Nous avons accompagné des maniaques de la STM dans leurs adieux au plus vieux wagon du métro | Tabloïd
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Nous avons accompagné des maniaques de la STM dans leurs adieux au plus vieux wagon du métro

Image principale de l'article Adieu au plus vieux wagon de métro de la STM
Photo, Ariane Labrèche.

Quand le métro est arrivé à la station Snowdon aux alentours de 15h20, la plupart des usagers ont machinalement grimpé à bord, comme d’habitude. Mais jeudi, une poignée d’entre eux ont choisi de demeurer sur le quai, appareils photo en main, pour attendre le passage fatidique de 15h28. C’est à ce moment que le plus ancien wagon de métro, le MR-63, entamait son dernier tour de piste, et ils voulaient être sur place pour vivre ce moment historique.

Le MR-63, c’est le train qui se promène partout dans le réseau souterrain de la Société de Transport de Montréal (STM)depuis son inauguration en 1966. Communément associé à la ligne verte, avec ses bancs beige-gris picotés, il ne doit pas être confondu avec le MR-73, le wagon à l’habillage bleu et orangé.

Photo, Ariane Labrèche

Si pour la majorité des gens emprunter le métro n’est qu’un moyen de se rendre du point A au point B, les gens que nous avons accompagnés sont plutôt des passionnés du transport en commun (oui, ça existe). Ces spécimens possèdent même une connaissance quasi-encyclopédique du réseau de la STM et de son histoire.

Prenez par exemple William Gamache, 23 ans, qui développe dans ses temps libres un simulateur du métro de Montréal. «On s’intéresse vraiment à tout ce qui se passe à la STM. On va aux séances publiques du conseil d’administration, à des conférences de presse, on essaie de lire le plus qu’on peut... donc on est pas mal investis là-dedans», explique William, venu profiter une dernière fois du MR-63 en compagnie de son ami Adam Dion.

Adam Dion (gauche), William Gamache (droite).

Photo, Ariane Labrèche

Adam Dion (gauche), William Gamache (droite).

Tristesse et nostalgie

Sentiment étrange que de percevoir un certain attachement émotif entre des êtres humains et des wagons de métro, même si personne ne pleurait à chaudes larmes. «C’est l’histoire de Montréal, carrément, plaide avec conviction Adam Dion. C’est le métro qui a fait bouger la ville depuis ses débuts, c’est lui qui a parti la game et maintenant, c’est la fin. C’est triste, mais de l’avoir fait pendant 52 ans, c’est aussi une grosse prouesse.»

Des passagers prennent des photos de la cabine de l’opérateur.

Photo, Ariane Labrèche

Des passagers prennent des photos de la cabine de l’opérateur.

Pour plusieurs de ces passionnés, les MR-63 sont un souvenir d’enfance, une image à forte saveur nostalgique.

«Je venais d’un milieu plutôt pauvre, et pour moi, la seule manière de sortir et de s’amuser à Montréal quand j’étais enfant, c’était d’explorer différentes stations en se disant: “on sort là, qu’est-ce qu’il y a à faire autour?”. J’habitais sur la ligne verte, donc le MR-63, c’était mon métro, celui avec lequel j’ai grandi, alors que le MR-73, c’était celui des contrées inexplorées», se remémore Théo Boucher, un autre inconditionnel du métro quinquagénaire.

Théo Boucher (gauche) à bord le dernier MR-63.

Photo, Ariane Labrèche

Théo Boucher (gauche) à bord le dernier MR-63.

La STM a organisé une tournée d’adieu des MR-63 sur chacune des lignes de métro cette semaine, pour permettre aux irréductibles de faire leur deuil. William Gamache était présent à tous les évènements.

Il soutient que la décision de retirer les trains était la bonne, sans nier éprouver un brin de tristesse. «J’ai quand même vu quelques problèmes avec les wagons. Considérant que la compagnie qui les a construits n’existe plus, que la STM doit machiner elle-même des pièces et que davantage de trains Azur s’en viennent, ça n’aurait pas été viable pour eux de continuer à les maintenir», observe-t-il, lucide.

Photo, Ariane Labrèche

Quelques-uns des trains MR-63 seront tout de même préservés grâce à divers projets, dont l’aménagement d’une place publique mettant en vedette les anciens wagons dans le quartier Griffintown.

«De bonnes machines»

Outre les passagers, certains opérateurs de métro, comme Benoit Dany, s’ennuieront aussi des anciens wagons.

Benoit Dany

Photo, Ariane Labrèche

Benoit Dany

«Je me sens très bizarre aujourd’hui puisque ce sont des trains que j’apprécie encore beaucoup. Je trouve que les vieux fonctionnent le mieux parce que les nouvelles technologies sont un peu plus fragiles. Au niveau de la conduite, ils sont les seuls qui ont des crans d’accélération et de freinage. On y va plus au feeling, et j’aime ça», confie M. Dany, vêtu d’un uniforme rétro, en cette dernière journée de service des MR-63, savourant ses ultimes instants à bord du train original du métro de Montréal.

Et c’est avec un petit pincement au cœur qu’il a garé son train pour la dernière fois, dans la noirceur du tunnel de la station Snowdon, alors que nos amoureux du métro immortalisaient leur vieux wagon une dernière fois.