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Pour l'Halloween, on a visité quelques uns des plus vieux cimetières de l'Estrie

Ces lieux de sépulture font partie du patrimoine historique qu'il faut protéger, dit un archéologue

 Avez-vous déjà marché dans un endroit qui vous rappelle un film d'horreur? Bon, pas nécessairement un film comme Le poil de la bête avec Guillaume Lemay-Thivierge mais plutôt un comme The Witch, où l'on suit le quotidien d'une famille de colons dans la Nouvelle-Angleterre puritaine du 17e siècle.  

Scène du film The Witch

Jules Falardeau

Scène du film The Witch

 Je me suis rendu au sud de l'Estrie, dans les secteurs des cantons de Potton et de Sutton, tout près de la frontière du Vermont. Je me suis plongé dans cette ambiance par une journée d'automne. J'y ai observé que même lorsque le faible soleil décide de se pointer, il ne réchauffe pas le cœur du pèlerin qui progresse dans un paysage de grange à moitié effondrée et d'arbres dénués de feuille où sont perchées des corneilles.   

Une tombe du cimetière de Dunkin

Jules Falardeau

Une tombe du cimetière de Dunkin

 En réalité, il y a peu de chance que vous croisiez une vieille dame qui concocte des potions dans sa marmite ou un bouc machiavélique qui se tient sur ses pattes de derrière. C'est plutôt un fermier en pick-up qui vous sortira de votre torpeur et vous rappellera qu'on est au 21e siècle. Par contre, vous avez de bonnes chances de tomber sur de petits cimetières protestants qui vous replongeront immédiatement dans cette atmosphère glauque.      

Le cimetière de Dunkin

Jules Falardeau

Le cimetière de Dunkin

 Dans cette région explorée périodiquement par les Abénakis qui y circulaient pour pêcher et chasser, le Ruiter's Settlement Cemetery à Dunkin est le plus ancien cimetière de la région. Il a été fondé par le Colonel Hendrick Ruiter.      

Le cimetière de Dunkin

Jules Falardeau

Le cimetière de Dunkin

 D'origine hollandaise, Ruiter combattait avec les forces restées fidèles à la couronne britannique durant la Révolution américaine. Défait, il a dû s'enfuir et errer plusieurs mois dans les bois, épiant les mouvements des forces indépendantistes. Il a finalement atterri au Québec, à Caldwell Manor's, une sorte de colonie qui faisait office de camp de réfugiés, où il a vécu pendant près de 15 ans. La couronne anglaise l'a récompensé finalement pour sa loyauté en lui offrant 2400 acres de terre, sur lesquels il s'est établi en 1796 avec sa famille.  

Le cimetière de Dunkin

Jules Falardeau

Le cimetière de Dunkin

  

Le cimetière de Dunkin

Jules Falardeau

Le cimetière de Dunkin

 Ruiter a bâti son cimetière l'année suivante pour y enterrer son fils de deux ans, mort de la variole. Témoignage silencieux des conditions de vie difficiles de l'époque, les pierres tombales plus petites et anonymes représentent très souvent les sépultures d'enfants morts très jeunes.      

La maison du Colonel Hendrick Ruiter

Jules Falardeau

La maison du Colonel Hendrick Ruiter

 Le cimetière est construit à une centaine de mètres de la maison du vieux colonel et la légende locale raconte qu'elle serait toujours hantée par son fantôme.      

 Cimetière Province Hill. 1830. Canton de Potton.   

Jules Falardeau

  

Jules Falardeau

  

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 Cimetière Pettes-Aseltine. 1826.   

  

Jules Falardeau

  

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Jules Falardeau

  

Jules Falardeau

 Les cimetières comme le Ruiter's Settlement Cemetery sont généralement entretenus et sont parfois encore utilisés. Pour de plus petits cimetières familiaux, l'enjeu, c'est la dégradation, l'abandon ou même sa disparition pure et simple. C'est à ce sujet que j'ai rencontré l'archéologue à la retraite Robert Larocque, qui habite la région.       

 Tout en me faisant découvrir certains cimetières qu'il a lui-même répertoriés pour la municipalité de Sutton, il m'explique un peu la particularité de ces lieux de sépultures : «À la différence des cimetières catholiques qui sont souvent derrière ou près des églises, les pionniers de confession protestante enterraient d'abord leurs morts sur leurs terres».       

 Le problème, c'est qu'avec le temps, les terres ont changé de mains et les descendants sont partis. «Le nouveau propriétaire va se retrouver avec ce genre de cimetière sur son terrain, n'a aucun lien de descendance avec les défunts et n'aura aucune envie de l'entretenir. C'est aussi dans ce contexte particulier qu'il faut protéger ce patrimoine historique de la région. Sans aucun doute, le premier pas était d'en faire l'inventaire», ajoute l'archéologue.     

 Cimetière familial Grimes. 1859.   

Jules Falardeau

  

Jules Falardeau

  

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Jules Falardeau

 On n'a pas énormément de traces des premiers habitants du coin, les Abénakis, et la raison est bien simple : on a fait très peu de fouilles.      

 «On pourrait commencer le long des berges de la rivière Missisquoi, on trouverait probablement des traces de leur campement. Je continue de croire qu'on a sous-utilisé la région au niveau archéologique. Tout reste à faire», affirme avec mélancolie notre ami Robert.       

 Alors que j'écris ce texte, j'apprends qu'aux alentours d'une mine de cuivre abandonnée du canton de Potton se dressent des monticules de pierres qui seraient, selon ce qu'on raconte ici, des tombes autochtones. J'attendrai tout de même la fin de la chasse avant de faire de l'«Urbex» en pleine forêt, mais disons que c'est un dossier à suivre.      

 Pour approfondir l'histoire de ces cantons, vous pouvez consulter les sites web de leur société d'histoire respective.      

 Association du Patrimoine de Potton  

 Société d'histoire de Sutton  

 

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