Peur de contracter la COVID-19 en prison | Tabloïd
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Peur de contracter la COVID-19 en prison

Plus de la moitié des détenues de l’Établissement Joliette ont été déclarées positives au coronavirus

Des détenues du pénitencier de Joliette dénoncent le climat de peur face à la COVID-19 qui règne dans l’établissement pour femmes, où on dénombre près d’une centaine de cas de contamination.  

En date de jeudi, 50 délinquantes sur un total de 83 ont été déclarées positives à la COVID-19. On dénombre également 47 employés atteints, dont 34 agents correctionnels, selon les informations divulguées par Service correctionnel Canada.   

L’Établissement Joliette, photographié ici en février juste avant qu’un premier cas de coronavirus soit confirmé au Québec, accueille présentement 83 détenues sur une capacité de 132. Parmi elles, 50 sont positives à la COVID-19, tout comme 47 employés.

Photo d'archives, Chantal Poirier

L’Établissement Joliette, photographié ici en février juste avant qu’un premier cas de coronavirus soit confirmé au Québec, accueille présentement 83 détenues sur une capacité de 132. Parmi elles, 50 sont positives à la COVID-19, tout comme 47 employés.

« Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, ils n’avaient pas de plan. Ils bougeaient les gens d’unités, mettaient les femmes testées positives à la COVID avec les négatives. Ils mélangeaient tout le monde. Et ils ont juste infecté tout le monde », témoigne une femme qui y est présentement incarcérée.   

Il a été possible de s’entretenir avec six criminelles qui ont accepté de se confier sur leurs conditions de détention et la crainte de contracter le coronavirus à l’Établissement Joliette, dans Lanaudière.   

Elles ont toutefois requis l’anonymat, par crainte de représailles.  

Nombreux déménagements  

Plusieurs femmes ne comprennent pas pourquoi les autorités carcérales les ont forcées de changer d’unité à plusieurs reprises, augmentant ainsi le risque d’être infectées.   

« On est tellement tannées de se faire déménager d’un bord puis de l’autre, grogne l’une d’elles. Ils ont manqué de mesures pour nous protéger. »  

« Ils ont testé toutes les filles samedi [dernier]. Sans avoir les résultats des tests, ils ont sorti des filles de l’unité, soi-disant qu’elles étaient négatives, pour les emmener dans d’autres unités et les mélanger », s’étonne une prisonnière.   

Cette dernière ajoute qu’elles ont même bloqué l’entrée d’une codétenue transférée dans leur unité tant elles craignaient d’être contaminées.  

Plusieurs déplorent aussi le peu de sorties extérieures.   

« On peut plus prendre de marche. Le gouvernement a dit : “sortez prendre des marches”, puis nous autres on sort plus dehors, même pas 10 minutes par jour », indique une femme.   

Nouveau personnel   

Devant l’importante quantité d’employés de l’Établissement Joliette atteints de la COVID-19, des agents correctionnels d’ailleurs sont venus prêter main-forte à leurs collègues.  

« C’est tout du nouveau staff parce qu’ils ont tous été contaminés les autres aussi », affirme une détenue.   

Selon plusieurs témoignages, la plupart des gardiens ne portaient pas d’équipement de protection au début de la crise, ce qui aurait pu contribuer à propager la maladie. « Ils étaient pas protégés. Ça fait deux semaines qu’ils sont protégés. Nous, on disait : “voyons donc, ça va être contaminé !” », soutient une prisonnière.  

Rénovation  

Également, des travaux dans la partie administrative pourraient être à l’origine de la propagation du coronavirus, selon une condamnée. « Avant que tout ça arrive, tout le monde était suspendu de travail, sauf les agentes d’entretien. Quatre d’entre nous nettoyaient dans la partie administrative, où on était en contact avec les gens de l’extérieur. Et maintenant, on est toutes les quatre positives », avoue-t-elle.  

Service correctionnel Canada n’a pas voulu donner d’entrevue, mais a assuré suivre « attentivement et rigoureusement les directives des responsables de la santé publique ».  

Le Syndicat des agents correctionnels du Canada pour la région du Québec n’a pas répondu à nos questions. 

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