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On a visité le plus vieux cimetière de la Nouvelle-Orléans

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Photo: Jules Falardeau

Un endroit où se côtoient Nicolas Cage, des morts-vivants de confession protestante, un diocèse catholique romain, une prêtresse vaudou qui arnaque des touristes, un badtrip d’acide de Peter Fonda et un architecte italien qui se fait chier: dur à croire mais ça existe. Bienvenue au plus vieux cimetière de la Nouvelle-Orléans! 

Entrer là c’est comme entrer à la NASA. Ok, j’exagère mais ça coûte 20$ US et il y a un gardien de sécurité à l’entrée. C’est le diocèse catholique romain de la Nouvelle-Orléans qui a trouvé cette astuce, pour contrer le vandalisme et pour « entretenir » les installations dit-on. Une église qui se fait de l’argent de poche on the side. Ouaip. 

Photo: Jules Falardeau

Ici, interdit de filmer, sous peine de se faire excommunier, à cause de Peter Fonda. Une explication s’impose. En 1969 paraît le film Easy Rider avec ce brave Fonda et Dennis Hopper. Une célèbre scène du film se déroule dans ce cimetière : notre iconique duo se tape un voyage astral sous LSD avec leurs petites amies et arpente les tombes. Fonda passe même plusieurs minutes à pleurer dans les bras d’une statue féminine. On chuchote entre les branches qu’ils auraient vraiment consommé du LSD pour tourner la scène et que Dennis Hopper aurait tenté, avec succès, de plonger Fonda dans un badtrip en jouant sur la corde sensible du suicide (réel) de sa mère. Disons que l’église catholique n’a pas trop apprécié cette incursion du 7e art. Enfin. 

Toujours est-il que le cimetière catholique Saint-Louis no1 est le plus vieux de la Nouvelle-Orléans. Il a été aménagé en 1789, suite à l’incendie du précédent. C’est ainsi qu’on déambule à travers des tombes construites hors du sol, dont les noms nous sont vaguement familiers: Brousseau, Lavigne, Lecompte, etc. 

Photo: Jules Falardeau

Les protestants aussi ont eu droit à un petit coin mais en s’entêtant à enterrer leurs morts sous terre, ils ont eu droit à de désagréables surprises. En effet, à cause de la proximité de la nappe phréatique, lorsque l’eau montait, les « locataires » venaient à cogner sur la parois extérieure de leur tombe, donnant lieux à des racontars dont on s’imagine la teneur. Bon ok, des revenants. 

L’une des tombes les plus célèbres, pas encore Nicolas Cage mais on y arrive bientôt, est sans doute celle de Marie Laveau qu’on surnommait aussi la reine du vaudou de la Nouvelle-Orléans. En mariant rites catholiques et divinations africaines, elle envoûtait les gens qui croyaient dur comme fer en ses pouvoirs magiques. C’était surtout une manière d’arnaquer les gens. Puisqu’elle travaillait aussi comme coiffeuse chez des blancs fortunés, elle avait accès à de nombreux potins et développait en parallèle tout un réseau « d’espions » pour alimenter ses dons de voyances. 

Photo: Jules Falardeau

Son sens des affaires est encore mis à profit aujourd’hui puisque l’Amérique aussi a un don, celui de transformer n’importe quoi en dollars. On retrouve donc son ancienne boutique dans le vieux quartier français où l’on peut s’acheter autant des herbes mystiques qu’un Zippo à son effigie. Depuis sa mort, la légende raconte qu’on peut cogner sur sa tombe, en faire trois fois le tour et lui demander une faveur en y gravant un X. Si on est exaucé, il faudrait revenir pour lui faire une offrande et entourer le X comme preuve. Cependant, la pratique est aujourd’hui découragée par le diocèse catholique romain, d’avis que de dessiner un X n’est pas de tradition vaudou. Des Romains qui préservent la tradition vaudou, peut-on parler d’appropriation culturelle? 

Pourquoi aller admirer la pyramide de Kheops quand on peut admirer celle de Nicolas Cage? En fait, lorsque l’acteur hollywoodien est tombé en amour avec la ville, en plus de s’acheter une maison qu’on disait hantée, il s’est greyé d’un monument funéraire pas piqué des vers. Même lorsque le fisc a saisi ses propriétés de la Nouvelle-Orléans ( Nic avait oublié de faire ses impôts), il a pu conserver son mausolée puisque les règles fiscales de la Louisiane ne s’appliquent pas aux constructions mortuaires. 

Restant muet sur la raison de cette acquisition, les rumeurs les plus absurdes ont commencé à courir sur le dos du pauvre Nic : membre des Illuminatis?Hommage à son film National Treasure? Volonté de se rapprocher de Marie Laveau dans la mort pour qu’elle le protège de la malédiction dont il serait victime? Pendant un certain temps, des femmes déposaient même un baiser sur ladite pyramide, peut-être dans l’espoir que l’acteur leur accorde une faveur. Une question m’obsède, si un jour Monsieur Cage voulait s’en départir, parlerait-on d’une vente pyramidale? Courage, j’ai presque fini. 

Photo: Jules Falardeau

Finalement, une autre construction détonne complètement dans le décor: un imposant mausolée en marbre de style baroque (celui sur lequel pleure Peter Fonda). Commandé par la Société de bienfaisance mutuelle italienne pour que les morts de leur communauté puissent redevenir poussière entre italiens, il est l’oeuvre de l’architecte italien Pietro Gualdi. 

Photo: Jules Falardeau

La légende raconte que l’architecte vivait en Louisiane depuis déjà quelques années, mais qu’il ne trippait pas tant que ça et ne pensait qu’à rentrer dans son pays. Le contrat pour ce mausolée allait donc lui permettre d’amasser l’argent nécessaire pour retraverser l’atlantique. Il se mit donc au travail rapidement, travaillant jour et nuit. Le plus vite fini, le plus vite il rentrait chez lui. Mais hélas comme tout bon travailleur autonome, lorsque le travail est terminé, on te répond : « ouais mais on n’a pas fini de réunir l’argent, il va falloir que tu patientes quelques semaines encore ». Hélas, en attendant son pécule, il contracta la malaria et mourut. 

Il fut donc le premier à être enterré dans le mausolée qu’il avait construit. 

Tsé, quand on parle de creuser sa propre tombe, nul n’est prophète en son pays. 

J’arrête. Ok bye.

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