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Vous pouvez maintenant faire tester votre drogue par la poste avant de la consommer

Image principale de l'article Faire tester votre drogue par la poste

Lancé il y a à peine quelques semaines, le site web canadien Get Your Drugs Tested offre des tests gratuits pour vérifier si votre drogue a été coupée avec d’autres substances. Il suffit d’envoyer un échantillon par la poste, attendre quelques jours pour qu’il arrive au centre de tests en Colombie-Britannique et obtenir les résultats par courriel.

L’activiste Dana Larsen, connu entre autres pour son militantisme pro-cannabis et son dispensaire illégal de weed à Vancouver, est la personne derrière ce projet.

Le logo de Get Your Drugs Tested

Photo gracieuseté, Dana Larsen

Le logo de Get Your Drugs Tested

«C’est un service essentiel et c’est pour cette raison que nous l’avons mis en place, explique-t-il au bout du fil. C’est quelque chose que je veux faire depuis longtemps pour aider à améliorer la situation avec les surdoses dans le pays.»

M. Larsen a constaté qu’un service semblable était offert à quelques festivals de musique et sur des sites de prévention de surdose dans sa ville de résidence. Il a voulu démocratiser le processus dans une perspective de réduction des méfaits.

«Je me suis dit qu’il faudrait que tout le monde au pays ait accès à des tests comme ça, peu importe où il se trouve. C’est là où j’ai eu l’idée de la faire par la poste», raconte-t-il.

La MDMA et la cocaïne représentent la majeure partie de la presque quarantaine de tests qui ont été effectués jusqu’à maintenant. Les résultats, ainsi que les villes d’où proviennent les substances testées, sont publiquement disponibles

«À long terme, on aimerait bâtir une base de données assez solide pour que si quelqu’un obtient une pilule rouge à Calgary sans savoir c’est quoi, il puisse aller sur notre site et s’informer sans même avoir à nous envoyer un échantillon», illustre M. Larsen.

Il encourage aussi les trafiquants à faire tester leurs produits avant de les vendre puisqu’eux-mêmes ne savent parfois pas avec quoi ils ont été coupés.

Équipement connu

La machine dont se sert M. Larsen pour ses tests est un spectroscope infrarouge à transformée de Fourier, mieux connue sous le nom IRTF.

Elle fonctionne à l’aide d’un laser infrarouge que l’on place sur la substance testée. Celle-ci produit ensuite des faisceaux lumineux qui sont analysés par un logiciel spécialisé. Il ne faut qu’environ dix milligrammes de drogue (0,01 gramme) pour faire le test.

Dana Larsen et sa machine IRTF.

Photo gracieuseté, Dana Larsen

Dana Larsen et sa machine IRTF.

C’est une méthode qui a tout de même certaines limites.

«Ça détecte très bien l’amphétamine mais a beaucoup de difficulté à détecter des produits présents en petite quantité», explique Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et fondateur du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP).

Dana Larsen assure qu’il teste aussi les drogues reçues avec une bandelette de fentanyl pour s’assurer de dépister cet opioïde, peu importe sa concentration potentielle dans le produit.

Un message publié sur le site de Get Your Drugs Tested avertit que les tests se font de bonne foi, mais que l’exactitude des résultats n’est pas garantie.

Désobéissance civile pacifique

L’initiative de Dana Larsen est bien sûr illégale, mais l’activiste croit dur comme fer qu’elle est nécessaire. Pour lui, la seule manière de faire bouger les choses est en enfreignant la loi.

«Je suis en faveur de la légalisation de toutes le drogues, ou du moins de tous les consommateurs de drogue. J’offre un service qui sauvera peut-être des vies et j’en suis fier, mais c’est vraiment quelque chose que le gouvernement devrait faire à ma place», déplore-t-il.

M. Larsen concède aussi qu’envoyer de la drogue par la poste est également illégal, mais que le public n’a rien à craindre. «On parle ici de minuscules quantités, et il y a déjà des tonnes de drogues qui passent par le système postal», dit l’activiste.

Pour sa part, Jean-Sébastien Fallu dit avoir une réaction «ambivalente» à la mise en place du service.

«C’est quelque chose qui devrait être fait depuis longtemps et qui devrait être aussi accessible que possible [...], mais est-ce que les gens qui utilisent ces service-là sont bien accompagnés et comprennent bien les limites de ces tests-là? Je ne sais pas à quel point ils passent bien le message de réduction des méfaits, ce qui est très important pour ce type de test-là», nuance le chercheur.

Dana Larsen assure toutefois que les résultats de test fournis de manière confidentielle par courriel incluent de l’information sur l’utilisation sécuritaire des drogues analysées. Il se pourrait aussi qu’il recommande de ne pas consommer la substance testée dépendant des résultats.

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