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Les Québécois se tournent vers des options vertes pour leurs funérailles

Image principale de l'article Écolo à la vie à la mort

Mourir? Trop polluant pour plusieurs Québécois qui troquent l’incinération ou l’enterrement pour des funérailles plus vertes. Par simple conviction, geste politique ou influences marketing, ce choix modifie notre façon de percevoir le repos éternel.  

«Quand j’ai commencé dans cette voie-là en 2008, je me rappelle de très grandes compagnies américaines qui nous traitaient de “Canadian tree huggers” et qui ne voyaient pas que la tendance allait venir», se remémore la vice-présidente de la maison funéraire Aflred Dallaire Memoria, Julia Duchastel. La tendance dont elle parle, c’est la hausse du recours à des funérailles vertes. Dans son entreprise, 6% des cercueils vendus et 9% des urnes funéraires sont des modèles écologiques.     

Derrière elle, le jardin des mémoires de sa succursale de Laval est recouvert de neige. Entre les allées, on peut voir trois rectangles, bordés de rosiers ou d’arbustes. Des cendres y reposent, déposées lors des cérémonies. Leur point commun? Tous les défunts y ont été enterrés avec une préoccupation écologique.     

Polluer en mourant  

En 2018 au Québec, 79,22% des défunts étaient incinérés tandis que 20,29% étaient enterrés, selon la Corporation des thanatologues du Québec. Le problème? Lors de la crémation, autour de 160 kg de CO2 sont générés. Pour une inhumation, les produits utilisés pour l’embaumement resteraient à terme dans les sols. Dans le cas (rare au Québec) d’un enterrement avec la construction d’un caveau, on parlerait de près de 870 kg de CO2, selon une étude des Services funéraires de la Ville de Paris. C’est presque un aller-retour Montréal-Vancouver en avion.

Selon un sondage mené par Léger en 2015, 90% des jeunes de 25 à 34 ans préfèreraient un rituel écologique.     

Alors Julia Duchastel et son équipe ont tenté de mettre des solutions sur la table.
  



Une fois les cendres dispersées dans la nature, aucun monument n’existe comme repère pour les endeuillés, ce qui peut déstabiliser les proches, dépourvus d’un lieu fixe pour se recueillir. Tous les experts, partenaires, travailleurs sociaux, psychologues, qui travaillent de près avec le Corporation des thanatologues du Québec sont d’avis que le lieu de commémoration est nécessaire. «Ils vous diront tous que le processus du deuil est facilité par le fait d’admettre la mort, la matérialiser et de se recueillir auprès du défunt», confirme la directrice générale de l’organisme, Annie Saint-Pierre.     

Julia Duchastel n’est pas de cet avis. «La dispersion est souvent faite quelques mois après, une fois que le deuil est fait», dit-elle. Le point d’ancrage n’est donc plus nécessaire au moment où les cendres sont libérées, selon elle.     

L’arbre est souvent utilisé comme symbole lors des funérailles vertes, souligne l’anthropologue française Manon Moncoq, qui travaille actuellement sur une thèse sur les funérailles vertes. «Généralement, il y a un transfert de la part de la famille. Ils vont se représenter le défunt à travers l’arbre, explique-t-elle.Toutefois, si l’arbre ne grandit pas correctement, s’il tombe malade, s’il est arraché, les familles peuvent percevoir ça comme un second deuil. Ça peut être extrêmement difficile.»     

Avoir la nature comme point de repère pour penser à un être cher disparu peut s’avérer réconfortant pour les proches endeuillés. Sylvain Arsenault a perdu sa mère en 2017 et a opté pour une urne de glace afin de disperser ses cendres proche du Saint-Laurent.     

  


Aquamation ou capsule vitrée  

Les salons funéraires sont de plus en plus inventifs. Désormais, on peut se faire inhumer... dans l’eau. L’aquamation est un processus avec lequel le corps est dissous dans l’eau à une température de 96°C. Et le Québec fait partie des rares endroits où elle est légale. Le complexe LeSieur, seul entrepreneur à proposer ce service au Québec, est passé de 76 aquamations en 2015 à 252 en 2018. Seulement 1 kg de CO2 est émis à chaque aquamation, selon l’entreprise.     

Autre option pour ceux qui désirent rester visible après leur mort : une capsule vitrée Pyramidestal permet désormais de conserver un corps de la même manière qu’une momie pendant une période pouvant aller jusqu’à 99 ans.     

La fédération des coopératives funéraires du Québec dit mettre de l’avant le développement durable à plus grande échelle.      

«Tous les kilomètres parcourus par les corbillards ou les voitures de nos vingt coopératives sont compensés par la plantation d’arbres, explique la porte-parole France Denis. On calcule le bilan des gaz à effets de serre générés en fin d’année. Chaque division donne un montant à une coopérative forestière qui plante des arbres au Québec et au Pérou.» Résultat : près de 45 000 arbres ont été plantés depuis la création du programme, en 2008.      

Écoblanchiment?  

Pour la Corporation des thanatologues du Québec, «l’environnement est devenu un outil de marketing populaire pour bien des entreprises au Québec et le domaine funéraire n’y échappe pas», explique la directrice générale Annie Saint-Pierre, qui associe ces pratiques à l’écoblanchiment (greenwashing). L’organisation documente désormais les pratiques qui respectent les normes environnementales et celles qui pourraient bénéficier d’une amélioration.     

La vice-présidente de la maison funéraire Alfred Dallaire Memoria défend pour sa part une conviction sincère. «On parle pas de greenwashing, on parle d’un vrai désir de participer au changement. Tout ce que je peux dire, c’est que c’est authentique», explique-t-elle.      

Pour la fédération des coopératives funéraires, c’est aussi une simple question d’ajustement à la demande. «L’objectif des coopératives funéraires n’est pas de faire des profits, mais de fixer des prix en fonction des coûts pour assurer leur pérennité». Et s’il y a un secteur qui ne connaîtra jamais de pénurie de demande, c’est bien la mort.

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