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Fini l’avion pour ces Québécois

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Illustration Christine Lemus

Ils parcouraient plusieurs dizaines de milliers de kilomètres par année en avion. Les escapades outremer étaient leur exutoire, leur loisir le plus important ou leur permettaient d’aller visiter leur famille. Mais ce temps est révolu. Ces Québécois ne feront plus jamais de voyages aériens et c’est seulement par amour pour la planète.

Fanie Lebrun a visité plus de 40 pays dans sa vie, a parcouru environ 175 000 km et a effectué environ 35 vols. Elle chérissait l’idée de voyager jusqu’à ses vieux jours. «Ça fait 20 ans que je voyage. Pour moi, aller outre-mer, c’est naturel. C’est ma bouée de survie. C’est une grande partie de mon identité», explique-t-elle en entretien avec Tabloïd.

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Pourtant, à l’été 2018, la Sherbrookoise a décidé qu’elle ne mettrait plus jamais les pieds dans un avion, par pur souci écologique.

Cette décision a été déchirante pour la femme de 41 ans et surprenante pour la plupart de ses proches. «Ça a créé une onde de choc. En même temps, ils me connaissent sur mon volet humain, du fait que j’adopte des choix minimalistes pour protéger l’environnement», tient-elle à préciser.

Auteure du blogue voyage L’exhibie du voyage, Fanie ne compte pas mettre une croix sur le tourisme pour autant. Elle va simplement adopter des pratiques locales. «Si c’est vraiment la culture qui m’intéresse, je n’ai pas besoin d’un avion pour faire des découvertes», avance-t-elle.

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Fanie est l’une des 1500 signataires du manifeste Nous ne prendrons plus l’avion , initié en France et qui a fait grand bruit là-bas.

«Tout le temps qu’on passe à parler du diagnostic, du constat, c’est du temps qu’on perd pour agir vraiment. Et agir vraiment, ça veut dire tout faire, chacun dans nos vies, immédiatement pour cesser au maximum de balancer du CO2 dans l’atmosphère parce que c’est une catastrophe», affirme l’auteur du manifeste, Julien Goguel, en entrevue avec Tabloïd.

Le nombre de passagers aériens devrait s’élever à 8 milliards environ en 2036 , soit le double des quatre milliards de voyageurs recensés en 2017, par l’Association du transport aérien international. L’impact d’un vol d’avion pour l’environnement est élevé. Par exemple, un aller-retour entre Montréal et Paris représente par passager près de 80% des émissions de gaz à effet de serre produites par l’utilisation annuelle d’une voiture compacte (15 000 km environ).

Julien ne fait pas dans la demi-mesure avec son manifeste. Il sait pertinemment que son texte est radical. L’auteur favorise un arrêt complet de l’utilisation de l’avion, mais il laisse le soin aux gens d’établir leur propre progression. «Celui qui me dit que ses enfants habitent au Brésil, que ça fait trois ans qu’il ne les a pas vus et qu’il va quand même aller les voir, je vais lui dire : “oui, bien sûr, ça, je comprends”. Mais celui qui part une semaine en vacances et qui va faire 20 000 km en avion, ça, c’est un truc qu’il faut absolument arrêter tout de suite. C’est un modèle d’une société qui ne correspond plus à la réalité du monde», lance-t-il au bout du fil, de sa demeure en France.

D’autres signataires québécois

Originaire des Pays-Bas, Ben Valkenburg est débarqué au Québec il y a 17 ans. Le résident de Montréal a pris l’avion à plusieurs reprises dans sa vie pour des raisons familiales ou par pur loisir. Mais ces voyages sont chose du passé aujourd’hui. «Personnellement, je veux au moins donner le bon exemple», concède celui qui est père d’une fille de 13 ans et un garçon de 19 ans.

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L’homme de 56 ans est d’ailleurs bien content que quelqu’un ait osé prendre la parole publiquement en proposant un mouvement anti-avion, surtout que l’initiative vient changer la perception que les gens ont sur le tourisme. «Un voyage en avion pour un échange culturel, c’est très bien vu. Ça donne même un statut plus important dans la société et on ignore complètement l’incidence sur le climat», tient-il à dire.

«Si on internalisait tous les coûts sociaux et environnementaux d’un voyage dans un billet d’avion, il y a beaucoup moins de gens qui partiraient», complète Fanie.

La dernière fois que Ben a pris l’avion, c’est en 2017. Maintenant, s’il veut voyager, il enfourche son vélo et pédale jusqu’à sa destination. Généralement accompagné de sa fille, il se rend ainsi jusqu’en Estrie ou même jusqu’aux États-Unis. Ben espère limiter sa consommation de l’avion, mais il n’exclut pas d’utiliser ce moyen de transport à nouveau si par exemple une catastrophe dans sa famille aux Pays-Bas survient.

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Le Montréalais François Lorrain, 73 ans, a pour sa part complètement écarté la possibilité d’un voyage sur le Vieux Continent. C’est donc dire qu’il n’accompagnera plus jamais sa femme d’origine française lorsqu’elle voudra visiter sa famille à l’étranger. «Je n’aurai aucune gêne à expliquer ma décision à qui que ce soit», affirme-t-il d’un ton décisif.

Ce professeur de mathématiques à la retraire se dit «extrêmement préoccupé par l’évolution du climat». «Le temps des grandes décisions est arrivé et je me suis dit que je dois faire ma part», ajoute celui qui s’intéresse à la question particulièrement depuis la parution du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GEIC).

Des changements «rapides» et «sans précédent» sont nécessaires pour sauver le climat, rapporte le document paru en 2018. Les chercheurs avancent que pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, le monde devra réduire de près de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Élizabeth, qui approche la soixantaine, est de son côté «obsédée par l’environnement». Celle qui habite la Ville de Québec a choisi de ne plus prendre l’avion il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, elle refuse souvent des voyages avec ses amis. «Je sais qu’ils me trouvent plate parce que je ne les accompagne plus», avoue-t-elle. Élizabeth parle amplement de sa décision autour d’elle, mais la plupart des gens lui répondent qu’ils ne seraient pas capables de se priver de la sorte. «Les gens se sentent un peu indirectement visés parce que tout le monde prend l’avion, tout le monde veut voyager. Je sens qu’ils ne sont pas à l’aise quand on parle de ça», explique-t-elle.

Fanie, Ben, François, Julien et Élizabeth savent bien que l’impact de leurs actions personnelles est limité et que les gouvernements tout comme les multinationales doivent s’impliquer concrètement pour pouvoir espérer un retournement de situation majeur. «Oui, il y a une action mondiale qui doit se faire, mais je pense que ça commence avec nous-mêmes. Ça commence avec les gestes qu’on pose», dit Ben.

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