Le gouvernement favoriserait l'industrie du bois au détriment des caribous forestiers, selon des biologistes | Tabloïd
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Le gouvernement favoriserait l'industrie du bois au détriment des caribous forestiers, selon des biologistes

Des groupes de défense des animaux montent aux barricades pour sauver l'espèce menacée d'extinction

Symbole de la forêt boréale, les caribous forestiers sont appelés à disparaître dans plusieurs régions du Québec. Le gouvernement Legault vient d’annoncer qu’il refuse de protéger les zones où habitent les cervidés, et ce, au profit de l’industrie forestière, dénoncent des biologistes et des militants.   

Au début décembre, Tabloïd s’est rendu à Val d’Or, où la harde de caribous est carrément au seuil de l’extinction : près de la moitié du troupeau de 18 cervidés a disparu depuis 2016.         

«On construit des chemins forestiers qui sont utilisés par les loups qui chassent le caribou de la forêt, son habitat naturel. Cela accélère la baisse de leur population», affirme Henri Jacob, président de l’Action boréale, un organisme citoyen formé en l’an 2000 avec le chanteur et militant Richard Desjardins.         

«On est en train d’assister à l’élimination planifiée des caribous forestiers pour laisser la place aux entreprises forestières.»       

«Les gens qui dirigent le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, ce sont des ingénieurs forestiers qui travaillent pour enrichir l’industrie forestière», indique-t-il, en pointant du doigt M. Francis Forcier, un ingénieur forestier qui «en mène très large au Ministère».         

«Tout ce qu'on ne devrait pas faire selon les données scientifiques est autorisé par le ministère, poursuit-il.         

Plan tombé aux oubliettes   

À la demande du ministère, Henri Jacob et deux biologistes ont mis sur pied l’an dernier un plan de revitalisation de la harde de Val-d’Or. Ce plan proposait de rapatrier des caribous du nord du Québec pour augmenter la population de la harde de Val-d'Or à 50 bêtes, le minimum requis pour assurer le renouvellement des générations.         

Si ce plan avait été concluant, l’expérience aurait pu être répétée non seulement à Charlevoix, en Gaspésie, mais aussi partout ailleurs au Canada où le caribou forestier est en déclin, soutient M. Jacob.        

Le ministère n’a toutefois pas donné suite au plan proposé par l’équipe d’Action Boréale, soutient Henri Jacob. «Depuis le mois de juin, on n’a plus de contact avec le ministre Pierre Dufour», dit-il.         

«Le ministre est manipulé par ses ingénieurs forestiers. Il n’a probablement pas la connaissance du monde forestier et c’est normal quand tu as été nommé ministre», soutient-il.         

Tuer les loups   

En novembre, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a plutôt annoncé qu’il comptait «tuer ou endormir» des loups de la région de Charlevoix pour les éloigner de la harde de caribous, qui est aussi en déclin là-bas.   

  

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, Pierre Dufour

Photo Simon Clark

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, Pierre Dufour

  

«Il faut bien comprendre c’est qu’il y a plusieurs interventions qu’il faut faire pour faire [pour protéger les caribous] et la prédation du loup est une des interventions qu’on peut faire», explique le ministre.         

Henri Jacob et plusieurs experts en comportement animal estiment que cette nouvelle mesure rate la cible et va empêcher d’augmenter la population de caribous.         

«Tuer les loups, ça ne va pas sauver les caribous, soutient Henri Jacob. Le loup est le bouc émissaire ici, affirme-t-il. Ça prend un plan d’aménagement [pour sauver l’espèce à long terme].»         

Officiellement, le MFFP doit dévoiler en 2023 sa nouvelle stratégie pour protéger les caribous forestiers. 

« On fait encore des coupes à blanc, mais le nom a changé ! » 

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