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Chaton orphelin cherche famille pour la vie

Criquet et Céline, la fondatrice de Chatons Orphelins Montréal. Céline a demandé qu’on ne dévoile pas son visage dans le cadre de ce reportage puisqu’elle voulait que l’attention soit concentrée sur les chats.
Photo Charles-André Leroux

Criquet et Céline, la fondatrice de Chatons Orphelins Montréal. Céline a demandé qu’on ne dévoile pas son visage dans le cadre de ce reportage puisqu’elle voulait que l’attention soit concentrée sur les chats.

Céline dédie la plupart de ses soirées à prendre soin des chats abandonnés. À l’extérieur de ses heures de travail régulier, elle gère son équipe de bénévoles, amène des minous au vétérinaire et agit elle-même à titre de famille d’accueil pour ces petites bêtes. 

Après quatre ans de sauvetages quotidiens, la femme à la tête du réseau d’entraide Chatons Orphelins Montréal (COM) fait tout ce qu’elle peut pour poursuivre son œuvre, toujours habitée par un profond sentiment d’injustice devant la manière dont la Ville et ses citoyens traitent leur population féline. 

À première vue, COM pourrait sembler être un organisme de sauvetage d’animaux bien établi, mais il s’agit plutôt d’une organisation citoyenne portée par le dévouement d’une poignée de bénévoles. 

«Je suis une fille vraiment en tabarnak, dit Céline, avec intensité. Je le fais parce que j’aime vraiment les animaux et je veux les aider.» 

D’ailleurs, Céline ne voulait pas qu’on dévoile son visage ou des détails de sa vie personnelle dans le cadre de ce reportage puisqu’elle voulait que l’attention des lecteurs soit centrée sur les chats. 

Sa page Facebook, qui compte plus de 20 000 abonnés, publie plusieurs fois par jour des photos de chats disponibles pour adoption accompagnées de l’histoire de vie des animaux en question. Les mises à jour sur leur état sont fréquentes et on y décrit généreusement leur personnalité de manière très colorée. 

Cet amour et cette attention pour les chats font jusqu’à maintenant la renommée de COM sur les réseaux sociaux. Mais tout n’est pas rose dans le monde du sauvetage animal, surtout en cette période de déménagements, lors de laquelle les abandons d’animaux sont trois fois plus élevés qu’à l’habitude. 

La genèse d’une mission 

En 2015, Céline voulait faire du bénévolat auprès des chiens à la SPCA de Montréal. L’organisme demandait par contre des engagements de temps auxquels elle était incertaine de pouvoir répondre en raison de son travail. 

Elle s’est donc fait suggérer de venir en aide aux félins. 

«Je me suis retrouvée avec trois chatons que quelqu’un m’avait amenés sachant que j’étais bénévole et qu’il manquait d’espace. Je suis venue voir mon vétérinaire, je lui ai demandé s’il pouvait me faire des rabais étant donné qu’ils étaient malades et j’essaierais de trouver des adoptants», raconte-t-elle. 

Birkin est une chatte de 12 ans. Sa propriétaire est morte. Sa famille n’en voulait pas et désirait l’euthanasier.

Céline a ensuite créé la page Chatons Orphelins Montréal, qu’elle gère encore aujourd’hui. C’était aussi pour elle le début d’une relation étroite qu’elle entretient toujours avec l’Hôpital Vétérinaire Journet de l’arrondissement Plateau Mont-Royal. 

«À un moment donné, la clinique m’a appelée et m’a dit: “Céline, on a trouvé un chaton, il s’est fait écraser la patte, la personne ne peut pas le soigner et ils veulent l’euthanasier. Est-ce que tu penses pouvoir aider?”», se remémore-t-elle. 

C’étaient là les premiers d’innombrables minets dont s’occuperait Chatons Orphelins Montréal pour les années à venir. 

Laloue, 2 ans, visitait souvent une dame l’hiver pour se nourrir, mais la dame ne pouvait pas la garder chez elle. Elle a contacté COM, qui l’a prise en main et l’a stérilisée.

