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Les voisins du pot

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Mercredi. 10h30. Maria attend l’arrivée des clients dans sa lunetterie, à Mascouche. Quelques personnes font du va-et-vient dans le nouveau magasin adjacent, mais impossible de jeter un œil à l’intérieur, puisque du papier brun bloque la vue. Seule la pancarte « succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC) » est bien visible. Maria espère que l’engouement entourant l’ouverture de cette boutique, dans moins d’une semaine, lui attirera de nouveaux clients.

À peine embauchée comme gérante et optométriste adjointe chez Optique Signature, Maria a quand même expérimenté le vacarme causé par la construction de la succursale de la SQDC, une des 12 qui s’apprête à ouvrir au Québec. « Je devais dire aux clients que j’allais les rappeler dans deux minutes, le temps que le bruit cesse. [...] Il y a même des lunettes au mur qui tombaient par moment », raconte-t-elle.

Maria se réjouit néanmoins de l’ouverture imminente de ce point de vente et souhaite qu’elle soit bonne pour ses affaires. « Tout le monde pense qu’on est fermés puisque le gym à notre gauche est fermé et la succursale à notre droite est encore en construction, explique-t-elle. Quand les clients pourront franchir les portes du magasin de la SQDC, ils vont pouvoir constater que nous sommes ouverts. »

À première vue, rien n’associe une boutique de cannabis à une lunetterie. Mais Maria est du genre optimiste. « Je suis sûre que leurs clients vont me demander si j’ai des gouttes pour les yeux », lance-t-elle à la blague.

Au magasin Bain dépôt situé à un jet de pierre, les employés Annie et Éric traînent derrière le comptoir.

Leurs opinions divergent autour de la légalisation du cannabis. Annie est contre. « J’ai un fils autiste et je l’ai éduqué en fonction de ce qui est légal et de ce qui ne l’est pas. Là, puisque le pot va devenir légal, j’ai peur qu’il commence à en consommer et qu’il aime trop ça », craint-elle.

Éric, lui, pense le contraire. « De toute façon, il s’en vend dans le parking, en arrière, alors aussi bien faire du profit avec ça », pense-t-il.

Annie et Éric, à l’instar de Maria, s’entendent toutefois sur d’éventuelles conséquences positives entourant l’ouverture d’une succursale de la SQDC à quelques mètres. « On est dans un coin reculé, ici, donc ça risque d’amener de la visibilité pour le magasin », croit Annie, pendant qu’Éric hoche de la tête en signe d’approbation.

Chez Chaussures Pop, Véronique pense aussi que son magasin pourrait bénéficier d’une manne inattendue. Profitera-t-elle des produits du nouveau venu dans le paysage commercial local ? « Non, je fais mes grosses journées, puis je retourne chez moi », répond-elle simplement, sourire en coin.

La succursale de la Plaza

Cadeaux Nic-Nac, un magasin d’accessoires de mariage, a pignon sur rue depuis maintenant 25 ans sur la Plaza Saint-Hubert, à Montréal. Parmi tous les commerces voisins qu’Ani a eus, la succursale de pot sera le plus inusité.

La propriétaire croit aussi que la présence d’une SQDC va créer plus de trafic dans le coin, mais doute fortement que cet afflux se matérialise pour elle en retombées économiques. « Je ne pense pas qu’il y ait vraiment un quelconque rapport entre les consommateurs de cannabis et ceux qui désirent acheter des accessoires de mariage », analyse-t-elle.

Ce qu’elle redoute un peu, par contre, c’est le branle-bas devant sa porte. « Hier, il y avait une formation et plein de monde se tenait sur le trottoir. Ils étaient partout, on ne pouvait même pas entrer dans mon magasin », déplore-t-elle. En plus, les travaux sur la rue Saint-Hubert ont débuté en août 2018 et devraient s’étirer jusqu’en 2019, entre Jean-Talon et Bellechasse. Les avenues piétonnes sont ainsi restreintes et la circulation automobile, interdite pour quelques mois encore.

Montréal compte trois autres succursales de la SQDC sur son territoire : une au Marché Central dans Ahuntsic-Cartierville, une au centre-ville, à proximité du métro Peel et une à deux minutes à pied du métro Berri-UQAM, sur Sainte-Catherine Est.

Cette dernière se trouve littéralement à côté d’un McDonald’s. Ça ne s’invente pas. Les gens vont pouvoir tranquillement fumer leur joint pour ensuite combler leurs munchies avec un McDouble. Au restaurant Station des Sports, les amateurs de bière et victuailles pourront également se présenter sous l’effet du weed. « Nous, on veut simplement s’assurer que les gens respectent les consignes et ne fument pas directement devant nos portes, rappelle la gérante Kim. [Mais peu importe], les munchies, ce n’est pas ici, c’est au McDo, au Pizza Pizza ou au Couche-Tard, pour manger quelque chose rapidement, comme des chips ou des chocolats », badine-t-elle.

Le métro Berri-UQAM a toujours été la Mecque des petits revendeurs de drogue. Et comme le gouvernement du Canada a tenu à légaliser la consommation récréative de cannabis justement pour miner le marché noir, l’implantation d’une succursale de la SQDC à quelques pas d’un lieu mythique où se tiennent plusieurs dealers relève assurément de la stratégie.

Mais tout ça reste encore bien abstrait. Par chance, Kim, François, Ani, Véronique, Annie, Éric, Maria ainsi que tous les commerçants croisés pourront bien rapidement mesurer l’impact de l’ouverture des points de vente de cannabis dans leur petit train-train.

Pour connaître l’adresse des 12 points de vente qui ouvriront le 17 octobre, vous pouvez consulter l’article suivant.