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Non, je ne serai pas plus heureuse en étant plus mince

Image principale de l'article Je ne serai pas plus heureuse en étant plus mince

J’ai privé mon corps de nourriture, je l’ai intoxiqué, je l’ai poussé à bout. Je lui ai fait faire des choses terribles, dans le seul et unique but de m’en détacher. Je voulais oublier mon corps en pensant que je serais plus heureuse. Je me suis trompée.

Pour la première fois depuis longtemps, je prends enfin des décisions pour son bien. Le chemin vers cette grande victoire n’a pas été facile et c’est pour ça que j’en parle aujourd’hui, en espérant que mon témoignage en pousse d’autres à aller chercher de l’aide.

À 16 ans, je pesais 90 livres. Souvent, je tombe sur de vieilles photos de moi, et je constate à quel point j’étais mince à ce moment de ma vie, et j’angoisse. J’aimerais retourner à cette version de moi. Mais la vérité c’est que je n’étais pas plus heureuse à ce moment-là. La vérité c’est que l’on n’apprend pas à aimer son corps en devenant mince.

Nous sommes dans un monde en constant mouvement et pourtant, on se bat pour que tout reste pareil. On ne veut pas vieillir et on ne veut surtout pas grossir.

J’ai privé mon corps

L’anorexie a été le premier intrus à s’immiscer dans la relation complexe entre mon corps et moi. Être anorexique, c’est beaucoup plus que de ne pas manger. C’est une obsession et être obsédé c’est épuisant. C’est une voix qui revient des centaines de fois par jour pour nous dire qu’on n’est pas assez. C’est de l’anxiété, de la solitude et de la tristesse.

À 14 ans, je ne mangeais qu’un repas par jour dans l’espoir de dominer cette chose avec laquelle j’étais prise au piège : mon corps. Je suis passée de 170 lbs à 90 lbs en moins d’un an et je n’ai pas recommencé à manger avant l’âge de 18 ans.

Je l’ai fait dans l’espoir de le contrôler.

J’ai empoisonné mon corps

Puis, est arrivée l’intoxication. Dès l’âge de 15 ans, j’ai cherché la douceur dans les drogues dures. Je me suis noyée dans l’alcool pour combler ma soif d’amour. J’ai essayé tout ce qui pouvait me détacher de lui et des tourments qu’il me créait. Certaines drogues m’ont fait maigrir, d’autres grossir, mais aucune ne m’a aidée à faire la paix avec ce que j’étais.

Je l’ai fait dans l’espoir de l’oublier.

J’ai dépassé les limites de mon corps

Je l’ai poussé à bout, j’ai brisé ses limites. Il avait besoin de douceur et je lui ai donné la violence. J’ai été excessive quand il avait besoin de calme et compulsive lorsque qu’il avait besoin de modération.

Le sport est souvent glorifié et applaudi : comme c’est agréable de se faire féliciter pour une perte de poids, pour sa discipline et ses efforts constants. Mais si on prenait un instant pour s’intéresser davantage à l’état mental des gens avant leur apparence, peut-être remettrions-nous en doute l’intention qui se cache derrière les résultats.

Je l’ai fait dans l’espoir de l’aimer, mais je n’étais que mince et malheureuse.

J’ai torturé mon corps pendant des années. J’ai cessé de le regarder et de l’écouter. Aujourd’hui, il me crie toute cette douleur que j’ai ignorée; son manque d’amour et de réconfort; son manque d’écoute et de considération.

Il y a deux ans, j’ai commencé à être très malade. Cet été, j’ai appris que je souffre d’une maladie chronique qui ne partira probablement jamais. Depuis, je consacre énormément de mon temps à essayer de soulager la douleur, à guérir. Je comprends toutefois qu’il est totalement incohérent de demander à son corps d’être en santé après l’avoir tant négligé et l’abandonné.

Tout ce que j’ai fait pour mon corps, je ne l’ai fait que pour son apparence, que pour l’image que je voulais projeter à travers lui. Je l’ai privé, empoisonné et poussé à bout pour des raisons complètement superficielles. J’ai vécu dans l’illusion que j’en prenais soin, mais je ne le faisais qu’en surface.

Dans ce monde où l’on médite pour être plus performant, où l’on fait du yoga pour être plus souple et où l’on fait du sport pour être plus mince, écoutons notre corps. Regardons-nous, sans déni, sans mensonges, sans jugements et sans exigences. Laissons notre image de côté et rappelons-nous toutes les choses incroyables que nous pouvons faire avec et grâce à lui. Je ne veux plus être mince et malheureuse. Je veux vivre pleinement ma vie dans un corps en santé.

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