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Le rêve américain à la sauce Québec

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Illustration, Christine Lemus

Pas besoin de se balader trop longtemps dans les rues de Montréal pour que l’accent français résonne dans nos oreilles. C’est que depuis 10 ans, la communauté française ne cesse de croitre au Québec, et plus particulièrement dans la métropole, où environ 4000 Français, soit l’équivalent de la municipalité de Maniwaki, s’établissent chaque année. S’ajoute à ça les étudiants et les détenteurs de permis temporaires ou du fameux permis vacances-travail, qui permet à des milliers d’étudiants de venir compléter leur cursus dans la Belle Province.

L’exode des Français vers le Québec débute vers les années 2000. À ce moment, on leur vend la fameuse cabane au Canada, les grands espaces, les chiens de traineaux, la balade à dos d’orignal. Toutefois, si je me fie aux nombreux Français récemment interrogés sur l’avenue Mont-Royal et au parc Laurier — lieux de prédilections des expatriés de l’Hexagone — cet attirail bucolique ne semble aucunement être le moteur de leur migration. C’est plutôt le rythme de vie, les possibilités, la facilité d’emploi et l’esprit entrepreneurial qui les attirent ici désormais. Un espèce de rêve américain à la sauce québécoise, au fond. Et puis? Trouvent-ils chez nous l’eldorado escompté? Oui...et non.

Le Québec, c’est l’Amérique...pas la France

Sur le Plateau Mont-Royal, que certains ont rebaptisé le 21e arrondissement de Paris, les Français ont la réputation d’avoir fait bondir le prix des loyers. Clairement, quand ils débarquent avec leurs euros, le taux de change les avantage, cela fait grimper le prix de l’immobilier en flèche. Ça s’appelle la loi de l’offre et de la demande. Sauf qu’au bout du compte, les Français qui choisissent le Québec comme terre d’accueil trouveront un emploi et seront payés en dollars canadiens. Le coût de la vie est aussi à considérer. Si se loger est bien moins cher qu’en France, le prix de la bouffe, d’internet, des forfaits cellulaire, de l’alcool et des sorties est plus élevé. Au final, ça revient pas mal au même selon plusieurs Français interrogés.

Illustration, Christine Lemus

Dans la série documentaire France PQ, qui se consacre justement à l’exode français au Québec, le maire de l’arrondissement, déboulonne un mythe tenace. «Les Français qui viennent ici ne sont pas tous riches. Beaucoup tirent le diable par la queue.» Mansour, un Français d’origine tunisienne qui œuvre dans l’industrie du cinéma, abonde dans le même sens. «J’ai croisé une fois une fille de Montpellier qui était vendeuse dans un Couche-Tard, elle était tellement heureuse d’avoir trouvé cette job. C’est certain que les Français qui débarquent sont heureux de trouver un emploi, même de merde, et un appart en un rien de temps. Ça fait rêver. Une fois sur place, ils réalisent par contre qu’ils sont du cheap labor

Et il y a le choc culturel, aussi. «J’ai eu un gros choc quand je suis venu ici, il y a 18 ans», explique Mansour. «Bien que nous partageons la même langue, le Québec, à bien des égards, est plus proche de la mentalité britannique. Le rapport entre les gens est très différent. Au premier abord, les gens ont l’air super ouverts et accueillants. Mais tu ne rentres pas si facilement dans l’intimité de quelqu’un. À l’inverse, en France, on est plus sur la réserve au début.»

Est-ce à cause de ce choc culturel et de la difficulté à trouver un emploi satisfaisant et correspondant à leur degré de compétence que beaucoup de Français retournent dans leur pays d’origine au bout d’un certain temps? «Même s’il n’existe pas de chiffres officiels en la matière qui fassent consensus, le journaliste de l’émission Enjeux diffusée sur Radio-Canada (cité par Linquette, 2008), avançait « que ce n’est pas 5%, mais 20% des Français qui quittent le Québec après deux ans et demi, un autre tiers après 5 ans et près de 50% au bout de huit ans. »

Beaucoup de Français retournent donc chez eux. Laurent, rencontré au parc Laurier, est venu au Québec avec trois amis il y a environ dix ans. Il est le seul à être resté.Pourtant, le Français représente «l’immigrant idéal». Une grande partie des ressortissant français ont une formation universitaire et de bons revenus. «Souvent, ce n’est qu’une fois partis qu’on réalise le potentiel de son pays...», confie Mansour. Plusieurs rentre au pays car leur famille et leur amis leur manque. C’est le cas de la famille de Virginie, rentrée en France il y a peu après quelques années passées ici. «Nous sommes rentrés en France pour nous rapprocher de notre famille. Le Québec ne nous a pas vraiment déçu, mais nous avions des manques.»

Tous sur le plateau?

Si les Français sont nombreux sur le Plateau, ils occupent désormais aussi plusieurs quartiers avoisinants. C’est le cas notamment de Rosemont Petite-Patrie, où le nombre d’expatriés français est en forte hausse. Selon les chiffres que nous a fournis le maire de l’arrondissement, François Croteau, c’est surtout dans la portion Petite-Patrie qu’il y a plus de Français. «Il a même plus de Français que d’Italiens dans la Petite-Italie. «Il y avait 6700 Français sur le Plateau en 2016. Maintenant, ces chiffres sont probablement à la baisse et en hausse dans RPP. » Le maire attribue la popularité de son quartier auprès de la communauté française à sa centralité et à l’accès des services à proximité. «Dans Petite-Patrie, le taux de déplacement en transport actif est plus important que sur le Plateau.» La proximité du marché Jean-Talon serait aussi une raison, mais également le fait que le quartier soit très favorable aux familles. «Dans ma ruelle, toutes les nouvelles familles sont des Français», explique le François Croteau.

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