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La parole aux hommes

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Chaque dernier dimanche du mois, ils sont plus d’une vingtaine à franchir la porte d’un local de la rue Saint-Viateur, à Montréal. Certains en sont à leur deuxième ou troisième visite alors que pour d’autres il s’agit d’un baptême. Les gars, qui sont âgés de 18 à 40 ans, prennent tranquillement place autour de la table.

Ils proviennent de tous les milieux, de toutes les cultures. Ils ont l’air tough pour la plupart, mais au cours des deux prochaines heures, ils vont s’ouvrir comme ils ne l’ont jamais fait auparavant. Bienvenue dans le « Brotherhood ».

La première règle du Brotherhood, c’est qu’il faut parler du Brotherhood.

Si je vous dis « safe space », vous pensez à quoi? Peut-être à un bunker rempli de carrés rouges féministes, vegan, pansexuels qui préparent un putsch politique pour renverser François Legault et placer Catherine Dorion à la tête de la province. Plusieurs personnes associent les safe spaces à une frange plus radicale de militants. Or, un « safe space » ou espace sécuritaire en français, c’est pas mal juste un lieu où les personnes habituellement marginalisées peuvent discuter et partager leurs expériences librement sans crainte d’être jugées ou rabrouées par d’autres personnes moins au fait de leurs réalités.

C’est précisément ce type d’espace qu’Hanna Che cherchait à recréer dans sa communauté. La jeune femme d’origine haïtienne, bien connue pour son implication au sein de la street culture montréalaise, est à la tête de Never Was Average, une maison de production multidisciplinaire. Avec son partenaire Harry Forbez, elle joue à l’entremetteuse pour permettre la diffusion d’une foule de contenus numériques (vidéos, podcast, etc.) créés par des voix sous-représentées vers des auditoires plus larges.

La création de « safe spaces » était donc un prolongement naturel de la mission de l’organisme. Hanna a d’abord fondé le « Sisterhood » pour permettre à des femmes de tous les horizons de discuter des tracas de la vie quotidienne, d’aborder des questions taboues et de nourrir leurs réflexions sur les sujets chauds de l’heure. Un espace pour jaser bien sûr, mais aussi pour écouter. Le succès a été presque instantané grâce au bouche à oreille et à la magie des réseaux sociaux.

C’est en voyant l’engouement de la gent féminine pour le projet de sa collègue qu’Harry Forbez a eu envie de mettre sur pied un espace conçu spécifiquement pour les hommes.

« J’ai assisté à un des premiers événements ‘’Sisterhood’’. Quand j’ai vu comment les filles étaient à l’aise de parler de tout et de se montrer vulnérables comme ça entre elles, ça m’a sauté aux yeux : il n’y pas d’espace comme ça pour les gars », relate-t-il.

Vrai. Parce que le concept de « safe spaces » s’est articulé autour de la pensée féministe. Parce que qui dit « personnes marginalisées » dit femmes, personnes racisées, autochtones et membres de la communauté LGBTQ+. Exit l’homme blanc hétéro (ou l’homme tout court en fait).

Or, la culture patriarcale décriée par les groupes marginalisés encarcane aussi les hommes dans des rôles qui ne leur conviennent pas toujours. Et cette même culture conditionne les hommes à garder les choses pour eux, à éviter de montrer leurs émotions et à incarner des figures impassibles, inébranlables, sous peine de voir leur masculinité être remise en question.

Et donc chaque dernier dimanche du mois, ils sont plus d’une vingtaine à jaser pour tenter de se libérer de cette culture que l’on peut qualifier de « toxique ».

Pour plus d’infos sur les projets d’Hanna et d’Harry : https://neverwasaverage.com/ 

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