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Ils se font réveiller chaque nuit depuis deux mois

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Montage Charles-André Leroux

21h30. Mardi soir. Un bruit insupportable résonne dans les quartiers Côte-Saint-Paul et Saint-Henri de Montréal. Les travailleurs de l’échangeur Turcot s’affairent à concasser les piliers de la vieille structure pour installer la nouvelle. Mais des résidents qui habitent à deux pas du chantier subissent ce vacarme jusqu’à 4h du matin depuis plusieurs semaines.  

«Le soir, on ne dort pas. J’ai même pris une journée off il y a deux semaines parce que j’étais incapable de dormir», avoue Yannick qui habite dans le quartier depuis un an et demi environ avec sa copine Fanie.  

Photo : Jean Balthazard

Le jeune homme se lève à 5h du matin tous les jours pour se rendre au travail. Il y a donc souvent une seule petite heure qui sépare l’arrêt des travaux et son réveil. Fanie qui doit elle aussi se lever généralement tôt trouve la situation extrêmement difficile. Le couple pense même à déménager si les désagréments perdurent. «Si ça continue un an comme ça, je vais me tanner, je vais vouloir déménager, ça, c’est sur», lâche Yannick assis à sa table à manger.  

Photo : Jean Balthazard

«Toutes les crisses de nuits, c’est de même», confirme Alain Moreault, 67 ans. Le retraité est conscient qu’il n’a pas à se rendre au boulot comme beaucoup de ses voisins, mais les travaux ont tout de même bouleversé sa routine. «Ça fait 20 ans que je me lève à 4h30 du matin, mais depuis deux mois, je me lève à 9h00 parce que je passe ma nuit réveillé», indique-t-il exaspéré.  

Lorsque Tabloïd l’a rencontré, Alain écoutait la télévision dans son salon. À ce moment, les meubles bougeaient et le plancher tremblait. «Il y a deux, trois semaines, c’était deux fois pire», ajoute celui qui songe même à intenter un recours collectif.  

Photo : Jean Balthazard

Une action du genre a été orchestrée par des Montréalais qui ont enduré le vacarme incessant des travaux de réfection de l’autoroute Ville-Marie, il y a 20 ans. Mais c’est seulement deux décennies plus tard, en mars 2019, que 1500 résidents ont pu obtenir 1,8 M$ en indemnités (environ 1200$ en moyenne par personne).  

Alain Moreault a en plus contacté près de 50 fois le ministère des Transports du Québec (MTQ). «Quand on se plaint, le bruit baisse pour deux jours et après ça recommence», explique-t-il d’un ton sec.  

Alain Lamarre vit dans l’arrondissement du Sud-Ouest depuis sa naissance. Le bruit des travaux est le pire qu’il a entendu de toute sa vie.

Photo : Jean Balthazard

Alain Lamarre vit dans l’arrondissement du Sud-Ouest depuis sa naissance. Le bruit des travaux est le pire qu’il a entendu de toute sa vie.

Alain Lamarre et Linda Gagné, respectivement 58 et 65 ans, sont eux aussi à la retraite. Alain habite au premier étage d’un duplex qu’il possède depuis 28 ans et Linda est propriétaire depuis 11 ans d’un condo situé juste en face du domicile d’Alain.  

Les deux expliquent qu’il y a les bruits liés au concassage qui sont particulièrement irritants, mais aussi tous ceux provenant des camions qui circulent sur le chantier. «Quand ils font des livraisons ou manipulent des matériaux de démolition, c’est là que tu entends les bing bang boom», illustre Alain.  

En plus, la vibration au sol créée par les travaux a endommagé leur propriété, déplorent les deux retraités. «J’ai eu des craques dans mon condo. Je ne les ai pas fait réparer parce que je veux prouver qu’il y a eu des problèmes chez nous», explique Linda.  

Alain Lamarre et Linda Gagné vivent dans le quartier Côte-Saint-Paul à quelque pas de l’échangeur Turcot et des travaux.

Photo : Jean Balthazard

Alain Lamarre et Linda Gagné vivent dans le quartier Côte-Saint-Paul à quelque pas de l’échangeur Turcot et des travaux.

S’ajoutent à tout ça d’autres problèmes reliés à la poussière générée par le concassage de béton. «[La semaine dernière], je suis allée marcher deux fois. Je restais au coin Saint-Patrick et de l’Église et je ne pouvais pas rester là plus que 10–15 minutes parce que je ressentais toute la poussière de roche dans ma gorge», relate Linda un peu traumatisée. Elle ajoute que sa voiture est souvent recouverte de poussière et que ses portes ferment mal en raison de l’accumulation de saleté.  

Il faut tout de même que ces travaux se concrétisent, concèdent Alain et Linda. «C’est sur que c’est dérangeant pour les gens qui travaillent. Heureusement, je suis à la retraite alors ça me dérange plus ou moins, mais faut que ça se fasse et faut se dire que c’est pour le mieux», nuance Alain.  

Photo : Jean Balthazard

Charles, qui vit à quelques pâtés de maisons de chez Alain et Linda, déplore «l’enfer» vécu présentement. «Ça me réveille, ça réveille mon fils de huit ans [...] on est tannés», lâche-t-il accoté dans son cadre de porte. Le jeune homme de 27 ans à la carrure de joueur de football travaille lui aussi sur le chantier de l’échangeur Turcot, mais sur une autre section. Il s’attendait à entendre du bruit, mais il ne pensait jamais que la situation allait être si pire que ça.  

Stéphanie, 31 ans, vient tout juste d’acheter un condo dans le coin, il y a à peine deux ans. Exaspérée par la situation, elle évite son logement la fin de semaine en raison du bruit. «Je vais chez mon copain. C’est rendu que je planifie comme ça : “on ne retournera pas chez nous, on va se faire réveiller par les bruits de pelles”», indique-t-elle.  

Le niveau sonore des travaux est mesuré par le ministère des Transports à l’aide d’un appareil installé à proximité du chantier. Le seuil maximal est de 75 décibels le jour, de 71 décibels le soir et de 68 décibels la nuit. Lorsque Tabloïd a rencontré les résidents du Sud-Ouest, les niveaux sonores ont été respectés, selon les données du MTQ.  

Le sonomètre est installé en bordure de la ruelle derrière le 2027 rue de l’Église.

Photo : Jean Balthazard

Le sonomètre est installé en bordure de la ruelle derrière le 2027 rue de l’Église.

Même si le sonomètre se trouve non loin de chez lui, Alain L. croit qu’il n’est pas à la bonne place. «Nous, on vit dans le double hot spot. Le sonomètre n’est pas là où ça se passe, c’est ici», considère-t-il.  

Les citoyens du quartier devront prendre leur mal en patience puisque les travaux devraient s’étaler au moins jusqu’à la fin avril.  

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