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Pour une réhabilitation de Kimberly Kardashian West

Image principale de l'article Pour la réhabilitation de Kimberly Kardashian West

« Ça suffit », ai-je le goût d’hurler. Cessez les gens, cessez. Je n’en peux plus d’être aux premières loges de toute cette haine et d’assister au lynchage sans rien dire. Aujourd’hui, j’ai envie de livrer un plaidoyer en faveur de la réhabilitation de Kim Kardashian, a.k.a la « Marie-Antoinette des temps modernes », pour reprendre les mots d’une autre reine, son altesse Diane Dufresne.

D’abord, mon biais. Je vis pour les frasques de cette famille et je n’en ai pas honte. J’ai grandi avec une télé dans ma chambre. Il y en avait une dans la chambre de mes parents, dans le salon et une mini dans la cuisine. Je suis une Y, une maudite millénariale, de la race de ceux qui ont connu Musique Plus à l’époque où il y avait plus de téléréalités mal doublées que de vidéoclips. La mort de Musique Plus, c’est moi. La grande faucheuse de la culture, c’est moi. Mon adolescence a été façonnée par le mariage raté de Jessica Simpson, la vie de débauchée de Paris Hilton et les réflexions tarées des privilégiés de Laguna Beach. Même Gene Simmons et ses bijoux de famille y sont passés. J’ai tout aimé.

Je peux nommer de mémoire presque tous les membres du clan Kardashian-Jenner, en incluant leurs enfants. En comparaison, je peux nommer maximum trois éléments du tableau périodique dont on célébrait récemment le 150e anniversaire. Échec de mes parents ou de l’État québécois? Je ne saurais dire. Vous devinez que je ne suis pas membre de l’élite Mensa, mais rassurez-vous; je suis loin d’être une épave. That’s hot.

J’ai beau chercher, je ne comprends pas d’où vient la haine envers Kim Kardashian. Pourquoi est-ce que tout le monde déteste cette femme? On parle d’une femme d’affaires, d’une mère de famille, d’une citoyenne qui paie ses taxes comme tout le monde (j’mettrais quand même pas ma main au feu sur celle-là). Qu’importent les risques de nuire à mon school-cred (antithèse du street-cred) à tout jamais : j’ose poser la question autour de moi.

« Ce débat-là est plus stérile que le débat référendaire », me prévient mon collègue Nicholas qui refuse de se mouiller, car il devine déjà le fanatisme qui m’habite.

Les autres sont moins prudents.

« Elle doit sa célébrité à son nom de famille. »

Ouan, pis? C’est de sa faute peut-être si son père, qui était avocat, s’est retrouvé impliqué dans l’affaire O.J Simpson qui a tenu l’Amérique en haleine durant les années 90? On va se le dire, c’est cheap de reprocher son ascendance à une personne. Ben oui, c’est gossant des gens nés avec une cuillère d’argent dans la gueule. Mais avez-vous eu le privilège de choisir votre famille, vous?

« Elle doit sa célébrité à un ‘’sex-tape’’. »

Pardon? Ah oui, le fameux « sex-tape » dans lequel on la voit les founes à l’air en compagnie de...en compagnie de...voyons, c’est qui déjà le no name qui lui sert de partenaire dans cette vidéo-là? C’est-tu pas incroyable de constater que Kim K. est la seule à avoir été traînée aux portes de la ville à la suite de la diffusion de cette vidéo dévoilant les dessous de ses ébats. Mais faut pas être surpris. Qui aurait l’audace de slutshamer un homme? On est dans le sexisme le plus élémentaire. Ray J peut dormir en paix. En fait, il a pas mal dormi durant toute la controverse qui a propulsé Kim Kardashian, alors dans la jeune vingtaine, au-devant de la scène en 2007. Il n’y a qu’elle qui a eu à porter l’odieux d’une vidéo intime rendue publique contre son gré. On n’est pas loin du revenge porn ici. Bien sûr qu’elle a décidé de se faire un max de fric sur la chose en acceptant un deal avec la maison de production qui avait mis la main sur le précieux sésame. Qu’auriez-vous fait à sa place en constatant qu’une poursuite n’aurait pas empêché la vidéo de couler partout sur les interwebs?

