Analyse du manifeste des «nonos qui ont des pattes de chien sur leurs t-shirts» | Tabloïd
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Analyse du manifeste des «nonos qui ont des pattes de chien sur leurs t-shirts»

Image principale de l'article Analyse du manifeste de La Meute
Montage: Charles-André Leroux

C’est en pleine quête de pertinence que la Meute vient de dévoiler son manifeste à la nation. Un document de seize pages, dont l’objectif est de clarifier la raison d’être et les revendications du groupe identitaire, souvent accusé (à tort selon ses membres) d’être raciste, d’extrême-droite et islamophobe.

Vous vouliez tout savoir sur les loups? Rassurez-vous, nous nous sommes tapé le sale boulot pour vous sauver du précieux temps.

Un préambule inspirant

Ça commence fort dès la première page, où nous avons d’abord droit à une photo de loup fâché, tirée d’une banque d’images, sur laquelle on a inscrit «LE MANIFESTE».

Fait amusant: la même photo est utilisée en page couverture du livre Wolves, Sheep, and Sheepdogs: A Leader’s Guide to Information Security, disponible pour $ 7,98 sur Amazon. On ne l’a pas lu, mais ça semble une aubaine. Celui à droite, là.

Aucun loup n’a été blessé lors de la prise de cette photo.

Captures d’écran

Aucun loup n’a été blessé lors de la prise de cette photo.

La page deux est presque blanche, sauf pour les citations profondes de deux grands hommes, Abraham Lincoln et Steve Jobs, en police de caractère Arial.

Inspirant.

La seconde page du manifeste de La Meute

Capture d’écran

La seconde page du manifeste de La Meute

Et ensuite, ce sont les vraies affaires qui commencent.

C’est quoi, la Meute?

La Meute, c’est bien des choses, mais elle se définit principalement comme «un groupe citoyen de pression politique qui milite pour la défense des droits de la personne, qui fait la promotion de la démocratie et qui défend le principe de la laïcité.»

Elle se donne comme objectif clair de représenter ses membres auprès des paliers gouvernementaux, sans pour autant former de parti politique. On pourrait dire qu’elle se voit un peu comme un lobby pas encore enregistré au Registre des lobbyistes.

Il n’y a étrangement aucune mention ici de la mission qu’elle avait à sa fondation: protéger le Québec de l’invasion de l’islam radical et de l’implantation de la charia. Heureusement que la page d’accueil de leur site officiel, où l’on retrouve encore le loup du livre pas cher, nous le rappelle sans détour.

La page d’accueil du site web de la Meute.

Capture d’écran

La page d’accueil du site web de la Meute.

«Le manifeste semble être une opération de relations publiques de la Meute pour essayer de normaliser son identité politique pour qu’elle ait l’air moins problématique ou extrémiste que ce qu’elle est dans la réalité», estime le professeur du département de Sociologie de l’UQAM et expert en mouvements sociaux et contestation, Marcos Ancelovici.

«Quand on voit leur site web et qu’on voit les propos de leurs membres sur Facebook, où des gens ont félicité Alexandre Bissonnette d’avoir tué des musulmans à Québec et tiennent des propos violents et racistes, on observe vraiment un décalage entre la réalité et leur discours dans le manifeste», ajoute-t-il.

Ce que la Meute met de l’avant dans son document est surtout qu’elle est «la voix du peuple» et représente «la majorité silencieuse», des termes habituellement associés au populisme, juge Maxime Fiset, ex-skinhead néonazi devenu chargé de projet au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV).

«Cette majorité n’est pas silencieuse, parce qu’on l’entend en tabarnak, la Meute. Les membres semblent oublier que la minorité a des droits garantis par la constitution et qu’on ne peut pas imposer une dictature de la majorité. C’est une forme d’assimilationnisme appuyé par l’État qui vient conforter leur concept imaginé d’un “peuple” uni par des caractéristiques qui viennent nier les différences des minorités», dit-il au bout du fil.

Photo: Daniel Mallard — Montage: Charles-André Leroux

Les revendications

Sans plus tarder, voici les 17 revendications de la Meute.

Dans le manifeste, elles sont détaillées une à une, en quelques lignes, mais restent généralement floues et proposent peu de solutions concrètes aux problématiques mises de l’avant.

Le premier point du document est un exemple parfait de tout ça. Le groupe exige l’implantation d’un système de 50% + 1 voix pour élire un gouvernement et demande «que notre démocratie soit plus à l’écoute du peuple», sans pour autant proposer de système de rechange.

«Ils se désengagent de la partie prenante pour réaliser leurs objectifs. C’est comme si Greenpeace disait: “nous on veut sauver l’environnement, mais on ne vous donnera pas de suggestions sur comment. On représente la voix de la majorité silencieuse, la nature, et vous devez l’écouter”», commente Maxime Fiset.

Photo: Daniel Mallard — Montage: Charles-André Leroux

C’est de la faute des immigrants

Un point récurrent est que les gouvernements du Canada et du Québec donnent trop d’argent aux immigrants et laissent le peuple de côté.

