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Je souffre de dysmorphie

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La fin de semaine dernière, Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, a parlé ouvertement de son trouble de dysmorphie corporelle sur Instagram. Dans un message très touchant, Béatrice explique que certains jours, sa dysmorphophobie prend tellement de place que ça l’empêche de sortir de chez elle.

N’en fallait pas plus pour me replonger dans mes propres bibittes. C’est que je souffre de dysmorphie corporelle depuis assez longtemps. Ç’a commencé dans la jeune vingtaine. Même si, comme beaucoup de filles, j’avais des pensées concernant mon corps à l’adolescence, celles-ci se sont mises à prendre beaucoup de place dans ma tête au moment où je me suis séparée du père de ma fille. Tout d’un coup, je me suis mise à me regarder dans le miroir plusieurs fois par jour, à me peser compulsivement et à faire du sport de manière exagérée. Ce ne sont pas là des traits caractéristiques de la dysmorphie, attention. Mais, dans mon cas, ces comportements, déclenchés par le traumatisme de ma séparation, étaient directement liés à cette impression que j’avais d’être beaucoup plus grosse que je ne l’étais en réalité.

J’écris ces lignes, et je réalise très bien qu’elles peuvent être offensantes pour les personnes en surpoids. Dire que je capotais parce que je me sentais grosse, c’est dire que je trouve que les personnes grosses ne sont pas adéquates ou désirables. Soyons clairs, je ne pense pas ça du tout. Aussi, je le sais que je suis mince et que ça tombe sur le gros nerf des femmes réellement rondes quand une mince se trouve grosse. Et je me sens mal de penser comme ça et de me sentir comme ça et je sais que c’est limite grossophobe de tenir de tels propos. Hélas, ces pensées sont difficiles à contrôler et il m’arrive encore parfois de me laisser submerger par mon trouble.

Au peak de ma période dysmorphique, mes pensées négatives quant à mon corps occupaient mon esprit plus de 3 heures par jour. «Trois heures par jour? À ce point-là?!» C’est la réaction que j’obtiens habituellement quand je m’ouvre sur ma condition. «Mais tu le sais que t’es pas grosse...» est habituellement la phrase suivante. Oui, ma tête le sait. Mais mon trouble est plus fort que ma raison, surtout en période de stress. Tellement fort qu’à une certaine période, je n’arrivais plus à passer devant un miroir ou une vitrine et que je ne prenais carrément plus de bain pour ne pas apercevoir mon corps. J’avais même découpé l’étiquette où était inscrite la taille de mes pantalons. Quand je me sentais trop mal, je sortais l’étiquette taille 6 (je sais, c’est pathétique) de ma poche et je le regardais, pour m’apaiser. Je sais que c’est surréaliste et complètement illogique (et je dois avouer que ça me gêne de révéler ça publiquement), mais c’était la seule façon que j’avais trouvée pour passer à autre chose et fonctionner normalement.

Christine Lemus

Dysmorphie vs complexe

Mais c’est quoi la différence entre de la dysmorphie et un gros complexe? Parce que oui, beaucoup de personnes sont très complexées par rapport à une partie de leur anatomie (ou leur corps en général), et ça ne fait pas d’eux des gens qui souffrent de dysmorphie.

J’ai demandé à Stéphanie Léonard, une psychologue spécialisée dans les troubles de l’image et de l’estime de soi, de m’expliquer cette nuance importante. «La dysmorphie fait partie des troubles obsessionnels compulsifs. Ça prend donc une obsession et une compulsion. Quand on parle d’une obsession, on parle d’une idée, d’une inquiétude, qui est récurrente et intrusive et répétitives. Un complexe, ce n’est pas ça. Un complexe, c’est regarder son corps en se disant voici tel aspect, mon nez par exemple, que je voudrais changer. Mais je ne vais pas y penser toute la journée et ça ne va pas impacter toutes les sphères de ma vie comme ma perception de moi, ma vie sociale, ma vie professionnelle et personnelle. Donc dans la dysmorphie, il y a un côté excessif en terme de temps et d’intensité de souffrance qui va découler de ça. La dysmorphie, c’est comme une tache d’encre qui déteint sur toutes les sphères de ta vie.»

Se sortir de la dysmorphie

Est-ce qu’on peut s’en sortir? «Il faut habituellement aller consulter. C’est difficile de s’en sortir soi-même. Ça se traite relativement bien en thérapie cognitive comportementale. Il faut aller chercher de l’aide» explique Stéphanie Léonard.

Pour ma part, je contrôle bien mon trouble parce que je consulte régulièrement et connais les signaux d’alerte qui me sont propres. Par exemple, je sais que quand je traverse une période de stress ou que j’ai l’impression de perdre le contrôle de mon existence, ma dysmorphie se manifeste. Mais on ne se débarrasse jamais vraiment de la dysmorphie, on contrôle la bête tapie au fond de soi en essayant, autant que possible, de ne pas la nourrir.

Parlant de nourrir la bête, j’ai demandé à Stéphanie Léonard si les médias sociaux, Instagram en particulier, ne constituaient pas l’ennemi à abattre pour les personnes soufrant de dysmorphie ou de troubles alimentaires. «C’est sûr que ça exacerbe les symptômes. Si vous avez un problème d’image corporelle, fréquenter assidûment des plateformes comme Instagram peut entrainer une détérioration de votre état. Même si, au départ, on va sur Instagram pour poster des trucs afin d’avoir des likes, souvent, on va être plus affectée par le côté négatif de cette plateforme. Je suggère donc à mes patients qui sont beaucoup là-dessus de doser et de se demander comment ça les fait sentir d’aller voir certaines images.»

Plus facile à dire qu’à faire à l’heure où on juge souvent la valeur des individus par rapport aux nombres de likes qu’ils génèrent sur les médias sociaux.

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