Pour l’amour des chats 

Depuis, COM récupère des chats de plusieurs manières. Certains sont destinés à l’euthanasie à la clinique. D’autres sont des «cas lourds» pour lesquels les propriétaires ne veulent ou ne peuvent pas assumer les frais médicaux. Certains sont aussi transférés de refuges surpeuplés ou simplement trouvés dans la rue. 

Des citoyens contactent aussi le réseau directement pour lui signaler des abandons imminents dans leur quartier, pour dire qu’ils veulent se débarrasser de leur chat. 

C’est Céline qui assume les coûts des traitements que doivent subir une bonne partie des chats. La communauté en ligne de COM lui apporte aussi un certain soutien financier via des collectes de fonds. 

«Au lieu de mettre mon argent dans le champagne, je le mets dans les chats, illustre Céline. Le reste, ça vient de dons. Chaque jour est une dépense, mais on est chanceux. Les gens jusqu’à maintenant sont vraiment super et nous aident comme ils peuvent.» 

Archibald est un minou qui a besoin de vivre dans un grand espace. Céline dit qu’il a une «attitude spéciale».

Photo Charles-André Leroux

Archibald est un minou qui a besoin de vivre dans un grand espace. Céline dit qu’il a une «attitude spéciale».

 

Avant l’étape finale de l’adoption, les chats sont pris en charge par une de la cinquantaine de familles d’accueil (FA) qui aident bénévolement COM. Placer les animaux dans ces foyers temporaires leur permet d’avoir un parent qui peut veiller sur leurs besoins spécifiques en attendant qu’ils trouvent un domicile permanent. 

Le processus d’adoption de COM est d’ailleurs bien plus pointilleux que celui d’autres refuges, si bien qu’il soulève parfois l’ire des prétendants adoptants. Il implique notamment une entrevue et une visite pour être certain que le profil du chat correspond à celui de son gardien. 

Typhanie Intili, mère d’un chat de COM, famille d’accueil du réseau et bénévole depuis un an et demi, explique que le but est vraiment de leur trouver une famille pour toujours. 

«On veut des familles qui correspondent à nos valeurs, ce que nous ressentons pour les chats. On ne permet pas d’adoption juste parce que les chats sont beaux. On veut qu’ils soient en sécurité pour toute leur vie et on veut que leur caractère matche avec celui des familles», dit-elle. 

Typhanie et le chaton qu’elle a présentement en famille d’accueil, Stitch. Le petit a été maltraité par une famille d’humains et avait un conjonctivite à son oeil. Il pesait 330 grammes quand Typhanie l’a eu et il a fallu qu’elle le gave pour qu’il prenne du poids. Il a pris du mieux, depuis.

Photo Charles-André Leroux

Typhanie et le chaton qu’elle a présentement en famille d’accueil, Stitch. Le petit a été maltraité par une famille d’humains et avait un conjonctivite à son oeil. Il pesait 330 grammes quand Typhanie l’a eu et il a fallu qu’elle le gave pour qu’il prenne du poids. Il a pris du mieux, depuis.

Changer les mentalités 

Au-delà de sa mission de sauvetage, COM tente de changer la manière dont on perçoit les animaux de compagnie. 

«Déjà, le fait qu’on se dit propriétaires et non gardiens en dit long sur notre philosophie. On doit arrêter de voir les animaux comme quelque chose qu’on adaptera à notre confort, mais plutôt comme des êtres sensibles qui ont des besoins fondamentaux et desquels on est responsables», soutient Valérie Costanzo, mère de deux chats de COM, famille d’accueil du réseau et bénévole depuis trois ans. 

Valérie et Poucet, un chaton pour lequel elle a été famille d’accueil mais qu’elle a maintenant adopté. Il a été acheté dans une animalerie et son propriétaire a contacté COM en disant qu’il ne mangeait pas, avait des diarrhées et était très maigre. Poucet va bien aujourd’hui.