«Dans le point 2, ils disent qu’il faut réviser le nombre d’immigrants puisque les contribuables sont à bout de souffle, mais affirment dans le point suivant qu’il faudrait augmenter les sommes dépensées pour protéger les frontières, par exemple. En fin de compte, ça n’a rien à voir avec l’argent. Leur point est juste que l’immigrant représente la menace extérieure», analyse Maxime Fiset.

Même leur revendication de revoir les programmes d’aide aux sans-abris est mise en parallèle avec les maudits immigrants qui prennent l’argent des payeurs de taxes.

«Ils mettent les deux en opposition comme si l’argent dépensé pour les réfugiés était dilapidé aux dépends des sans-abris. Si on se souciait sincèrement des populations pauvres, on pourrait penser à une fiscalité plus progressive ou à la taxation d’entreprises, mais il n’y a rien de ça dans le document. C’est un discours typique de l’extrême-droite», remarque Marcos Ancelovici.

Notons que l’immigration est un dossier fédéral alors que l’aide aux sans-abris est de compétence provinciale.

Le discours de la Meute sur les sans-abri rejoint celui du groupe néonazi Atalante, qui distribue dans cette photo de la nourriture uniquement aux itinérants «de souche» au centre-ville de Montréal.

Photo: Facebook — Montage: Charles-André Leroux

Le discours de la Meute sur les sans-abri rejoint celui du groupe néonazi Atalante, qui distribue dans cette photo de la nourriture uniquement aux itinérants «de souche» au centre-ville de Montréal.

Mais c’est surtout de la faute des musulmans

Ce n’est pas un secret, la Meute a peur de l’invasion musulmane et de l‘implantation de la charia au Québec, ce qui correspond pas mal à la définition de l’islamophobie.

C’est apparent tout au long du manifeste, où un grand nombre de leurs revendications visent quasi-exclusivement les musulmans, même si le groupe religieux n’est presque jamais mentionné explicitement.

On pense entre autres à l’interdiction du rituel de sacrifices animaux, une pratique déjà encadrée par les lois actuellement en place.

«Je trouve ça intéressant qu’ils utilisent l’égalité homme-femme pour attaquer l’islam alors que les figures publiques de la Meute ne sont que des hommes et que leur manifeste ne met pas de l’avant d’autres causes féministes. Il y a bien d’autres choses qui pourraient être faites pour l’égalité hommes-femmes au Canada qui sont plus prioritaires que le bannissement du niqab et de la burqa», constate Marcos Ancelovici.

Le porte-parole de la Meute qui a présenté le manifeste, Sylvain Maikan Brouillette, a déjà affirmé sur les réseaux sociaux qu’il n’y a qu’un seul islam et qu’il est radical.

Capture d’écran

Le porte-parole de la Meute qui a présenté le manifeste, Sylvain Maikan Brouillette, a déjà affirmé sur les réseaux sociaux qu’il n’y a qu’un seul islam et qu’il est radical.

La Meute se positionne d’ailleurs en faveur de l’abolition du cours d’Éthique et culture religieuses (ECR) puisqu’il n’est en fait qu’une «séance prolongée de lavage de cerveau de nos enfants pour leur enlever tout sens critique envers le multiculturalisme» et qu’il «n’appartient pas à l’État de faire de l’enseignement religieux.»

«ECR n’est pas un cours de religion, mais bien un cours de sciences des religions et ils disent même que c’est une conspiration pour laver le cerveau des enfants! Ça veut dire qu’il y aurait quelqu’un à quelque part qui aurait prévu le cours d’ECR pour laver le cerveau des gens. Encore une fois, la nuance échappe aux radicaux», note Maxime Fiset.

Photo: Daniel Mallard — Montage: Charles-André Leroux

Tout le monde est un terroriste

La revendication la plus farfelue du manifeste pourrait bien être celle qui demande une redéfinition du terrorisme domestique.

Elle va jusqu’à dire que «tout individu ou groupe qui commet des voies de fait», «qui fait l’apologie de la violence sur les réseaux sociaux», «qui fait obstacle (...) au droit des citoyens de manifester paisiblement», «qui perturbe gravement ou paralyse des services», «qui participe à une manifestation à visage masqué» ou qui «incite à la haine contre des groupes ou des personnes identifiables» devrait être déclaré terroriste domestique. C’est large et pas à peu près.

«Mis à part le fait qu’ils font des phrases de dix lignes, ça ne pourrait pas tenir la route si on tentait de l’appliquer, estime Marcos Ancelovici. Ils parlent de paralyser des services. Est-ce qu’une grève dans ce cas-là serait du terrorisme? On voit qu’ils ciblent surtout les anarchistes et les étudiants.»

Maxime Fiset et Marcos Ancelovici s’entendent pour dire que la Meute elle-même tomberait sous sa propre définition de terrorisme puisque ses membres font eux-mêmes l’apologie de la violence et incitent à la haine sur les réseaux sociaux.

Oups.