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L’affaire Kevin Parent, vue par un gars qui a vécu la même chose

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Illustration Christine Lemus

Je ne me suis jamais senti aussi proche de Kevin Parent.

Depuis qu’on entend parler du procès de Renée Toupin, la « groupie obsédée » qui a suivi le chanteur jusque dans son lit, les déclarations de Kevin Parent trouvent écho chez moi. Il y a cinq ans, « je ne veux pas son mal à elle, je veux mon bien à moi » était une phrase que je répétais souvent aux gens qui tentaient de comprendre la situation que je vivais.

À l’époque, une camarade de classe avec qui j’avais fumé quelques fois des cigarettes s’est mise à se présenter à répétition chez moi ou à mon lieu de travail. Elle m’envoyait constamment des messages d’amour, même si je lui avais répété à maintes reprises que ses sentiments à mon égard n’étaient pas réciproques.

Le tout a commencé assez calmement. Mais ç’en est rapidement venu au point où je craignais pour ma sécurité et celle de ma famille. J’ai finalement compris, devant le déni et l’acharnement dont elle faisait preuve, que son obsession découlait d’un trouble.

Au début, elle se pointait où j’étais et demandait poliment à ma famille ou à mes collègues si elle pouvait me parler. Mais comme je ne voulais pas avoir affaire à elle, mon entourage refusait. Puis la situation a vite dégénéré.

Un soir, vers minuit, elle a fait irruption chez moi et s’est mise à frapper violemment la porte-patio avec ses poings fermés, en hurlant qu’elle voulait me voir. J’essayais de rester calme mais mon père criait à tue-tête, complètement paniqué. C’était la première fois qu’il était réellement témoin de cette situation, et il ne s’attendait pas à ce que ce soit si intense.

Chaque fois, elle était complètement obsédée, agressive et insistante. Elle refusait habituellement de quitter les lieux jusqu’à ce qu’on appelle la police.

Bien des gens à qui je racontais mon histoire ne semblaient pas comprendre pourquoi ça m’angoissait autant. Plusieurs en riaient parce qu’un gars ne devrait pas craindre une fille. Disons qu’on ne me prenait pas toujours au sérieux.

C’est difficile de mettre en mots à quel point j’avais peur de la voir. Je ne savais pas de quoi elle serait capable si jamais elle m’interceptait seul dans la rue ou si elle réussissait à s’immiscer chez nous. Je pense que Kevin Parent l’a bien décrit pendant son témoignage en cour .

«Tout de suite, la première fois, j’ai vu que c’était un regard inquiétant et incohérent», a-t-il dit mercredi.

Diagnostiquer la folie

C’est seulement après avoir rempli je-ne-sais-combien de rapports de police que mon « admiratrice » a été arrêtée par des agents qui étaient déjà chez nous lors d’une de ses apparitions surprise. J’étais soulagé de ne plus avoir à regarder par-dessus mon épaule en tout temps.

J’ai appris quelques semaines plus tard en recevant un appel de l’hôpital dans lequel elle se trouvait qu’elle souffrait en fait d’érotomanie, un trouble délirant rare. Je comprenais depuis un bout de temps qu’elle était convaincue que je l’aimais, mais maintenant je savais ce qu’elle vivait.

« Quand on parle de délire, on parle vraiment de réalité distordue, de réalité transformée qui n’est pas la réalité objective, explique la psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou. Le délire érotomaniaque fait en sorte que la personne qui en souffre se sent aimée de quelqu’un. C’est un mécanisme de projection. »

La Dre Grou souligne d’ailleurs que l’érotomane ne remet jamais en question son interprétation de la réalité, peu importe toute l’évidence et les preuves du contraire.

« Tous les signes seront interprétés comme allant dans le sens du délire, et ça va jusqu’à un regard. “Il m’a regardé de telle façon”, par exemple », illustre-t-elle.

C’est d’ailleurs le caractère très intrusif du délire érotomaniaque qui pousse les victimes des érotomanes à se sentir impuissantes et en danger, ajoute la Dre Grou.

Cela ne veut pas dire que la maladie est incurable, mais une personne souffrant d’érotomanie doit trouver de l’aide si elle souhaite s’en sortir, souligne le psychologue Pierre Faubert.

« Il y a quelque chose dans la vie d’un individu comme ça qui a brisé sa capacité de pouvoir aimer de façon saine. Il faut qu’on puisse aller en arrière avec eux et voir c’est quoi le cadavre qui est en train d’empoisonner la source », dit-il.

Vu leur état de délire, il est rare que les érotomanes aillent en consultation psychiatrique de leur propre gré, expliquent les deux psychologues.

La seule manière de forcer quelqu’un à aller chercher des soins en santé mentale au Québec est de prouver sa dangerosité. Et comme on peut le voir dans l’affaire Kevin Parent, ce n’est pas toujours facile à faire .

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