CHSLD: Éviter de traumatiser les soldats | Tabloïd
/tabloid

CHSLD: Éviter de traumatiser les soldats

Beaucoup de militaires sont jeunes et pourraient être gravement marqués par leur expérience

Image principale de l'article Éviter de traumatiser les soldats
Photo Courtoisie, Forces armées canadiennes

Les Forces armées canadiennes préparent mentalement les soldats, dont la plupart sont dans la vingtaine, à voir des personnes «mourir sous leurs yeux» durant leur déploiement dans les CHSLD.  

«Aller au combat c’est une chose, aller s’occuper de personnes en fin de vie c’en est une autre», lance un membre des Forces armées canadiennes (FAC) impliqué dans le déploiement des soldats en CHSLD, qui a voulu préserver l’anonymat. Ce dernier fait partie de l’équipe québécoise qui forme les militaires sur l’aspect psychologique de l’opération. 

Capitaine Frederik Moreau (centre), infirmier à la clinique de la Garnison Saint-Jean, donne de l’instruction aux membres qui vont aider à donner des soins aux aînés dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée. Les instructions ont lieu à la Garnison Saint-Jean, le 27 avril 2020.

Photo Courtoisie, Forces armées canadiennes

Capitaine Frederik Moreau (centre), infirmier à la clinique de la Garnison Saint-Jean, donne de l’instruction aux membres qui vont aider à donner des soins aux aînés dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée. Les instructions ont lieu à la Garnison Saint-Jean, le 27 avril 2020.

Le formateur explique que la majorité des soldats déployés sont au début de la vingtaine. «On les prépare à interagir avec des personnes très âgées, on leur donne des conseils pour créer un lien sans trop s’attacher... La réalité, c’est qu’ils risquent d’en voir beaucoup mourir sous leurs yeux», explique-t-il. Comme dans toute opération à caractère humanitaire, poursuit le militaire, les soldats doivent être préparés à voir et à vivre de la détresse.  

Soutien psychologique  

Des lignes téléphoniques seront aussi offertes aux militaires avec, à l’autre bout du fil, des spécialistes en santé mentale des FAC pour les épauler au cours des prochaines semaines. Un suivi quotidien sera aussi réalisé avec chaque unité déployée, pour vérifier les potentiels signes de détresse psychologique.  

Depuis la guerre de Bosnie-Herzégovine, l’armée a compris l’importance d’accompagner les militaires avant, pendant et après les missions, pour diminuer la gravité des chocs post-traumatiques, explique l’ex-lieutenant colonel Rémi Landry, maintenant professeur à l’Université de Sherbrooke.  

L’armée veut changer les CHSLD 

Les militaires déployés en CHSLD ne veulent pas être qu’une «paire de bras», ils veulent aider à revoir toutes les opérations faites de ces établissements, prévient le formateur des Forces armées canadiennes ayant requis l’anonymat.  

Photo Courtoisie, Forces armées canadiennes

«On va se mettre le nez partout, on va poser des questions, on va identifier c’est quoi qui ne marche pas dans les façons de faire. On va faire des rapports au gouvernement, proposer des changements», assure-t-il. 

Ces propos ne surprennent pas le capitaine retraité des FAC Jocelyn Démétré: «L’armée est très rigoureuse sur les bilans d’opération, on s’assure toujours de tirer des leçons pour le futur». 

Malgré l’horreur de la situation dans les CHSLD, M. Démétré voit un point positif dans l’intervention qu’y fera l’armée. «On va aider à changer à tout jamais les façons de faire dans ces établissements», dit-il. 

Photo Courtoisie, Forces armées canadiennes

Un déploiement rapide... ou lent? 

Le déploiement des soldats dans les CHSLD du Grand Montréal a débuté mercredi mais plusieurs centaines de militaires sont encore attendus, plus d’une semaines après l’appel à l’aide de Québec. Un expert militaire explique pourquoi.  

«Les personnes qui trouvent que les Forces armées canadiennes auraient pu arriver plus rapidement ont tort», lance l’ex-lieutenant colonel Rémi Landry. 

Photo Courtoisie, Forces armées canadiennes

«Il ne faut pas oublier qu’une mission à l’étranger nécessite des préparatifs d’environ six mois, donc le fait qu’ils le feront en environ une semaine suivant l’acceptation de la tâche est tout un exploit», fait valoir le professeur à l’Université de Sherbrooke.  

M. Landry explique que les opérations logistiques qu’impliquent une telle mission sont nombreuses: coordination avec les CHSLD, identification du personnel de formation nécessaire, entraînement des militaires, gestion du transport et du matériel, hébergement des soldats, etc.  

Le déploiement en chiffres 

600 soldats québécois déployés dans 13 CHSLD du Grand Montréal au cours des derniers jours (certains vont prêter main-forte à ceux déjà présents dans 5 CHSLD) 

300 soldats du Québec et potentiellement d’autres provinces seront déployés dans 7 autres CHSLD dans les jours à venir. 

150 militaires sont impliqués dans la gestion du déploiement  

*Ces chiffres proviennent de sources fiables mais n’ont pas été officiellement confirmé par les Forces armées canadiennes qui donnent peu d’information sur leur déploiement. 

À lire aussi

Et encore plus