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Il a failli perdre deux fois ses jambes

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Après avoir failli perdre l’usage de ses jambes deux fois, Yanick Campeau a décidé de faire mentir les pronostics. Loin de se laisser abattre par ces événements traumatiques, il est aujourd’hui entraîneur sportif et dirige son propre gymnase. Son entêtement est maintenant une inspiration pour son entourage et sa clientèle.

Adolescent, Yanick chérissait une seule chose : le football. «Mes amis et moi, on jouait le matin, le midi et le soir», explique à Tabloïd celui qui a évolué comme secondeur pour les Patriotes de Vimont-Auteuil et les Loups de l’école secondaire Poly-jeunesse, à Laval.

Yanick était alors un jeune homme de 17 ans en pleine forme. Pourtant, lors d’une soirée de septembre 2007, il a commencé à ressentir d’étranges sensations d’engourdissement dans ses jambes. «J’essayais de sauter en poussant de toutes mes forces et c’est à peine si je décollais du sol», se souvient-il très clairement. Ces symptômes étaient alors apparus d’eux-mêmes, sans cause explicable. Au fil des heures, la situation de Yanick s’est détériorée extrêmement rapidement. En moins de 24 heures, le jeune homme avait de la difficulté à gravir des marches.

Sa mère et lui ont pris le chemin de l’hôpital Sainte-Justine. Le médecin n’a pas réussi à cibler précisément ce qui affectait le footballeur. «Il m’a dit : ”il y a peut-être une chose, mais c’est extrêmement rare. C’est un Guillain-Barré”», se rappelle Yanick.

Le syndrome de Guillain-Barré fait que le système immunitaire du patient attaque les nerfs périphériques. Il est déclenché généralement par une infection bactérienne ou virale. Dans le cas de Yanick, c’est probablement une grippe qui a été l’origine du syndrome. La récupération est souvent complète, mais environ 5% des patients décèdent et 10% conservent des séquelles motrices.

Malgré la gravité du diagnostic provisoire, Yanick est resté étonnamment calme. «Je me disais que c’était une petite affaire et que ça allait passer. Je restais positif, je n’étais pas sur la panique», relate-t-il.

Courtoisie

Le lendemain, soit deux jours après les premiers picotements, le médecin a confirmé son hypothèse. Le jeune homme de 17 ans était bel et bien atteint du syndrome de Guillain-Barré.

L’état de Yanick a continué à se détériorer et il a fini par toucher le fond du baril après une semaine passée aux soins intensifs de l’hôpital Sainte-Justine. Il n’arrivait même pas à soulever un poids d’une livre avec ses bras et ne pouvait plus mouvoir ses jambes. «J’ai demandé aux spécialistes devant moi quand j’allais pouvoir remarcher. Ils m’ont répondu : “on ne sait pas si tu vas pouvoir remarcher un jour”. C’est là que j’ai frappé un mur», raconte Yanick pensif.

À ce stade, le jeune homme avait besoin d’aide pour se relever et pour se déplacer en fauteuil roulant. «Chaque muscle de mon corps était atrocement douloureux. Quand quelqu’un me tournait ou me soulevait, ça faisait super mal», se rappelle Yanick.

La mère de Yanick a vécu difficilement cette période. «Après une semaine, ça m’a frappé de plein fouet, le fait que mon fils pouvait devenir quadriplégique», explique Michelle Legault. Mme Legault a d’ailleurs mis sur pause sa vie pour aider son fils. «J’ai tout délaissé, mon travail, mon autre garçon même», se souvient-elle.

Mme Legault avoue qu’elle a souffert d’une dépression relativement à cet épisode traumatisant. «J’en parle aujourd’hui et ça me fait encore mal», lâche-t-elle émotive.

Lueur d’espoir pour le jeune homme

Après un mois aux soins intensifs, Yanick est transféré au centre de réadaptation Marie Enfant. Il y faisait de l’ergothérapie, de la physiothérapie et de l’hydrothérapie (rééducation dans l’eau). Durant cette période, il possédait très peu de sensations dans ses jambes et ses bras, mais il n’était pas complètement paralysé.

Le jeune homme de nature optimiste et déterminé gardait pourtant espoir. À force de travail, il a fini graduellement par retrouver de la motricité dans ses quatre membres. «Après un mois et demi, je pouvais marcher avec une canne», explique-t-il. Pour Yanick, cet exploit s’avérait important. Quelques semaines plus tôt, il s’était fait dire qu’il ne marcherait peut-être plus jamais de sa vie.

La réadaptation de Yanick s’est bien déroulée au point où six mois après son diagnostic, il était de nouveau autonome, pouvait conduire son auto, mais peinait quand même à faire de longs efforts physiques. «J’ai toujours été entre 180 et 190 livres. Là, j’étais descendu à 130 livres», illustre le jeune homme de 5’11.

