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Voici tout ce qui cloche avec cette tenue de festival

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Image: capture d’écran Facebook (fb.com/garage)

La cigale ayant chanté en culotte échancrée tout l’été 

Se trouva fort dépourvue 

Quand la brise fut venue 

C’est le début d’une fable plutôt trash qui m’est venue en tête après être tombée sur des photos de la plus récente campagne du magasin Garage pour sa collection d’été ~édition festival~ en vente limitée. Sur le premier cliché, deux belles grandes filles sous un éclairage néon pseudo sexu. Filles ou femmes, je ne suis pas sûre : on les a maquillées de façon à ce que leur âge reste indéfini. J’imagine que ça permet de ratisser plus large en terme de clientèle. Ces filles pourraient avoir 15 ou 23 ans. La confusion est TOTALE. 

Deux belles grandes filles donc, qu’on a badigeonnées d’huile Crisco de façon à créer l’illusion d’un natural glow, un petit air de santé destiné à nous convaincre qu’on a affaire à des filles d’à côté plutôt qu’à des mannequins cocaïnées. Je caricature. 

Avant de continuer, je vous enjoins de laisser le slutshaming au vestiaire. Les deux égéries retenues pour parader la bouche entrouverte en portant la guenille made in Bangladesh des boutiques Garage n’ont rien à se reprocher. Le problème ce sont ces entreprises qui capitalisent sur les insécurités des femmes en utilisant les procédés d’aliénation habituels : comparaison, culpabilisation, exclusion. 

Ici, l’aliénation prend la forme de deux corps galbés, vêtus de bikinis à la culotte assez échancrée merci (pensez aux années 80 et à Baywatch) qu’on tente de nous faire passer pour une tenue de festival polyvalente certainement adaptée à la vibe d’ÎleSoniq, mais peut-être moins à la ride de métro de 25 minutes qui précède l’arrivée au Parc Jean-Drapeau. 

Sur le second cliché publié pour nous encourager à sortir notre portefeuille, on voit deux midinettes vêtues de la combinaison short/camisole en supporter une troisième qui semble avoir perdu son pantalon dans une toilette chimique. Je ne vais pas vous le cacher, à la vue de cette deuxième photo, j’ai ressenti un très grand malaise. Si ce n’était pas du filtre destiné à rendre l’image plus chaleureuse et léchée, on aurait cru à la mise en scène d’une expérience de festival ayant un peu mal tourné du genre : « on vient de ramasser notre amie torchée (et/ou violentée) dans un coin de ruelle. » Je me sens vraiment mal de penser ça, mais c’est plus fort que moi. 

Suis-je devenue cette vieille crisse qui crie systématiquement à l’indécence lorsqu’elle voit poindre un bourrelet de fesses durant la saison des « tites »shorts? Que nenni. 

Si des femmes adultes, émancipée et bien dans leur peau décident d’aller secouer leurs founes dénudées en pleine canicule dans un parc poussiéreux, libre à elles de le faire. Sauf qu’entre vous et moi, on le sait ben que la clientèle du Garage est majoritairement composée de filles âgées de 10 à 17 ans. À cause des looks offerts, mais aussi des tailles qui ne conviennent pas à la fille bacaisse de 27 ans qui fait du crossfit 3 à 4 fois par semaine. Garage, c’est la boutique où tu magasines quand tu ne rentres plus dans linge des boutiques pour enfant, mais que t’as pas encore les hanches assez développées pour remplir un pantalon de chez Zara. 

Peu importe la saison, le corps mis de l’avant sur leur site web et sur leurs affiches en magasin est jeune, blanc, imberbe et filiforme. Il y a certes eu des améliorations au cours des dernières années soutenues par les tendances sur les passerelles : des tailles vêtements un peu plus extensibles, différentes variétés de coupes (cropped-top, vêtements baggy ou surdimensionnés). Concrètement toutefois, rien n’indique que Garage a reçu le mémo concernant le vent de changement dans l’industrie de la mode. #bodypositive 

Sur les réseaux sociaux, où la campagne publicitaire fait couler beaucoup d’encre, on agite le spectre de l’hypersexualisation des jeunes filles. Cet épouvantail-là ressort périodiquement quand il est question de l’habillement des demoiselles. Ben oui, la campagne contribue d’une façon ou d’une autre à cette culture qui dit que la valeur d’une femme est déterminée à partir de sa sexualité. Par contre, j’ai le goût de vous dire que les chandails bedaines, les bretelles spaghetti et les jeans taille basse tant démonisés durant mon adolescence ne m’ont jamais fait sombrer dans la nymphomanie. 

L’enjeu est ailleurs, au niveau de l’estime, de ces corps déifiés qu’on tente de faire passer comme la norme auprès du commun des mortels. On est là comme des cons à multiplier les efforts pour dire à nos filles qu’elles sont belles comme elles sont, d’essayer de les convaincre qu’elles n’ont pas à se faire mal pour tenter de correspondre à modèles irréalistes et qu’elles n’ont pas à se soumettre à des diktats incohérents pour être valides aux yeux de la société. Il suffit d’une campagne trash comme celle-là pour réduire nos efforts collectifs à néant. 

À un moment donné Garage, les gens vont se tanner pour de bon et ranger leur portefeuille parce que tout le spandex du monde ne sera plus suffisant pour couvrir le prochain fashion faux-pas. 

Questions, commentaires, pensées complémentaires ou concurrentes? Écrivez-moi: vanessa.destine@quebecormedia.com 

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