[TÉMOIGNAGE] Un employé du centre d’appels d'Info-Santé sonne l’alarme | Tabloïd
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[TÉMOIGNAGE] Un employé du centre d’appels d'Info-Santé sonne l’alarme

Alors que l’on apprenait jeudi soir que la centrale d’Info-Santé du Québec était touchée par une éclosion de COVID-19, l’inquiétude gagne du terrain chez la cinquantaine d’employés qui œuvre à relais, de jour et de nuit.  

Bien que la ministre de la Santé et des Services sociaux Danielle McCann ait assuré, au point de presse vendredi, le droit de ces professionnels à travailler de la maison, certains ont dénoncé un discours dissonant de la part de leurs supérieurs. Voici le témoignage de cet employé anonyme de la ligne 811.     

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Je travaille à la centrale d’Info-Santé, à Montréal. Ces jours-ci, notre employeur met la santé de tout le personnel à risque par négligence, au nom des services essentiels.      

En journée, nous sommes plus de 50 personnes à travailler dans la même salle. Les infirmiers, les infirmières, les travailleurs sociaux, les employés de bureau, les gestionnaires partagent la même cuisine et les mêmes toilettes. Concrètement, ce contexte de travail ne permet pas toujours de respecter les deux mètres de distance recommandés.      

Malgré la suggestion de plusieurs employés, notre employeur refuse de se tourner vers le télétravail. On nous explique qu’avec notre nouveau système téléphonique, le travail à la maison serait compliqué. Je crois au contraire qu’avec un peu de volonté, on pourrait y arriver.     

En début de semaine, on nous a officiellement annoncé que deux travailleurs étaient atteints de la COVID-19. Ces deux personnes travaillaient dans la centrale la fin de semaine dernière.     

À la suite de cette annonce, le personnel était sous le choc. Certains employés ont quitté sur le champ. Ils ont ensuite été convoqués par la direction et craignent des sanctions.     

D’autres cas?  

Deux autres employés auraient depuis obtenu des résultats positifs à la COVID-19, et d'autres membres de l’équipe, qui ont passé des tests de dépistage, sont en attente de résultats.     

Depuis ces annonces inquiétantes, les infirmiers de l'équipe portent des masques, ce que je considère comme un pas dans la bonne direction. Malgré ce retard dans l’application de précautions, on constate que des moyens se mettent en branle petit à petit pour protéger l’équipe.     

Cependant, j’observe encore des comportements négligents, comme les rassemblements d’un grand nombre de personnes et le non-respect de la distanciation sociale, qui nous place en nette contradiction avec les mesures du gouvernement Legault et celles dont nous faisons ironiquement la promotion au bout du fil. Surtout, il reste le fait que l’on ne nous permette pas de faire du télétravail.     

Personnellement, je n’ai plus envie de rentrer travailler dans cette centrale. Les autres infirmiers et travailleurs sociaux ont peur aussi. L’employeur est irresponsable et ne respecte pas les consignes du gouvernement et nous expose au virus.     

Des «anges» sacrifiés  

J’ai peur pour mes collègues âgés, immunosupprimés ou atteints de maladies chroniques. Ils sont très à risque. Je m'inquiète que l’on devienne un vecteur de propagation du virus de la COVID-19 dans notre communauté, dans la société.     

Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que les absences causées par l'éclosion du virus dans notre équipe créent un bris de services pour la province. Rappelons qu’Info-Santé Montréal est la plus grande centrale 811 du Québec.      

Selon moi, notre employeur préfère sacrifier la santé de ses «anges» au profit de ses finances et de son nouveau système de téléphonie. Nous voulons être des «anges gardiens», mais pas des «anges de la mort».     

(Propos recueillis pas Brigitte Noël)

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