«Dealers» de travaux scolaires | Tabloïd
/tabloid

«Dealers» de travaux scolaires

Image principale de l'article «Dealers» de travaux scolaires
Illustration Christine Lemus

Nuits blanches, surdoses de café, lectures interminables: c’est la réalité de plusieurs étudiants présentement en fin de session. Qui n’a pas fantasmé durant ce rush que quelqu’un réalise tous ses travaux à sa place? Un rêve possible en échange de quelques centaines de dollars. On a justement voulu tester en douce comment fonctionnent les services clandestins de rédaction de travaux universitaires. 

D’emblée, il n’est vraiment pas difficile de trouver quelqu’un prêt à faire ton travail, les petites annonces sur Kijiji défilent à la tonne lorsqu’on inscrit «rédaction» dans la barre de recherche. 

En quelques jours, je contacte dix personnes en me présentant comme un étudiant de l’UQAM. Sur ce nombre, j’en rencontre trois, avec en main les consignes d’un ancien travail que j’ai déjà rédigé sur la politique étrangère des pays de l’Asie de l’Est. 

La première personne contactée me propose 700 $ pour le travail. Ouf. Par chance, le deuxième individu réclame plutôt 240 $. La troisième personne rencontrée se désiste, n’ayant pas le temps et ni les capacités de réaliser un travail de cette envergure. J’opte donc pour le deuxième rédacteur. Malgré quelques embûches, j’obtiens finalement le travail à temps, mais est-il de qualité? 

Pour tout savoir de cette expérience, cliquez sur le lien ci-dessous. 

Les sites de petites annonces comme Kijiji ne sont pas les seuls endroits où il est possible de trouver des gens à qui sous-traiter nos travaux scolaires. Le bouche-à-oreille entre étudiants s’avère une autre option. C’est de cette façon que Mathieu en est venu à rédiger près de 200 travaux universitaires sur une période de trois ans. «J’ai commencé en dépannant des amis et éventuellement, j’ai fini par faire de 20 à 40 travaux par session», explique celui qui obtenait en moyenne des 90 %. 

Mathieu exigeait généralement 10 $ par page, mais lorsque le nombre de pages était assez élevé, il réduisait le prix puisqu’il «se sentait mal de charger 300 $ à quelqu’un». Il pouvait écrire autant des résumés de lecture de quelques pages que des travaux plus substantiels de dizaines de pages. 

Malgré une productivité clandestine impressionnante, Mathieu ne s’est jamais fait prendre, même si «c’est passé proche une ou deux fois». Les sanctions possibles l’embêtaient à peine et il se souciait peu de l’enjeu éthique. «Il y a du monde prêt à payer pour ce service-là, donc je ne me sentais pas particulièrement mal», avoue-t-il. 

La remise d’un travail acheté représente évidemment une offense dans n’importe quelle université. Les conséquences peuvent être toutefois variables. Un comité rencontre généralement l’étudiant pour déterminer s’il est fautif ou non et quelle doit être sa peine. Par exemple, à l’Université de Montréal, «la sanction la plus clémente est la réprimande et ça va jusqu’à l’exclusion», mentionne son attachée de presse Julie Gazaille. Elle ajoute par contre que les sanctions appliquées sont généralement graves dans ce genre de situation. «Il s’agit en principe de suspension du programme ou d’exclusion de l’université», indique-t-elle. 

Illustration Christine Lemus

Ce genre de tricherie demeure par contre peu utilisé par les étudiants. «Bien évidemment, ceux qui achètent des travaux, c’est moins fréquent que les sources mal citées», fait remarquer la porte-parole de l’Université Laval, Andrée-Anne Stewart. 

Les universités s’en réjouissent probablement puisque prouver qu’un étudiant a acheté un travail demeure une tâche complexe. «Si la personne ayant rédigé le travail n’a pas fait de copier-coller et qu’il s’agit vraiment d’un travail original, c’est évidemment difficile pour l’enseignant de voir quoi que ce soit», explique le coordonnateur au Service de soutien académique de l’UQAM, Marc-Olivier Desbiens. 

Les trois universités québécoises ne tiennent pas de chiffres précis sur les situations où un étudiant s’est fait prendre à remettre un travail acheté. Elles ont plutôt des statistiques sur le nombre de cas de plagiat ou d’infractions de nature scolaire. 

L’achat de travaux universitaires par l’intermédiaire de services clandestins n’est pas un phénomène nouveau, d’autres médias en ont déjà parlé dans le passé. Cette technique de plagiat demeure pourtant à ce jour facile et rapide à utiliser, surtout si on a quelques centaines de dollars à dépenser pour échapper aux cernes et à quelques nuits blanches.