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Je suis allé à la SQDC une semaine après la légalisation et ce n’était pas si mal

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Photo : Ariane Labrèche

Depuis la légalisation du cannabis, la pénurie du pot est sur toutes les lèvres. À voir aller les centaines de commentaires et d’articles faisant état de l’apparence post-apocalyptique des tablettes de la SQDC, j’étais convaincu qu’il serait impossible de se procurer du weed légal décent (lire de bonne qualité) d’ici l’ouverture du pont Champlain.

Au nom du droit du public à l’information, j’ai décidé de braver les files des trois points de vente montréalais de cannabis légal une semaine jour pour jour après la légalisation, pour voir si la situation était aussi pire qu’on le disait.

J’arrive à la SQDC de la rue Sainte-Catherine vers 9h50, soit dix minutes avant l’ouverture. Le line-up ne ressemble pas du tout à celui que vous avez vu sur vos écrans la semaine dernière, mais il est toujours là. Une vingtaine de personnes attendent à la queue leu leu et contrairement à mercredi dernier, aucune d’entre elles ne patientait un joint sur les lèvres.

« Un employé est venu nous dire qu’il ne restait plus rien! Plus aucun produit de THC! Ils devaient recevoir une commande ce matin mais l’attendent encore, donc à moins que tu veuilles du CBD, tu ne vas rien trouver ici pour l’instant », me met immédiatement en garde une syndicaliste en campagne de maraudage postée devant l’entrée.

Je n’ai pas le temps de partager cette mise à jour avec mes chums de file que deux conseillers de la SQDC sortent du magasin pour le faire à ma place et répondre aux questions des clients. Certains d’entre eux quittent les lieux sans tarder.

Alex, un client dans la cinquantaine avec qui je discutais avant que les employés volent mon punch, était en train de me dire à quel point il espérait qu’il y aurait une meilleure sélection en magasin qu’en ligne.

«Ça y est, je rebrousse chemin, merci bonsoir. C’est vraiment, vraiment dommage», me dit-il, sourire en coin.

Et quand je lui demande s’il a un vendeur alternatif en vue, sa réponse est peu surprenante.

«C’est sûr, on en a tous un.»

Miracle sur Sainte-Catherine

À quelques secondes de l’ouverture du magasin, il y a encore une vingtaine de personnes devant les portes. Martine*, qui a acheté du cannabis légal la semaine dernière et qui s’est dite impressionnée par sa qualité, est venue attendre dans l’espoir de se réapprovisionner.

«Je ne partirai pas parce que j’espère une livraison miracle. J’attendrai un peu après dix heures mais pas plus», confie-t-elle, visiblement déçue.

Pas plus d’une quinzaine de minutes plus tard, comme des messies, des employés de la SQDC viennent annoncer la bonne nouvelle à tous ceux qui attendent dehors: les commandes sont rentrées!

On nous dit que les produits viennent principalement de la marque San Rafael 71 et que le Pink Kush, un weed assez apprécié par bien des gens en file, sera parmi les variétés offertes. Jackpot!

Les visages de clients tristes deviennent soudainement souriants et un employé qui peine à expliquer à un client un peu plus virulent qu’ils attendent des livraisons est soulagé.

« Je suis content. Honnêtement, je suis venu ici quelques fois depuis l’ouverture et je trouve que la qualité est bien meilleure que dans la rue. C’est sûr que je m’achète du Pink Kush et un sativa aussi », m’a ensuite glissé ledit client, réjoui.

Aux portes du paradis

Une fois à l’intérieur, on constate d’emblée que la frénésie n’a rien à voir avec celle de la semaine d’avant. Les clients sont calmes et posés. Certains semblent avoir apprivoisé le fonctionnement du magasin et le système de vente-conseil est mieux rodé que lors de ma dernière visite.

Pendant que je prends le temps de z’yeuter les tablettes vides, quelques employés s’empressent d’ouvrir boîte de carton après boîte de carton et de placer les produits sur les étagères, pour la plupart des fleurs séchées en format 3,5g. Certes, les tablettes étaient encore dégarnies, mais une quelques strains contenant plus ou moins 20% de THC étaient disponibles dans l’indica et le sativa. D’autres variétés, d’une intensité plus modéré, étaient aussi en vente.

Après une discussion polie et efficace avec le conseiller, je suis sorti de là en quelques minutes avec un contenant de Mode Avion d’Altavie et un autre contenant de Pink Kush de San Rafael 71.

Les deux autres magasins

Je me suis ensuite rendu à la SQDC du Marché central, où moins d’une dizaine de personnes attendaient en file un peu avant midi. En arrivant sur place, je demande à un jeune qui quitte les lieux avec un sac brun ce qu’il pensait de la variété offerte.

« C’est quand même chill même si c’est pas mal vide. J’ai réussi à avoir du bon shit en indica et en sativa, donc c’est correct », dit-il.

Après une attente de moins d’une dizaine de minutes, j’ai pu jeter un coup d’oeil sur les étagères du magasin. La situation était assez semblable à celle sur Sainte-Catherine, à quelques variétés près. J’ai quand même été surpris de voir qu’ils avaient pas mal de Headband de GRAIL, le sativa le plus cher (et de meilleure qualité, on présume) que vend la SQDC.

J’en ai profité pour acheter un exemplaire de cette strain de luxe en plus d’un contenant d’indica de la marque Emballage Neutre (produite par Tweed).

Même son de cloche à la succursale de la Plaza Saint-Hubert, où sensiblement les mêmes sortes de cannabis qu’aux deux autres succursales étaient vendues. Je suis parti les mains vides, mais ce qu’il y avait de plus surprenant à cette boutique est qu’il n’y avait pas de file.

AUCUNE.

Photo EXCLUSIVE ci-dessous.

Nicholas De Rosa

Ben correct, mais...

Tout compte fait, l’expérience-client à la SQDC n’a pas été si pire lors de ma visite une semaine après la légalisation. Il manquait bien sûr beaucoup de stock, mais les produits offerts n’étaient pas mauvais pour autant et il y avait quand même un semblant de variété.

Le hic, c’est que j’étais sur place lors des heures de travail un jour de semaine. Pour le Québécois moyen qui se rendra à la SQDC après 17h, la situation ne sera probablement pas toujours aussi rose. Il demeurera donc presque impossible pour bien des consommateurs d’acheter du cannabis légal en succursale dans les prochains mois.

Considérant que ce sont les producteurs autorisés de cannabis récréatif qui n’ont pas su répondre à la demande et que la SQDC dit garnir ses tablettes dès qu’un fournisseur a des produits disponibles, soit au moins une fois aux deux jours, je pense que la situation est moins pire qu’on peut l’imaginer, bien qu’elle soit loin d’être idéale.

C’est juste qu’on ne sait jamais quand entreront les commandes. Certains jours, ça ira bien, alors que d’autres, les clients se heurteront à des étagères vides.

Malgré tout, je ne pense pas pouvoir trouver autant de variété et de qualité chez un dealer type de coin de rue, donc c’est déjà ça de gagné pour le monopole gouvernemental. Et les choses ne peuvent aller qu’en s’améliorant.

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