De plus en plus de jeunes filles vont de leur plein gré vers des proxénètes, ce qui inquiète les intervenants en prostitution juvénile | Tabloïd
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De plus en plus de jeunes filles vont de leur plein gré vers des proxénètes, ce qui inquiète les intervenants en prostitution juvénile

Une réalité qui a été trop peu abordée lors de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs, selon plusieurs organismes

Aimer l’idée de faire de l’argent avec son corps, contacter directement des agences d'escortes, proposer ses services à des hommes pour qu’ils deviennent leurs proxénètes. Devant ces nouveaux phénomènes, des intervenantes en prostitution juvénile sonnent l’alarme et cherchent toujours à les comprendre.   

«La séduction, ce n'est plus juste ça la porte d'entrée [pour les proxénètes]», explique la directrice générale du Projet Intervention Prostitution Québec, Geneviève Quinty. «On voit encore des gars qui séduisent, qui manipulent, mais ce qu’on ne voyait pas avant, c’était des filles aller vers ces gars-là. On se demande à quel besoin ça répond et surtout, pourquoi les filles choisissent d’aller dans cet univers?», souffle-t-elle.    

En visitant les centres jeunesse, Mme Quinty a constaté que plusieurs proxénètes n’ont plus besoin de travailler autant qu’avant, «soit parce que les filles viennent vers eux pour leur demander de les mettre en contact avec des clients, ou soit pour leur demander de travailler pour eux».     

Le modus operandi des proxénètes a bien changé depuis l’opération Scorpion, poursuit Mme Quinty. La vaste enquête policière avait permis de démanteler un important réseau de prostitution juvénile à Québec au début des années 2000. Dans les années qui ont suivi l’opération, les proxénètes ont été forcés de revoir leur approche face aux adolescentes et se faire plus discrets, croit-elle.    

Proxénète sans l’avoir cherché  

Dans la région de Montréal, quelques proxénètes ont d’ailleurs mentionné n’avoir eu aucun intérêt à le devenir, jusqu’à ce que des jeunes femmes les approchent pour manifester leur intérêt de «travailler pour eux». C’est le constat de la responsable au niveau des réseaux délinquants et autres problématiques associées du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Nathalie Gélinas.    

Selon elle, il s’agit d’une problématique qui a été moins abordée lors de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs, qui se terminait jeudi, à Québec. «Ce n’est pas complètement nouveau dans mon domaine et ce n’est pas une généralité. Les jeunes filles qui sont attirées vers le milieu de la prostitution, il y en a quand même pas mal», affirme-t-elle.   

Agences d’escortes   

À Montréal, l’organisatrice communautaire de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), Jennie-Laure Sully, observe que les jeunes filles sont nombreuses à contacter directement les agences d’escortes.   

La prostitution juvénile a été magnifiée à bien des égards chez les jeunes filles, ce qui entraînerait une toute autre clientèle qui n’y était pas intéressée auparavant, poursuit-elle.    

«Plusieurs artistes font bien paraître l’idée de faire de l’argent avec ton corps», affirme de son côté la responsable des réseaux délinquants et autres problématiques associées du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Nathalie Gélinas. «Les filles, ça les attire encore plus parce qu’elles suivent le message qu’elles entendent», poursuit-elle.   

Si des jeunes femmes vulnérables vont proposer leurs services aux proxénètes, d’autres désirent commettre des actions impulsives et illégales, affirme Nathalie Gélinas. «Elles sont surtout attirées vers le milieu parce qu’elles ne voient seulement que les avantages», déplore-t-elle.   

Lourdes conséquences  

Dans tous les cas, les victimes ressortent avec des conséquences importantes, confie la directrice générale du Projet Intervention Prostitution Québec, Geneviève Quinty. «Les filles ont des traumas sexuels et quand les services existent pour les aider, c’est long et c’est coûteux. Ce sont de longues démarches qui les attendent.»    

Nathalie Gélinas croit fermement que l’accompagnement d’un adulte de confiance ainsi qu’une éducation sexuelle pour départager les attentes réelles, de l’amour et de l’intimité reste primordiale. «Autant chez les gars que chez les filles», plaide-t-elle.     

  

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