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J’ai visité un nouveau dispensaire de weed clandestin à Montréal

Image principale de l'article Visite un nouveau dispensaire de weed clandestin
Photo Nicholas De Rosa

Il y a un an, jour pour jour, par un froid sibérien, Marc et Jodie Emery ouvraient six dispensaires illégaux de cannabis à Montréal. L’engouement entourant Cannabis Culture était à tout casser, mais aura été de courte durée. 48 heures, en fait. La police a mené des descentes dans les commerces, une dizaine de personnes ont été arrêtées et on n’a plus jamais revu de magasins de la sorte en ville... jusqu’à tout récemment.

Ouvert depuis environ une semaine, le dispensaire en question est très semblable à ceux qui ont vu le jour l’an dernier. Le décor est minimaliste, le produit est affiché dans de gros pots de verre et la sélection est abondante. La seule différence, c’est qu’au lieu d’avoir pignon sur rue, la boutique est située dans un appartement du Vieux-Port.

Marc Emery à Montréal

Photo d'archives

Marc Emery à Montréal

Il faut d’emblée être débrouillard pour trouver le logement. En arrivant à ce que je crois être le dispensaire, je me perds dans un gros immeuble de bureaux de la rue Notre-Dame. Pourtant, l’application qui vous aide à trouver des fournisseurs de pot locaux, Weedmaps (qui m’a appris l’existence de ce dispensaire secret), m’indique que je suis au bon endroit. Je décide d’appeler le commerce pour m’orienter un peu.

Le gars à l’autre bout du fil s’exprime difficilement en français. Pas même un bonjour-hi! Pas de problème, je switch à l’anglais. Il me dit de traverser la rue et de me rendre dans un appartement. Je suis ses indications.

L’appartement où se trouve le dispensaire.

Photo Nicholas De Rosa

L’appartement où se trouve le dispensaire.

Une drôle de place

J’arrive dans une immense pièce blanche dépouillée. Une table, des pots mason remplis de pot et un mur de briques. Il y a aussi une feuille 8 ½ x 11 où il est écrit «18+» accrochée dans le coin. Je me sens à la fois dans un commerce, à la fois chez un dealer sophistiqué. L’employé, un colosse d’une trentaine d’années, m’accueille chaleureusement, me montre chacun de ses produits et m’informe que je pourrai payer crédit.

Je m’identifie en tant que journaliste, ce qui ne l’ébranle pas vraiment. Au contraire, il a même répondu à quelques-unes de mes questions.

Les produits offerts par le dispensaire clandestin.

Photo Nicholas De Rosa

Les produits offerts par le dispensaire clandestin.

«On a vu une opportunité d’affaires et on s’est installés ici», se contente-t-il de dire quand je lui demande pourquoi il a ouvert le commerce. Il précise que lui et son patron viennent de Toronto, où existent déjà plusieurs dispensaires tolérés par les autorités. Sans avancer de chiffres, il assure que les affaires «vont bien».

Je lui rappelle que, l’an dernier, les boutiques illégales de Cannabis Culture ont dû fermer leurs portes moins de deux jours après leur ouverture. Il hoche les épaules et m’oriente vers son patron pour des questions supplémentaires.

«Salut, je ne suis pas intéressé», me répondra plus tard ce dernier, par courriel.

Jodie Emery salue l’initiative

Jointe au téléphone, la co-propriétaire de la chaîne Cannabis Culture voit l’ouverture de ce dispensaire d’un bon œil.

«Le cannabis devrait être accessible pour tout adulte qui en veut ou qui en a besoin. Toute restriction à l’accès est une restriction à la liberté. Je soutiens donc toute initiative qui veut faciliter l’accès au cannabis», commente l’activiste.

Jodie Emery

Photo Facebook

Jodie Emery

Mme Emery précise toutefois que le Québec demeure un «territoire très risqué» pour les boutiques du genre. Elle ajoute que les interventions policières dans ses magasins ont été «très dures», mais que l’engouement et les longues files ont démontré «le soutien des montréalais pour l’accès au cannabis».

On ne peut pas parler du même type d’affolement général pour ce dispensaire clandestin, qui semble jusqu’à maintenant opérer sous le radar. Au moment de ma visite, jeudi après-midi, il n’y avait personne ou presque.

En fait, le seul client croisé sur place a fait l’éloge du service et de la qualité du cannabis offert au dispensaire, même s’il doutait pouvoir en profiter bien longtemps.

Chose certaine, même s’ils finissent par se faire descendre par les policiers, les gestionnaires du dispensaire pourront se vanter qu’ils ont mieux tenu le coup que le «prince» et la «princesse» du pot.