Pourquoi la mort de George Floyd a-t-elle un si grand impact mondial? | Tabloïd
/videos

Pourquoi la mort de George Floyd a-t-elle un si grand impact mondial?

La mort de l’Afro-Américain le 25 mai a créé une vague de manifestations qui semblent perdurer dans le temps.

Image principale de l'article Pourquoi crée-t-elle une si grande mobilisation?
AFP

Eric Garner, Breonna Taylor, Trayvon Martin : ces cas de violences policières envers des personnes noires ont été largement médiatisés. Mais la mort de l’Afro-Américain de 46 ans George Floyd le 25 mai a créé une vague de manifestations qui semblent perdurer dans le temps. «Je pense que c’est peut-être la goutte qui fait déborder le vase», lance le rappeur Ali Ndiaye, alias Webster. Alors, pourquoi la contestation a-t-elle pris une telle ampleur mondiale? Une partie de la réponse se trouve dans la diffusion de la vidéo de son assassinat qui est un parfait exemple de la gravité du profilage racial aux États-Unis, croient les quatre personnes de la communauté noire que nous avons sondées.  

1. Exécution publique  

Aucune vidéo montrant la mort d’une personne noire n’a été aussi explicite, estiment les intervenants contactés. «Normalement ce qu’on voit sur les images, c’est un policier qui tire sur une personne, explique la chroniqueuse et journaliste pigiste Vanessa Destiné. Là, on est face à une exécution lente et douloureuse où la personne plaide pour sa vie.» 

Le policier Derek Chauvin a plaqué son genou sur le cou de George Floyd pendant 8 minutes et 46 secondes, selon les éléments de la plainte criminelle contre M. Chauvin.

AFP

Le policier Derek Chauvin a plaqué son genou sur le cou de George Floyd pendant 8 minutes et 46 secondes, selon les éléments de la plainte criminelle contre M. Chauvin.

Dans une vidéo de plus de sept minutes, on peut voir un policier blanc qui met son genou sur la nuque de George Floyd. Le policier reste dans cette position même si M. Floyd lui dit à plusieurs reprises qu’il ne peut plus respirer. «Cette image est lourde de sens parce qu’elle montre l’oppression que les personnes noires vivent au quotidien», avance l’une des organisatrices de la manifestation à la mémoire de George Floyd à Montréal, Stéphanie Germain. Le policier ne se sent tellement pas menacé par M. Floyd qu’il garde les mains dans ses poches, tient même à préciser Vanessa Destiné.  

Un manifestant tient une pancarte représentant le visage de George Floyd lors d'une manifestation tenue le 2 juin 2020 à Los Angeles, en Californie.

AFP

Un manifestant tient une pancarte représentant le visage de George Floyd lors d'une manifestation tenue le 2 juin 2020 à Los Angeles, en Californie.

Lui-même un ancien policier, le militant antiraciste Will Prosper confirme qu’«il n’y a aucune pratique policière normalement qui est enseigné pour faire ce type d’action».  

2. À bout de souffle avec la pandémie  

Le coronavirus fait ressortir toutes les inégalités que les communautés noires subissent aux États-Unis. Cette situation s’est aussi reflétée au Québec, dans des quartiers comme Montréal-Nord, avance Will Prosper. «Les personnes noires ont pris le temps de réfléchir à toutes ces inégalités. Il n’y avait rien d’autre dans les médias. Tu ne pouvais pas aller te divertir avec les arts, la culture ou le sport, donc il fallait que tu prennes conscience de ça véritablement», ajoute M. Prosper, également cofondateur du forum social Hoodstock. 

Montréal-Nord a été l'un des quartiers les plus touchés par la COVID-19 au Canada.

Photo MARIO BEAUREGARD

Montréal-Nord a été l'un des quartiers les plus touchés par la COVID-19 au Canada.

«C’est certain que la situation a explosé, les gens sont fatigués, il y a beaucoup de personnes noires qui sont décédées de la COVID-19. Donc, ça commence à faire beaucoup de situations d’oppressions», mentionne pour sa part Stéphanie Germain.  

