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[TÉMOIGNAGE] Coincé en Pologne sur un navire commercial en pleine pandémie

Je m’appelle Guillaume Rosso et en avril, je suis parti aller chercher un navire québécois en Europe.

Image principale de l'article Coincé en Pologne sur un navire en pleine pandémie

À 27 ans, je viens d’obtenir mon premier mandat comme capitaine de bateaux. Je dois aller chercher un navire-cargo québécois en Pologne. Je fais probablement partie des rares personnes qui pourront dire qu'elles ont commandé un équipage pour la toute première fois en pleine pandémie.   

Mon histoire commence le 13 mars dernier. Cette journée-là, je vais signer mon contrat de travail à Québec. Au même moment, l’Europe planifie la fermeture de ses frontières aériennes et terrestres. On m’annonce alors que le contrat est suspendu.       

Dans un revirement de situation inattendu, la compagnie réussit au début avril à tout organiser pour que mon équipage et moi puissions nous envoler vers la Pologne. Elle n'a pas le choix de rapporter son bateau qui est réparé en Europe puisque les voyages de livraison au Québec sont déjà planifiés.        

Courtoisie

Aéroport désert  

Le 9 avril, j’arrive à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau qui est complètement désert. Au premier oeil, je compte plus d’employés que de voyageurs. Nous partons vers Szczecin, une ville polonaise située tout près de la frontière allemande, à proximité de la mer Baltique. Je ne suis pas stressé durant le voyagement. Je redoute simplement qu'on se fasse refuser l'entrée à chaque nouveau point de contrôle.     

Courtoisie

  

Courtoisie

En théorie, nous devions repartir quatre jours après notre arrivée. Mais une fois débarqués sur le chantier, on réalise vite qu’on restera pris ici encore plusieurs semaines.        

Les réparations sur le navire sont loin d’être achevées. Il y a encore des trous dans la coque du bateau, la cuisine n’est pas finie et le gouvernail n’est pas installé. À cause de la pandémie, beaucoup de travailleurs du chantier issus d’autres pays européens sont retournés chez eux. En plus, les livraisons de matériel n’arrivent pas à temps, ce qui fait que le chantier tourne au ralenti.    

Courtoisie

Les Polonais qu’on côtoie au quotidien sont méfiants envers nous, les étrangers qui sont venus dans leur pays en temps de crise. Ceux à qui j’ai pu parler me disent que le gouvernement polonais leur cache beaucoup d’informations. Le pays dénombre moins de 1000 décès alors que le pays compte 38 millions d’habitants. Les tests semblent quasi inexistants.    

Distanciation impossible  

Sur le chantier, il y a 25 travailleurs qui se relaient à chaque rotation et aucune mesure de distanciation n'est possible puisque l'environnement est très restreint. Les premiers jours avant de pouvoir m'installer à bord, j'ai changé de chambre à l'hôtel à quatre reprises. Ce n'est pas la quarantaine que nous avions espérée. Maintenant, je dors sur le navire. Si les Québécois vivent en confinement depuis deux mois, moi, comme marin, je me retrouve dans cette situation d’isolement volontaire plusieurs fois par année.    

Courtoisie

Des fois, quand je prends une bière à la fin de ma journée, je me pince pour réaliser que je suis réellement ici. Je ne me bâdre pas trop à propos de ce qui va se passer et je prends ça un jour à la fois. Après tout, même si le voyage de retour risque d’être long, je me trouve bien chanceux que ma vie m'ait amené ici.   

- Propos recueillis par Jean Balthazard

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