A-t-on raison d’avoir peur de la radicalisation sur les médias sociaux? Entretien avec un spécialiste en lutte au terrorisme | Tabloïd
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A-t-on raison d’avoir peur de la radicalisation sur les médias sociaux? Entretien avec un spécialiste en lutte au terrorisme

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Paul Laurier est une figure bien connue de la lutte au terrorisme. Ancien policier de la SQ, il a été aux premières loges des enquêtes numériques menées par le corps de police. À l’époque, ces enquêtes concernaient surtout les crimes économiques. En septembre 2001, l’enquêteur est plongé dans les méandres du web et s’intéresse au financement des groupes terroristes. Cela le mènera sur les bancs de Quantico, mythique école de police du FBI, où il a apprendra le b.a.-ba du hacking.

Dans la foulée des évènements de Pittsburgh , et parce qu’on tisse de plus en plus de liens entre ces événements et la radicalisation sur internet, j’ai voulu le rencontrer.

Photo Ariane Labrèche

J’ai l’impression qu’avec la succession d’évènements comme Columbine, Sandy Hook, Nice, l’attaque à la grande mosquée de Québec et, plus récemment, la tuerie de Pittsburgh, on s’est habitué au terrorisme...

En 2014, une tuerie était un évènement médiatique mondial. Maintenant, c’est quasiment rendu banal. On est tellement habitués à voir des actes terroristes partout qu’on est en quelque sorte devenu conditionnés à accepter ces choses-là.

Est-ce qu’il y a des grands attentats terroristes qui ont été déjoués ces dernières années au Canada?

Ce ne sont pas nécessairement de grands attentats, mais il y a toujours des attentats déjoués. Il y a aussi des choses de plus grande envergure, comme un gars qui voulait faire sauter le métro de Montréal et qui a été intercepté à minuit moins une. Il avait des bombes prêtes à exploser.

L’extrême gauche est très dangereuse et violente parce que ce sont des gens qui se justifient derrière une cause, la bonne cause selon eux. Ils se positionnent contre les riches et se légitimisent beaucoup avec ça.

Mais en même temps, j’ai l’impression qu’on voit plus de gens de droite se radicaliser sur internet...

L’extrême gauche est très présente. Et même le centre. Ils ont beaucoup de fractions. Ce sont des gens violents qui, encore une fois, justifient leur violence par une idéologie pour tirer des roches, pour tirer des balles de pool dans les vitrines d’Hochelaga...

Ok, mais c’est quand même moins violent que de tirer sur le monde. Je veux dire, les répercussions ne sont pas les mêmes...

Si t’es de l’autre bord de la vitre pis que tu perds un œil parce qu’il y a une roche qui a été lancée, je ne pense pas que ça soit moins grave. Tu as le droit d’avoir un petit commerce, une boulangerie (il fait référence aux actes de vandalismes dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal) sans te faire péter ta vitrine pis peut-être recevoir une balle.

On a vu beaucoup de blessures pendant le printemps érable attribuées à des policiers alors qu’il y a des roches qui étaient lancées par des gens de gauche et d’extrême gauche masqués, le Black Block, etc. Y a des gens qui ont perdu des yeux.

La police s’intéresse à des groupes de gauche comme le Black Block?

Ils sont très dangereux et violents. D’avoir une pensée extrémiste n’est pas l’apanage de la droite ou de la gauche. Tu peux être musulman, juif, name it et avoir une idéologie extrémiste. Mais la pensée extrémiste en soi n’est pas dangereuse. La violence qui peut en découler, oui.

Photo Ariane Labrèche

Les médias sociaux constituent un paradis pour quiconque a envie de tenir des propos haineux. Est-ce qu’il y a des communautés plus visées que d’autres?

Écoute, dans tout ça, ce sont encore les noirs qui sont le plus visés. Si on regarde les statistiques du FBI et d’autres corps de police, et même les statistiques de différents gouvernements, la communauté noire est encore celle qui est la plus victime de propos haineux. Ils sont trois fois plus ciblés. Si t’es un mâle noir gai, t’es vraiment dans le trouble. Tu vas te faire écoeurer, harcelé et violenté.

Elle est où la limite de la liberté d’expression sur les médias sociaux ?

Aux États-Unis, c’est free speach. Ici, il y a l’article 319 , mais ç’a été écrit après la Deuxième Guerre mondiale... En plus, ça n’a aucune juridiction à l’international...

Les groupes comme La Meute, Atalante ou encore les soldats d’Odin, qui sont très actifs sur les médias sociaux, sont-ils une réelle menace à la sécurité nationale?

Ce sont des idéologies radicales. Si des membres prennent de la boisson et/ou des médicaments et/ou des drogues et ont accès à des armes, ça peut devenir dangereux. Pis on s’entend qu’au Québec, beaucoup de gens ont des armes de chasse. Suffit qu’il arrive un évènement mondial et que le climat social s’envenime pour que ça pète. C’est comme ça que les passages à l’acte surviennent dans beaucoup de cas.

Ok mais, comment ils font la police et le SRC pour prévenir ces gestes-là ? Parce qu’à la lumière de ce que vous venez de dire, ça semble un peu imprévisible?

Ils ont leur technique. Ils ont des sources, des gens sur le terrain qui vont donner des informations. Si le climat social est tranquille, tu vas avoir une certaine quiétude. Mais si le climat est tendu, qu’il y a des attentats, ben là un moment donné tu vois que le niveau de vigie va augmenter. Donc les autorités vont voir sur le terrain et consultent leurs sources à savoir si telle ou telle personne va bien. Et là, ils ont accès à des informations qui peuvent être indicatrices d’un passage à l’acte. Par exemple «Lui, il va pas ben, il vient de se divorcer, il a un gun, etc.»

Mais ici, on a moins accès à des armes automatique comme aux États-Unis.

Ben pense à Bissonnette .

Donc est-ce qu’on a raison d’être inquiet en ce moment?

Totalement. Et tu sais, au niveau des législations ben...on veut pas y aller. Si le gouvernement américain et le gouvernement canadien obligeait Facebook à bannir les faux comptes, ça règlerait une partie du problème. Facebook fait rien à ce niveau car ça les priverait d’importants revenus.

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