Immunosupprimée à 26 ans : «On se sent aussi vulnérable qu’une personne âgée» | Tabloïd
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Immunosupprimée à 26 ans : «On se sent aussi vulnérable qu’une personne âgée»

Léa Beauchamp-Yergeau dans son appartement
Courtoisie

Léa Beauchamp-Yergeau dans son appartement

Il y a beaucoup d’ignorance concernant le terme «immunosupprimé». Pourtant, avec la crise actuelle, plusieurs personnes vivent avec cette condition et sont beaucoup plus vulnérables que monsieur et madame Tout-le-Monde sans qu’on le sache. J'en fait partie.   

Je m’appelle Léa Beauchamp-Yergeau, j’ai 26 ans et je suis immunosupprimée.   

Il y a deux ans, je me suis fait diagnostiquer la maladie de Crohn. Du jour au lendemain, mon propre système immunitaire s’est mis à attaquer mes intestins. C’est ce qu’on nomme une maladie auto-immune.    

Je dois prendre des médicaments immunosuppresseurs qui mettent ma défense KO. Je n’ai donc pratiquement plus de protection contre les virus et autres bébittes qui rôdent.   

Quand on entend que quelqu’un est immunosupprimé, on se dit tout de suite que la personne doit se priver de telle ou telle chose et vivre une existence plus morne, mais ce n’est pas nécessairement vrai. Chaque cas est unique et personne ne réagit de la même manière.    

Avant, j’avais une vie très «normale» malgré ma condition. Je faisais du sport, je voyais mes amis, je voyageais, je mangeais et buvais ce que je voulais. Oui, je devais prendre des médicaments et m’administrer des piqûres régulièrement, mais rien de majeur.   

Léa Beauchamp-Yergeau (à droite) avec une amie en voyage en Argentine

Léa Beauchamp-Yergeau

Léa Beauchamp-Yergeau (à droite) avec une amie en voyage en Argentine

  

Maintenant, je dois agir comme une personne âgée le plus possible même si je me sens en pleine forme. Je ne sors presque plus et lorsque je le fais, je dois prendre beaucoup de précautions pour ne pas croiser quelqu’un de trop près.   

Ce n’est pas écrit dans mon visage que je suis immunosupprimée donc les gens sont moins prudents. Tout le monde va se tasser pour laisser passer une personne âgée, mais quand c’est une jeune «en santé», on n’est pas aussi vigilant.    

Comme beaucoup de Québécois, je me retrouve confinée entre les murs de mon logement depuis plusieurs semaines. Mais dans mon cas, la situation est encore plus contraignante.   

Mes colocs doivent aller faire l’épicerie pour moi et tout désinfecter scrupuleusement lorsqu’ils reviennent. Ils font également attention pour ne pas trop sortir de l’appartement par peur de me contaminer.     

On se sent un peu comme un boulet dans ces situations-là. D’un côté, on ne veut pas empêcher les autres de vivre, mais on est quand même inquiet pour notre propre santé.     

La crise actuelle m’a donné une bonne claque au visage. Je n’étais pas très vigilante par le passé et je me rends compte que je devrai faire plus attention au quotidien dans les prochains mois.    

C’est sûr que la vie de tout le monde va être chamboulée après ça. Mais pour les personnes comme moi, les incertitudes pour le futur sont différentes : combien de temps après les gens en santé pourrons-nous recommencer à vivre «normalement»? Est-ce qu’on va encore pouvoir prendre l’avion ou même sortir de notre région dans la prochaine année? Tout est flou pour le moment.   

(Propos recueillis par François Breton-Champigny)