L’angoisse d’avorter seule en temps de pandémie | Tabloïd
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L’angoisse d’avorter seule en temps de pandémie

Les directives de sécurité liées à la COVID-19 n’épargnent pas les services d’avortement. Depuis le début du confinement, les Québécoises qui ont recours à une intervention doivent passer à travers cette épreuve seule. 

«J’ai rendez-vous demain matin à 10h. D’aller au rendez-vous, seule, et de devoir faire l’opération seule est très inquiétant. Je suis très angoissée, je n’en dors pas la nuit. Je cogite tout le temps, à me demander comment ça va se passer», confie Marie*. 

Les hôpitaux, CLSC et cliniques privées du Québec qui offrent des services d’interruption de grossesse exigent dorénavant que les accompagnateurs attendent à l’extérieur de l’établissement. 

L’idée est d’éviter la contamination du personnel et des patientes, de respecter les deux mètres de distance en salle d’attente et de pouvoir offrir le même nombre de rendez-vous. 

Encore plus d’inquiétudes 

Sandra* a déjà vécu un avortement dans le passé. Dès son entrée dans la salle d’attente, elle comprend que la procédure sera bien différente cette fois. 

« Y’avait une certaine tristesse dit-elle. L’avortement c’est émotif, on vit un traumatisme à chaque fois. C’est sûr qu’avoir un accompagnateur, ça aide. » 

Les cliniques, hôpitaux et CLSC permettent normalement aux femmes d’être accompagnées dans la salle d’attente, parfois en salle de réveil et même, en salle d’intervention. 

« On voyait que c’était quand même bizarre parce que les femmes disaient : je trouve ça difficile de pas être là avec mon conjoint », poursuit Sandra. 

« C’est pas le fun d’aller là seule, s’inquiète pour sa part Karine*. Mon conjoint, faut qu’il attende dans l’auto. Il peut pas rentrer dans la clinique. Je sais pas à quoi m’attendre. C’est l’inconnu. Je fais beaucoup d’anxiété. » 

Bénéfices de l’accompagnement 

Cette règlementation, bien que nécessaire, provoque de l’insécurité supplémentaire chez plusieurs femmes. 

Être seule pendant l’intervention pourrait même jouer sur la perception de la douleur physique, selon Marie-Eve Blanchard, accompagnante professionnelle à l’interruption de grossesse. 

Capture d'écran

« Une personne qui est accompagnée lorsqu’elle vit une épreuve, ça va permettre de moduler la douleur. Le degré sera le même, mais la perception de la douleur ne sera pas la même. Une femme pourrait choisir de faire ça seule, mais elle aurait eu le choix de le faire. Là, présentement, on ne met pas les femmes devant un choix à faire. » 

Sandra se réjouit malgré tout de l’entraide que cette situation forcée a créée entre les patientes. 

« On s’est mis à parler entre femmes. Y’a une sorte de solidarité qui est ressortie de ça, d’être toutes les femmes ensemble. Dans la salle de réveil aussi on s’entraidait, on se disait : c’est normal que tu te sentes comme ça. Créer des liens entre nous autres, c’est rassurant. » 

Chaque année au Québec, plus de 22 000 femmes ont recours à l’avortement. 

*Le nom de nos intervenantes ont été modifiés pour des raisons de confidentialité.

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