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[TÉMOIGNAGE] Traverser le Canada en pleine pandémie pour exaucer la dernière volonté de son père

Image principale de l'article Traverser le Canada en pleine pandémie
Courtoisie - Photo de Joëlle Massé et Samuel Caron

Nous sommes une petite famille de trois: mon conjoint Samuel, mon fils Albert et moi, Joëlle. Le récit que nous vous partageons aujourd’hui n’est pas simple. Il n’est pas parfait non plus, mais il est unique à sa façon.  

Tout a commencé au début mars. J’ai reçu un appel de la conjointe de mon père m’apprenant qu’il était gravement malade. C’était subit, inattendu. Son cancer des poumons, dont je n’avais jamais eu connaissance auparavant, allait l’emporter en quelques semaines. C’était le choc.  

Quiconque apprenant une nouvelle de la sorte s’empresse d’aller au chevet du mourant. Mon père habitait Powell River, en Colombie-Britannique, où il était responsable du programme de francisation d’une école primaire. Étant pour notre part à Shawinigan, en Mauricie, il nous fallait prendre l’avion pour le retrouver. À ce moment-là, la COVID-19 prenait de plus en plus de place dans l’actualité, mais aucune mesure, ni même pour les voyageurs, n’avait encore été instaurée. La question ne se posait pas et ma petite famille s’est donc envolée pour Vancouver. Il n’était pas question de le laisser seul.  

Arrivés en Colombie-Britannique le 10 mars, nous avons ensuite vécu l’évolution rapide des mesures gouvernementales lors de visites rendues à mon père à l’hôpital. Samuel et Albert ont pu le voir une fois avant de devoir s’isoler. Pour ma part, j’ai effectué quelques allers-retours entre l’hôpital et la maison où je prenais le temps de retirer mes vêtements et de me laver avant d’embrasser mon fils.   

Plus le temps avançait, plus l’étau se resserrait pour la famille. D’une part, les médecins se faisaient optimistes face au temps et encourageaient le reste de ma famille, notamment ma sœur et mon oncle, à se joindre à nous. D’autre part, il leur devenait impossible de voyager avec les nouvelles mesures gouvernementales. Malgré notre volonté, il devenait aussi impossible de rapatrier mon père au Québec par avion-ambulance puisqu’il manquerait d’oxygène. Nous étions déchirés.  

Si les dernières semaines ont paru longues pour toutes et tous, confinés à la maison, pour ma part, elles me sont glissées entre les doigts. Je vivais les derniers instants aux côtés de mon père, Alain Massé, qui est finalement décédé le 28 mars à l’âge de 60 ans.   

Sa dernière volonté  

Parmi ses dernières volontés, il y avait le souhait que l’on puisse ramener sa caravane Westfalia et son canot, baptisé Albert en l’honneur de notre fils, qu’il avait entièrement construit avec Samuel. Nous avons donc décidé d’exaucer cette volonté. Avec les mesures en vigueur, il n’y avait pas de solution simple à notre portée, mais nous voulions rentrer.  

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Samuel, Albert et moi sommes donc sur la route du Canada depuis le 3 avril dernier. Nous comptons arriver d’ici quelques jours. Nous sommes conscients que nos gestes peuvent paraître insensés pour certains, mais nous ne sommes pas sur la route pour le plaisir ou pour s’offrir un beau roadtrip. Nous souhaitons, comme le reste de la planète, regagner notre maison pour y rester en sécurité.  

Le Canada désert  

Les routes sont désertes. Nous croisons quelques camions de marchandises, sans plus. Les autorités policières ne nous ont contrôlés qu’une seule fois au Manitoba, pour nous expliquer les mesures en vigueur et nous inviter à nous isoler. Nos arrêts sont quasi inexistants. Nous nous sommes approvisionnés pour deux semaines et nous dormons dans la Westfalia, aux haltes qui nous sont recommandées par les camionneurs.   

Quelques réparations de la Westfalia ont ralenti notre itinéraire, mais Samuel est débrouillard et s’affaire à maintenir la van en parfait état. Il se charge aussi de remettre de l’essence avec beaucoup de précautions. C’est le champion. Il s’occupe d’Albert, qu’on laisse parfois courir pour dépenser de l’énergie, lorsque personne ne se trouve près de nous. Il nous conduit à bon port pendant que je vis mon deuil.   

C’est un voyage étrange, une route émotive. Mon père souhaitait à tout prix rentrer au Québec en caravane à la fin de son contrat cet été. Je réalise ce voyage avec et sans lui, ses cendres à mes pieds.   

Joëlle Massé, Samuel Caron et Albert  

(Propos recueillis par Myriam Lefebvre)   

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