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[TÉMOIGNAGE] Son intervention chirurgicale est repoussée indéfiniment durant la pandémie

Image principale de l'article Son intervention chirurgicale repoussée
Photo par Artur Tumasjan sur Unsplash

  

Je m’appelle Geneviève, j’ai 31 ans et en septembre dernier, on m’a diagnostiqué une tumeur kystique sur un ovaire. On m’a dit que c’est quelque chose d’assez fréquent, chez les jeunes femmes, avoir des kystes aux ovaires. Les médecins disent que c’est probablement bénin.

Déjà en septembre, on m’a dit que mon cas n’était pas urgent. Que j’aurais des nouvelles éventuellement pour qu’on me retire le kyste et qu’on me confirme qu’il n’y a bel et bien aucun cancer là-dedans. Avant même que la crise de la COVID-19 se dessine sur la map, on m’avait déjà placée parmi les cas «à gérer plus tard». Un kyste aux ovaires, ce n’est pas une condition qui nécessite de s’énerver. Je ne suis pas entre la vie et la mort en attente d’une intervention chirurgicale. 

En janvier, j’ai finalement eu un rendez-vous en chirurgie et on m’a dit que j’aurais le fameux rendez-vous dans quatre à six mois. Et, encore une fois, on parle d’«AVANT». La plupart des secteurs sociaux et économiques vont avoir un «avant» et un «après» COVID-19, mais pour certains d’entre nous, ça aura eu des impacts permanents, des impacts qui changent une vie. 

Quand j’ai rappelé le département de chirurgie la semaine dernière pour savoir où en était mon dossier, on m’a répondu que «Franchement», toutes les opérations étaient annulées. 

Je n’ai pas peur d’avoir le cancer, je n’ai pas peur de mourir. Je suis terrifiée à l’idée que mon tour ne vienne jamais et que mon cas empire jusqu’à devenir, finalement, urgent. 

J’ai dit que, depuis peu, j’avais des douleurs, un genre de pression et que, donc, ma situation avait peut-être empiré. Je ne sais pas, je ne suis pas médecin. On m’a transférée au bloc opératoire et je suis tombée sur une boîte vocale. On ne m’a jamais rappelée.

Il y a un peu moins de deux ans, ma mère est morte d’un cancer de l’utérus à l’âge de 55 ans. Même à une époque où on ne parlait pas du tout de coronavirus, ma mère a dû se plaindre durant des mois à son médecin de famille: saignements, maux de ventre, etc. Rien n’a été fait. Un matin, elle n’était pas capable de se lever à cause d’une douleur trop vive et ce n’est qu’une fois entrée d’urgence au privé qu’on lui a diagnostiqué un cancer de l’utérus stade 4. Je sais que je ne me rendrai pas à ce point-là. Je sais que j’ai un kyste bénin, mais le système de santé était brisé bien avant qu’on fasse face à une­ pandémie.

Je ne vais pas mourir de ça, mais je vais peut-être devoir me faire enlever plus que le kyste. Un ovaire? Je ne sais pas. J’espère ne pas me rendre jusque-là. Est-ce que ce moment d’attente pour un problème bénin, un problème de santé féminine de surcroît, aura un impact sur ma fertilité ? Des questions de santé qui ne sont pas des questions de vie ou de mort, il va y en avoir durant la pandémie. Il va y en avoir beaucoup. Je me dis que les cas urgents comme les moins urgents s’accumulent. Et des cas comme le mien, on est en train de les oublier. Je vais devoir rappeler combien de fois ? Parler à combien de boîtes vocales jamais écoutées? 

(Propos recueillis par Élise Jetté)

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