Le fait que les gens choisissent de descendre dans les rues malgré la menace du virus montre l’importance de ce combat, croit Will Prosper. «Il y a une prise de conscience qui se fait et j’espère qu’elle va véritablement changer les choses, mais je le vois, je le sens avec la marche qu’on a vue à Montréal», ose croire M. Prosper. 

La manifestation pour dénoncer la brutalité faite aux Noirs a viré à l’émeute, le dimanche 31 mai 2020, au centre-ville de Montréal.

MAXIME DELAND/AGENCE QMI

La manifestation pour dénoncer la brutalité faite aux Noirs a viré à l’émeute, le dimanche 31 mai 2020, au centre-ville de Montréal.

3. Blessure déjà vive   

Trois mois avant la mort de George Floyd, le décès injuste d’un autre individu noir a enflammé les réseaux sociaux. Alors qu’il courait paisiblement dans un quartier de l’État de la Géorgie, Ahmaud Arbery a été pourchassé Travis McMichael et son père Gregory, un ancien policier. Travis aurait finalement tué le jeune homme de 25 ans en lui tirant dessus. Le cas a été particulièrement médiatisé depuis que la famille d’Ahmaud a publié une vidéo début mai montrant cette scène tragique.

Sur cette photo: La famille d'Ahmaud Arbery durant une manifestation.

AFP

Sur cette photo: La famille d'Ahmaud Arbery durant une manifestation.

Puis, le même jour de la mort de George Floyd, une vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux montrant une femme blanche qui appelle la police de New York après qu’une personne noire l’eut prié d’attacher son chien, à Central Park. La scène a suscité l’indignation des internautes qui ont déploré ce genre de signalements injustifiés envers les Noirs aux États-Unis. «C’est des choses qui arrivent chaque jour, mais qui ne sont pas filmées», regrette Webster.  

4. Trump alimente la grogne   

Les prises de position de Donald Trump ont favorisé la montée des mouvements qui ont émergé depuis la mort de George Floyd, croient tous les intervenants contactés. «Durant des moments aussi tragiques où les gens pleurent la perte de vies humaines, le rôle d’un président est de venir calmer le jeu. Mais les réactions du président Trump ne viennent pas calmer le jeu», lance d’entrée de jeu Mme Germain. Elle cite en exemple un des tweets récents de Donald Trump où il est écrit : «LOI ET ORDRE». «Ça endurcit le ton», déplore celle qui est également membre de Hoodstock. 

Les décisions de Donald Trump se basent sur sa vision du « Make America Great Again », mais cet imaginaire est bâti sur des années de racisme, rappelle également Will Prosper.  

Il y a un racisme ambiant qui s’est hissé à la tête des États-Unis, croit lui aussi Webster. «Je suis surpris qu’il y ait encore des gens qui trouvent exagéré de dire que Trump est un président raciste», lance-t-il.  

5. Lenteur du processus judiciaire exposée  

Même si la vidéo de la mort de George Floyd a été virale et que le monde entier a été témoin de cet assassinat, il n’y a eu aucune arrestation immédiate, rappelle Vanessa Destiné. Derek Chauvin, le policier qui avait son genou sur la gorge de George Floyd, a finalement été arrêté et inculpé d’homicide involontaire et de meurtre au troisième degré le 29 mai, après plusieurs jours d’émeutes à Minneapolis. «Pourquoi ça a pris autant de temps? Je pense qu’il y a un système à défaire et ça prend du temps à le défaire», estime Will Prosper. Les trois autres policiers impliqués dans l’affaire ont finalement été inculpés et Derek Chauvin a aussi été accusé de meurtre au deuxième degré, a-t-on appris le 3 juin. De tous les meurtres commis par des policiers entre 2013 et 2019, seulement 1% résultent en accusation, selon des données compilées par l’organisme Mapping Police Violence.  

À lire aussi

Et encore plus