Yanick a fini par retrouver sa forme d’antan deux ans plus tard, à l’âge de 19 ans. Par contre, certaines formes du syndrome de Guillain-Barré sont récurrentes. Yanick devait donc faire des suivis médicaux durant les cinq années suivant son diagnostic pour s’assurer qu’il n’était pas victime d’une rechute.

Aujourd’hui, Yanick n’a pas plus de chances qu’un autre d’être atteint du syndrome de Guillain-Barré. Il vit donc sans le stress quotidien de savoir qu’il ne pourrait peut-être plus marcher durant le reste de son existence.

Un autre traumatisme

Mais Yanick n’était pas au bout de ses peines. En 2015, alors qu’il s’entraînait, l’homme de 29 ans a échappé un haltère sur sa jambe droite. Il a alors été frappé d’une douleur immense et immédiate. «De toute ma vie, je n’ai jamais senti quelque chose d’aussi intense que ça», admet-il.

L’entraîneur s’est donc rendu à l’hôpital. La pression dans la jambe de Yanick était particulièrement élevée en raison de l’impact de l’haltère, a constaté le médecin. Le jeune homme était alors atteint d’un autre trouble rare : le syndrome compartimental.

Ce syndrome survient lorsque les muscles affectés par un traumatisme «gonflent tellement qu’ils interrompent leur apport sanguin», d’après le Manuel Merck, un livre de référence dans le monde médical. Et il peut entraîner des conséquences majeures. «Si des tissus meurent dans le membre, car leur apport sanguin est interrompu, le membre peut devoir être amputé», peut-on lire dans le manuel. C’est le verdict qui attendait Yanick.

Le jeune homme était abasourdi puisqu’il pouvait mouvoir assez facilement sa jambe et qu’elle «n’était pas enflée ni rouge». Rien ne laissait présager qu’il était sur le point de la perdre.

Le temps était pourtant compté pour l’entraîneur s’il voulait garder sa jambe. Il est transporté d’urgence dans une salle d’opération. «Je ne savais pas si j’allais me réveiller sans jambe», lâche subitement Yanick.

Heureusement, le médecin a réussi à faire diminuer quelque peu la pression dans sa jambe lors d’une première opération. En tout, l’entraîneur a subi cinq opérations en l’espace de dix jours. S’il n’a pas été amputé, il a tout de même perdu le tiers de son quadriceps, le muscle le plus volumineux du corps humain.

Le médecin lui a alors expliqué qu’avec cette perte musculaire, Yanick ne pourrait plus jamais faire de sport de sa vie. L’entraîneur ne s’est pas laissé abattre par ce diagnostic. Il a passé de longues heures au gymnase et aujourd’hui, il ne sent plus de différence entre sa jambe droite et sa gauche.

Amoureux du gym

Lors de sa réadaptation du syndrome de Guillain-Barré, Yanick Campeau a développé une réelle piqûre pour l’entraînement en gymnase. Après avoir traversé la plus grande épreuve de sa vie, il a désiré faire une différence dans celles des autres. Il est donc devenu entraîneur. Après avoir évolué dans plusieurs gyms de la Rive-Nord, il a décidé de se lancer à son compte. «Les entraîneurs avaient de la difficulté à remplir leur horaire alors que moi, j’étais l’entraîneur le plus demandé», mentionne-t-il avec fierté.

D’après Sébastien Côté, un employé et ami de longue date de Yanick, la capacité d’écoute de l’entraîneur avec ses clients représente la clé de son succès. «Peu importe l’objectif de la personne, il va s’adapter et il va trouver la façon d’amener cette personne-là à un endroit qu’elle ne pensait pas être capable d’atteindre», explique celui qui a joué au football avec Yanick à l’époque.

L’approche de Yanick a été bénéfique puisque l’entraîneur a dû changer deux fois d’emplacement pour augmenter la capacité d’accueil de son gymnase. Il a commencé dans le garage de son appartement pour ensuite louer un local de 1100 pieds carrés et aujourd’hui, il possède un gymnase de plus de 5000 pieds carrés, à Terrebonne. «Ça a toujours été un rêve pour moi. Quand je veux quelque chose, je fonce», mentionne le propriétaire du Elite Fitness Division avec conviction.

Aujourd’hui, Yanick vit sans séquelles, ou presque, des deux malheureux événements traumatiques qui ont marqué sa vie. Il a réalisé un rêve en ayant son propre gymnase et il est même père d’un petit garçon de deux ans. Pas si mal pour un jeune homme qui s’est fait prédire à deux reprises qu’il ne pourrait plus utiliser ses jambes. «Moi j’ai toujours dit à mes gars, ce n’est pas te planter qui est grave, c’est comment tu te relèves», conclut la mère de Yanick.

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