Oué, oué, je suis bien au fait des rumeurs insistantes avançant que miss K serait derrière la fuite initiale. Or le doute raisonnable persiste dans mon esprit, car je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec l’histoire de Paris Hilton, survenue à peu près à la même époque. Je pense aussi à toutes ces fois où des femmes célèbres ont été contraintes de voir leur cul être relayé et monnayé sans leur consentement.

Elle et ses sœurs vendent leur corps et font l’apologie de la chirurgie esthétique. »

Okkkkkkk. On fait quoi du droit des femmes de disposer de leur corps comme bon leur semble? Comme l’univers, le popotin de Kim Kardashian est perpétuellement en expansion. Même chose pour les lèvres de la cadette du clan Kardashian-Jenner, Kylie. Se pourrait-il que les deux femmes soient elles aussi esclaves des diktats de la mode et de la beauté qui aliènent à peu près toutes les détentrices d’une paire de chromosomes X? Hé ben. Moi qui croyais que la célébrité nous rendait perméables aux pressions sociétales qui posent le modèle vierge-putain comme base de la féminité.

Peut-être que Kim contribue à l’hypersexualisation de nos jeunes filles en surexposant ses courbes. Peut-être contribue-t-elle à les complexer davantage en montrant son visage parfait (grâces aux filtres, au maquillage et aux soins dermato-esthétiques de qualité). Collabo ou victime? C’est dur à dire. Reste qu’il revient à nous d’éduquer nos filles, de leur parler de leur valeur dans cette culture qui tend à les déshumaniser, de leur apprendre à s’aimer comme elles sont et de les inviter à respecter les autres femmes, peu importe le choix qu’elles font pour leur corps.

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Morning ✨

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« C’est une vedette du vide, le porte-étendard du vide. »

Oui, Kim Kardashian est issue de la téléréalité, ce méchant qui abrutit les masses. Or, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a aucune corrélation entre la valeur du quotient intellectuel ou la productivité et la consommation régulière de vidange télévisuelle. Je connais les préjugés. J’ai une formation en journalisme qui est synonyme, selon certains, d’une grande profondeur d’esprit. Alors quand je me lance dans un élan passionné témoignant de mon amour de la culture pop, c’est la consternation. « Superficielle. » Le mot n’est jamais prononcé, mais il flotte dans l’air. On s’étonne de me voir perdre mon temps sur des niaiseries comme ça. Après tout, il pourrait tellement être mieux investi ailleurs. Ah bon? En avons-nous la certitude? Ok, ces trente minutes passées devant mon MacBook à rire du ugly cry face de Kim pourrait être passées à découvrir l’œuvre de Tolstoï ou apprendre à parler mandarin. Mais je pourrais aussi passer ces trente minutes à me ronger les ongles ou à feuilleter des circulaires, tsé.

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Kiki and Koko 💕

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Pourquoi est-ce que je perds mon temps à scanner le fil Instagram de la fratrie Kardashian-Jenner? Pour me mettre le cerveau à off. Pour faire le vide, décrocher. Parce que ça me divertit. Ben oui, vous autres, la téléréalité, c’est un divertissement. Je pense que les gens qui en consomment sont capables de faire la part des choses. Ils savent que ce n’est pas la vrâ vie. Et ils ne cherchent pas à connaître leur propre quinze minutes de gloire en montrant leurs founes sur les Twitters.

Bien sûr, l’influence de ces vedettes sur la société reste concrète. Elles génèrent des émules. Sauf que le problème, ce n’est pas Kim Kardashian. Des Kim, y’en chie des tonnes ~depuis que le monde est monde~. La fascination qu’exercent les riches et puissants sur les gueux depuis toujours est largement documentée. Les Borgia et les Kardashian même combat, ai-je envie de rajouter.

J’exagère un peu, mais vous comprenez l’idée. On aime détester les personnes populaires, ces gensses qui vivent mieux que nous, qui réussissent mieux que nous, surtout lorsqu’il nous apparaît clair que leurs privilèges ne sont pas le fruit d’un dur labeur. On les méprise, on les diabolise, mais pour les mépriser adéquatement, on a besoin de suivre leurs moindres faits et gestes dans le détail. On finit par en faire des êtres plus grands que nature.

Paradoxal, non?

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