction, analyse Jean-Philippe Décarie-Mathieu. Eux autres prennent le haut point moral là-dedans. Mais dans les faits, n’importe quelle entreprise privée chinoise doit rendre des comptes à Pékin.»  

2 Une gestion des données opaque  

L’inconnu sur les liens entre le gouvernement chinois et ByteDance, la maison-mère de TikTok, inquiète plusieurs observateurs, notamment à cause de l’absence de transparence sur le contrôle des données des utilisateurs.  

«Les données pourraient partir de TikTok vers les autorités chinoises, pour cibler, en Chine ou ailleurs dans le monde, des homosexuels, des Ouïghours, des gens qui sont opposés politiquement aux politiques du parti communiste», explique le responsable du programme de journalisme à l’UQAM, Patrick White, qui suit de près l’actualité des médias sociaux. 

3 Des risques d’ingérence  

TikTok devient aussi un enjeu de géopolitique dans la rivalité entre les États-Unis et la Chine. 

À l’approche de l’élection américaine, plusieurs craignent que la compagnie pourrait même jouer un rôle d’ingérence. Fin juin, des milliers de fans de K-pop coréens se sont par exemple mobilisés sur TikTok pour perturber un rassemblement de campagne de Donald Trump, en Oklahoma. En achetant des places assises dans l’arena et en ne venant pas, ils ont fait en sorte que la salle était à moitié vide. 

«Techniquement, c’est quand même de l’ingérence, on va se le dire, prévient Jean-Philippe Décarie-Mathieu. Même si ça peut être bien drôle, ce qui est arrivé, ça reste de l’ingérence externe.» 

Même si l'entreprise assure ne pas transmettre de données personnelles au gouvernement chinois, le gouvernement américain pourrait prochainement sévir à l’encontre de l’application. Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a évoqué lundi l’interdiction éventuelle des entreprises de réseaux sociaux chinoises, dont TikTok. 

Le gouvernement canadien a pour l’instant choisi de ne pas prendre position contre l’application.  

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