Commander un faux drink pour se sauver en cas d’harcèlement | Tabloïd
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Commander un faux drink pour se sauver en cas d’harcèlement

Image principale de l'article Un faux drink pour se sauver en cas d’harcèlement
Illustration Christine Lemus

Dans 16 bars au Québec, il est possible de commander un « Angelot », un faux drink permettant d’alerter subtilement le personnel en cas de harcèlement. L’initiative plaît tellement qu’une centaine de bars ont approché les responsables pour l’implanter dans leur établissement. Près d’un an après l’annonce de cette mesure, on s’est rendus dans quatre bars de Montréal pour vérifier incognito si l’« Angelot » fonctionne réellement.

En mars 2017, l’Alliance pour la santé étudiante au Québec (ASEQ), ainsi que les campagnes contre les violences à caractère sexuel « Sans oui, c’est non ! » et « Ni viande ni objet » annonçaient leur volonté d’instaurer l’« Angelot » dans plusieurs bars. Six mois plus tard, en septembre, la mesure était officiellement mise en place.

L’objectif : venir en aide aux personnes qui se sentent harcelées ou qui ont été victimes d’une agression dans un bar. Dès qu’un membre du personnel est alerté, il doit suivre une procédure assez simple, explique le vice-président de l’ASEQ, Patrice Allard. « Il faut rester physiquement avec la personne et l’accompagner dans un endroit sécuritaire », explique-t-il.

La deuxième étape consiste à demander à la personne ce qu’elle désire faire par la suite. Plusieurs options s’offrent à elle : rester dans le bar, aller dans un autre endroit, appeler un taxi ou même contacter les forces policières s’il y a eu agression sur place.

C’est exactement ce que TABLOÏD a voulu vérifier avec ce reportage. Quatre bars de Montréal ont d’abord été ciblés: La Maisonnée, La P’tite Grenouille, les 2 Pierrots et le pub 100 Génies. Ces adresses font partie des 16 établissements québécois qui sont accrédités pour servir l’« Angelot ». Jasmine a joué le rôle de la victime tandis que Jean, l’agresseur.

Illustration Christine Lemus

D’emblée, mentionnons que l’expérience a été concluante dans tous les établissements. Les intervenants ont isolé Jasmine dès les premiers instants, d’autant plus qu’il s’agissait du premier cas « Angelot » pour chaque bar.

On a toutefois remarqué quelques lacunes. Au pub 100 Génies, par exemple, Jasmine est sortie du back-store au moment où Jean se dirigeait vers les toilettes pour vérifier si elle y était et ils sont tombés face à face. Personne n’a tenté de s’interposer entre Jasmine et Jean, malgré le fait qu’il était le présumé harceleur. « Quand elle est sortie, le gars était là, on ne savait pas, mais on va s’améliorer sur cette partie-là », a tenu à préciser le directeur du bar, Jean-Sébastien Collette, mis au parfum de notre expérience.

La mesure n’est pas encore très connue du grand public, mais elle a assurément la cote auprès des bars. Des établissements de tout genre contactent en grand nombre les responsables de l’initiative pour l’implanter.

L’ASEQ et les deux campagnes de sensibilisation retiennent toutefois « un peu l’offre » pour s’assurer de « contrôler la qualité du service qui est offert ». Les trois partenaires préfèrent pour l’instant avoir un bon suivi auprès des bars, déjà accrédités ou en cours d’accréditation. Augmenter le nombre de bars nécessite également plus de ressources, d’argent et de temps.

D’ailleurs, si le grand public en sait relativement peu sur ce faux cocktail, c’est qu’il est très dispendieux d’investir dans des publicités à grand déploiement. Les responsables favorisent ainsi des techniques de communication moins dispendieuses. « À moins qu’on ait un donateur généreux de quelques millions de dollars et qu’on puisse faire des pubs télé, radio et journaux, on va demeurer avec le bouche-à-oreille, l’affichage dans les bars et les communications internes dans les universités et les cégeps », avance M. Allard.

À la base, et encore à ce jour, la clientèle cible de l’initiative demeure les étudiants des cégeps et des universités québécoises. Le projet a d’ailleurs été développé en collaboration avec plusieurs associations étudiantes.

Certains endroits accrédités ne portent pourtant pas nécessairement l’étiquette de « bar étudiant », comme aux 2 Pierrots. Pourtant, peu importe l’âge, les clients semblent apprécier l’initiative, d’après la propriétaire du bar Marilou Sciascia Ruel. « Nous, on a une clientèle très spéciale, c’est-à-dire qu’il y a des gens de 50 ans et des gens de 18 ans dans la place. Souvent, les parents viennent avec leurs enfants. Que le parent voit qu’il y a l’“Angelot”, c’est sûr que ça le rassure », explique-t-elle.

Pour l’instant, le nombre de cas « Angelot » n’a pas été comptabilisé. Les responsables feront un bilan complet d’ici quelques mois, mais peu importe la quantité de personnes qui utilisent l’« Angelot », Patrice Allard estime que le programme mérite de rester. « La première personne qui utilise le service justifie son existence pour nous. Ça vaut les milliers de dollars dépensés en communication, en formation et en mise en œuvre du régime », avance-t-il.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a pas encore voulu se prononcer sur l’efficacité et la pertinence de l’« Angelot » puisqu’ils ne possèdent pas de chiffres officiels sur la mesure. La police ne tient pas non plus de données spécifiques sur le harcèlement et les agressions sexuelles dans les bars.Évidemment, l’« Angelot » ne vient pas régler la question des violences à caractère sexuel consent M. Allard. Il s’agit d’un outil de plus pour contrer le problème.

Le chef marketing de La P’tite Grenouille, Alexandre Daigneault, pense que les dénonciations des derniers mois, en marge du mouvement #MoiAussi, favorise un vent de changement, entre autres dans le milieu des bars. « Je pense que l’“Angelot”, c’est un atout, c’est un plus, mais avec ce qui est arrivé, je crois que les gens ont eu une prise de conscience », affirme-t-il.

Pour visionner notre expérience complète en caméra cachée, cliquez sur la vidéo ci-dessous.

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