L’artiste-ouvrier d’Hochelag’ | Tabloïd
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L’artiste-ouvrier d’Hochelag’

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Léopol Bourjoi n’est pas un artiste comme les autres. D’abord il est autodidacte. Léopol a appris la peinture et la sculpture par lui-même. Il a réalisé des dizaines d’oeuvres du bout de ses huit doigts. Oui. Vous avez bien lu. L’artiste est né avec huit doigts — cinq dans une main et trois dans l’autre. En 2018, c’est loin d’être la fin du monde, mais dans les années 50–60, les perspectives d’avenir n’étaient guère reluisantes pour ce fils d’ouvrier. 

Après une enfance difficile à tenter de faire sa place dans un milieu qui lui était hostile, Léopol, malgré son âme de créateur, a décidé de prendre le chemin de l’usine comme son père avant lui. Il a appris à jouer dans les machines en portant différents chapeaux afin de mieux comprendre la réalité (faite de grandeurs et de misères) de ses concitoyens. C’est seulement après avoir appris la vie d’ouvrier qu’il a pris le chemin des hautes études pour compléter sa formation en art à l’Université du Québec à Montréal. 

« Quand on a des ressources pis qu’on a réussi à avoir des ressources intellectuelles, des ressources autres qui nous permettent de quitter un quartier comme Hochelaga, c’est justement le temps de rester. » 

La réflexion sur Hochelaga est la sienne et résulte d’une vie passée à côtoyer la misère, la violence et les visages de ceux qui étaient contraints de speak white à la shop

Même si toutes les raisons étaient bonnes pour le pousser à quitter ce quartier parfois mal aimé de la métropole, Léopol Bourjoi a choisi d’y construire son atelier-résidence, sur le site d’une ancienne boulangerie industrielle dont il a pu récupérer certains éléments pour garder l’esprit des lieux en vie. 

Il s’est doté d’une double mission : d’abord démocratiser l’art, qui, selon lui, est partout autour de nous, dans les gestes les plus simples, malgré le discours parfois élitiste associé à ces disciplines. Ensuite, celle d’honorer et de transmettre la mémoire de ces générations de femmes et d’hommes qui ont contribué à façonner l’identité d’Hochelaga-Maisonneuve. Pour ce faire, il s’engage, en compagnie de sa douce, à accueillir tous ceux qui viennent cogner à la porte de son atelier. C’est un peu sa définition de la lutte des classes. 

Pari réussi? À vous de voir.