Photo gracieuseté Valérie Costanzo

Valérie et Poucet, un chaton pour lequel elle a été famille d’accueil mais qu’elle a maintenant adopté. Il a été acheté dans une animalerie et son propriétaire a contacté COM en disant qu’il ne mangeait pas, avait des diarrhées et était très maigre. Poucet va bien aujourd’hui.

Céline dénonce aussi la nonchalance de la population générale pour venir en aide aux chats errants. 

«Des fois, on m’écrit pour me dire qu’il y a un chat au bord de la rue, mais je suis au travail. Je leur répond de le sécuriser puisque c’est hyper important, mais ils ne le font pas, raconte-t-elle. On me répond qu’on ne peut pas à cause des allergies, parce que leur mère est malade, parce que leur chum ne veut pas de chat.» 

La fondatrice de COM subit aussi des injures des internautes. «Quand on donne des conseils, parfois on se fait insulter, on se fait dire qu’on fait la morale. Ils pensent qu’on a une baguette magique, mais on est juste un groupe de citoyens!» 

Ce sont aussi le traitement inhumain des chats de certains propriétaires que Céline a rencontrés au fil des quatre dernières années, l’engagement que demande cette cause et surtout la perpétuation des grands problèmes auxquels font face les chats du Québec qui ont plusieurs fois poussé Céline à vouloir cesser ses activités. 

«Aujourd’hui, c’est ma deuxième vie. Je finis le travail à 18h et je me consacre aux chats. Je ne me plains pas, c’est mon choix, mais chaque année au mois de décembre je me remets en question. Quand je me dis que j’arrête, je ralentis. Je prends moins de cas, j’en dirige plus vers la SPCA... mais à un moment donné il y aura moins de chats et je vais arrêter», dit-elle, visiblement déçue. 

Carotte a été trouvée complètement en repli par une famille d’accueil. Elle était un sac d’os, dit Céline. Carotte est toujours en traitement en ce moment puisqu’elle a les côtes cassées et une bronchopneumonie.

Photo Charles-André Leroux

Carotte a été trouvée complètement en repli par une famille d’accueil. Elle était un sac d’os, dit Céline. Carotte est toujours en traitement en ce moment puisqu’elle a les côtes cassées et une bronchopneumonie.

Changer les lois 

COM voudrait aussi voir des changements structurants au niveau du règlement animalier de la Ville de Montréal. Notamment, le réseau d’entraide désirerait que la pratique de l’euthanasie des chats errants cesse. 

«Comment se fait-il qu’on n’a toujours pas de centre animalier? Comment se fait-il qu’il y a des arrondissements qui font affaire avec des refuges qui ne sont pas transparents, qui ramassent des chats dans la rue et sont payés 50$ par euthanasie? Comment se fait-il qu’on puisse avoir une contravention pour donner à manger aux chats errants? Ça n’a aucun sens», dénonce Céline. 

Le nouveau règlement animalier adopté par la Ville à l’été 2018 devrait pallier certains des problèmes liés à la surpopulation féline sur l’île. 

Il sera notamment obligatoire pour les animaleries de s’approvisionner auprès des refuges dès le 1er juillet 2019 et tous les animaux domestiques devront être stérilisés dès le 1er janvier 2020. La Ville indique d’ailleurs par voie écrite qu’elle disposera d’un programme «visant la stérilisation d’animaux appartenant à des familles à faibles revenus». 

Céline voit certaines parties de cette loi d’un bon oeil, mais se montre sceptique par rapport à certains de ses aspects. Elle se questionne entre autres sur comment la Ville s’assurera que tous les animaux sur le territoire sont stérilisés. 

Elle a sinon fait savoir par voie écrite qu’un centre animalier est prévu, mais que «l’échéancier est à l’étude». Le nouveau règlement prévoit sinon que «les refuges peuvent mettre en adoption ou euthanasier les animaux sous leur responsabilité», comme c’est présentement le cas. 

La Ville a d’ailleurs indiqué que des données sur le nombre de chats errants euthanasiés chaque année sur son territoire n’étaient pas disponibles.

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