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Incursion dans un marché de weed underground

Image principale de l'article Incursion dans un marché de weed underground

L’odeur de joints fraichement fumés embaume l’air d’une vieille bâtisse située sur la rive du canal de Lachine. Des centaines d’amateurs de cannabis s’entassent dans la pièce où des haut-parleurs crachent du gros hip-hop sale. L’ambiance est à la fête alors que des grands sacs de weed sont distribués gratuitement à quelques chanceux. Une tonne de produits dérivés emballés en paquets multicolores sont exposés sur des tables placées les unes à côté des autres le long des murs. Bienvenue au paradis des stoners aguerris.

C’est à quelques jours de la légalisation du cannabis que s’est déroulée cette scène, lors d’un événement underground baptisé Extract 67. Ce party/marché aux puces de cannabis en était à sa sixième édition, organisé par le «collectif de concentrés» montréalais Dabarnak.

Comme l’indique son nom, l’événement se voulait un peu comme l’Expo 67 du weed et j’étais sur place pour vivre cette «célébration de la culture locale du cannabis», où des entrepreneurs des quatre coins du pays étaient présents.

De la barbe à papa infusée au cannabis a été servie aux invités.

Quoi-barnak?

Dabarnak. C’est un mot-valise formé des expressions «dab», une technique de consommation de concentrés de cannabis à l’aide de pipes à eau (bongs) spécialisés, et «tabarnak», le bon vieux juron typiquement queb.

Ce «collectif de concentrés» organise des événements du genre depuis plus d’un an à Montréal, mais Extract 67 était le premier à être ouvert au public. Les billets, offerts en ligne au prix de 43,82 $, taxes et frais de service inclus, ont tous été vendus.

«Dabarnak a été créé en tant que compagnie événementielle pour le cannabis, mais aussi en guise de protestation contre la légalisation. Nous donnons une plateforme au marché gris, qui a été complètement exclu du processus», explique avec déception le fondateur de l’entreprise illégale, l’activiste montréalais connu sous le pseudonyme de Justin Trudope.

Justin Trudope a animé la foule toute la soirée.

Photo : Nicholas De Rosa

Justin Trudope a animé la foule toute la soirée.

Ledit «marché gris» auquel se réfère M. Trudope est composé d’une multitude d’entrepreneurs et de petits producteurs d’herbe qui vendent depuis des années du cannabis et des produits dérivés illégalement, que ce soit sur le web ou chez des dispensaires (souvent médicaux) qui font eux aussi partie de ce même marché.

Les produits que vendent les entrepreneurs en question, majoritairement du cannabis comestible (edibles) et du shatter, un concentré dont le taux de THC peut atteindre les 90%, demeureront illégaux dans un avenir prévisible (la première année de la légalisation).

«Il sera impossible d’avoir accès aux edibles ou au shatter sur le marché légal, donc le monde devra se tourner vers le crime organisé ou les dealers de rue pour en acheter. En faisant nos soirées, on leur permet de tisser des liens avec des gens passionnés qui créent des produits de qualité dans un contexte bien plus sécuritaire. En plus, les gens sont des adultes et peuvent bien mettre ce qu’ils veulent dans leurs corps», raconte Justin Trudope.

Un exposant distribue des échantillons de jujubes.

Photo : Nicholas De Rosa

Un exposant distribue des échantillons de jujubes.

La légalisation comme on l’avait imaginée

En entrant dans le lieu où se tenait Extract 67, j’ai tout de suite pensé que ce marché illégal reflétait bien davantage l’image de la légalisation dont rêvent bien des stoners depuis des années que celle qu’on aura avec la Société québécoise du cannabis (SQDC).

On le sait bien, les gouvernements fédéral et provincial ont mis en place de sévères règlements en ce qui a trait aux emballages du cannabis. Ils devront être neutres et claironneront les «six dangers du pot». De plus, les conseillers de la SQDC devront faire de la prévention et non de la promotion.

Exemple d’emballage du cannabis séché qui sera vendu à la SQDC

Photo : Santé Canada

Exemple d’emballage du cannabis séché qui sera vendu à la SQDC

À Extract 67, on se sentait dans un univers parallèle. Les sacs et les contenants de cannabis, d’edibles ou de shatter de chacun des exposants avaient tous une image de marque distincte et semblaient prêts à être commercialisés. L’offre était diversifiée et attrayante à l’œil, un peu comme ce qu’on voit chez la SAQ avec l’alcool.

Des biscuits et du beurre au cannabis étaient vendus à cette table.

Photo : Nicholas De Rosa

Des biscuits et du beurre au cannabis étaient vendus à cette table.

En se promenant de table en table, on avait le droit d’essayer certains produits, dont des bonbons en gélatine qui étaient absolument succulents. Les représentants de chacune des compagnies se faisaient un grand plaisir d’expliquer aux potentiels acheteurs le processus de fabrication ou l’origine des produits, tout en parlant de dosages recommandés et de sensations recherchées.

Il était aussi possible de tester du shatter chez certains vendeurs, qui prenaient soin de désinfecter l’embout du bong entre chaque utilisation à l’aide de Q-Tips et d’alcool désinfectant. Bon nombre de clients satisfaits de leurs échantillons se sont empressés d’acheter des jujubes et du concentré.

Station d’essai de dabs.

Bref, ce que j’ai vu sur place était un service à la clientèle impeccable, des produits qui semblaient de grande qualité bien qu’ils n’aient pas été homologués par Santé Canada, mais surtout, des clients heureux.

Pas question d’arrêter

Justin Trudope a la ferme intention d’organiser d’autres événements Dabarnak après la légalisation, peu importe les conséquences. Il digère mal le fait que les petits producteurs comme ceux présents à ses événements aient été «tassés par le copinage et les grandes entreprises».

«J’ai choisi moi-même qui participerait aux événements en raison de leur passion, de la grande qualité de leurs produits et de leur manque de visibilité. Ça ne changera pas après le 17 octobre. Les médias mettent ces gens-là dans le même bateau que le crime organisé et les motards, mais c’est en fait du monde qui vient de tous les horizons qui sont passionnés par leur business. Ils méritent encore une plate-forme et on continuera à leur offrir», tranche Justin Trudope.

Cet auto-proclamé Premier ministre du cannabis se dit prêt à aller en prison autant de fois qu’il le faut pour que les consommateurs puissent avoir accès aux produits dérivés du weed.

«Si tout le monde a tout le temps peur de se faire arrêter, les choses ne changeront jamais. Je suis prêt à me sacrifier pour le bien commun», lâche-t-il.

D’ici là, l’activiste a l’intention de faire de Dabarnak la plus grande compagnie d’événementiel de cannabis au pays.

M. Trudope a d’ailleurs résolu qu’il ne fumerait pas un joint de célébration le 17 octobre, parce que selon lui, la légalisation dans sa forme actuelle ne mérite pas d’être célébrée.

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