J’ai testé les meilleures voyantes du Québec | Tabloïd
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J’ai testé les meilleures voyantes du Québec

En théorie, personne ne croit aux voyantes. Mais à peu près tout le monde possède les coordonnées de l’une de ces sorcières des temps modernes dans son téléphone intelligent. 

C’est du moins ce que je constate après avoir lancé un appel sur les médias sociaux afin de dénicher les meilleures voyantes du Québec. Que vous soyez électricien, prof, acteur, politicien, journaliste, chauffeur d’autobus ou dentiste, vous avez été nombreux à partager avec moi l’identité de votre voyante personnelle. 

Dans le lot, quatre noms revenaient. J’ai décidé de les consulter dans un court laps de temps afin de vérifier si leurs prédictions allaient, ou non, se recouper et, bien entendu, se réaliser. 

Ne cherchez pas les coordonnées de ces superstars de la voyance dans les petites annonces ou sur le web. La crème de la crème ne compte que sur le bouche-à-oreille pour noircir son agenda. Certaines ne reçoivent même que sur référence et ont un horaire plus chargé que Justin Trudeau. Pour celles-là, il faut compter de six mois à deux ans pour obtenir un rendez-vous. Mais comme j’ai une bonne étoile, j’ai réussi à me tailler une place dans leur horaire. 

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La sorcière de L'Anse  

Deux ans. C’est le temps d’attente moyen pour obtenir un rendez-vous d’une demi-heure avec la voyante de L’Anse-St-Jean. On chuchote que les plus grandes stars, dont Céline Dion, la consulteraient régulièrement. Secret professionnel oblige, je ne saurai jamais si c’est vrai. 

Dans sa maison de la route 170, Johanne, c’est son nom, décroche le téléphone chaque premier du mois et seulement entre 14 et 16 heures. J’obtiens miraculeusement une séance avec elle. 

 

Six heures de route séparent Montréal de L’Anse-St-Jean. On longe le fleuve Saint-Laurent, on traverse les Sept-Chutes, Baie-St-Paul et La Malbaie avant de s’enfoncer dans une forêt qui longe plusieurs lacs et une rivière à saumon. J’arrive en avance au village, ça fait que je décide d’aller manger. Entre deux bouchées de pizza all dressed, je réalise que j’ai perdu l’adresse de la voyante. Je demande à la serveuse si elle sait où elle habite. Elle part à rire et me pointe la maison à côté du casse-croûte. «Tout le monde sait où elle reste par icitte. Tu peux laisser ton auto dans notre stationnement, elle aime pas ça quand on se parke dans son entrée.» 

 

Sur la porte du bungalow en briques blanches, une note. «Veuillez entrer, enlever vos chaussures et descendre en bas». Le sous-sol semble resté figé dans le temps. Sur une table basse s’empilent de vieux magazines à potins et des livres de Marc Fisher. Deux canapés fleuris se font face et un téléviseur diffuse un film d’après-midi à TVA. Le son est très fort, un stratagème utilisé pour ne pas que les clients qui patientent en se régalant de la version française du Journal d’une princesse entendent ce qui se dit dans le petit bureau où officie la voyante. 

Mon tour arrive. Je suis Johanne dans la pièce du fond. Elle ne connaît pas mon nom et ignore mon numéro de téléphone puisqu’une autre personne a pris rendez-vous à ma place. Dès qu’elle referme la porte, elle m’avoue se souvenir de moi et me demande si je suis venue la voir lorsque j’étais enfant. Oui. Je devais avoir 10 ou 11 ans et j’accompagnais ma mère. 

La séance débute. Pas de jeu de tarot, pas de boule de cristal ni de pierres quelconques à l’horizon. Johanne plante son regard dans le mien et les mots déferlent. Elle ne s’arrête que de brefs instants pour reprendre son souffle. L’exercice de parole automatique dure une bonne quinzaine de minutes, pendant lesquelles j’apprends dans le désordre que je souffre d’anémie, que j’ai des problèmes de dos, que l’eau s’infiltre dans le mur avant de ma maison, que je voyagerai en Europe très prochainement, que je déménagerai dans pas long et que l’année qui s’amorce en sera une de changements majeurs. 

Puis, elle me dit qu’il y a quelqu’un à côté de moi. Paraît que c’est un ami à moi décédé dans un accident. Elle n’arrive pas à dire de quel genre d’accident il s’agit. Elle me parle d’avion et me dit que son prénom débute par la lettre A. Des frissons traversent mon corps. Je sais très bien de quel ami elle parle, mais je n’ai pas envie de croire qu’une telle chose soit possible, alors je me dis qu’elle a simplement frappé au bon endroit par hasard. 

Johanne parle ensuite de mon mari, de mes enfants et des membres de ma famille avec tant de précision que je me mets à la questionner sur sa technique. Elle m’avoue qu’elle ne sait pas comment elle arrive à voir toutes ces choses. «Je suis de même depuis que je suis toute petite. C’est comme ça. Je sais des choses, c’est tout.» Je lui demande alors si elle est capable de déterminer quel est mon métier. Elle réfléchit, mais pas longtemps, et m’annonce que je suis écrivaine ou journaliste. 

Là, je me dis qu’il y a tout de même une infime chance pour qu’elle m’ait reconnue. Je veux dire, je suis loin d’être connue, mais elle a tout de même pu lire mes livres ou mes chroniques, m’entendre à la radio ou me voir à la télé. J’avoue par contre que mon scepticisme est ébranlé par tant de révélations sur ma propre vie. 

On discute longtemps. Je lui révèle enfin que je fais un papier sur quelques voyantes québécoises triées sur le volet. Je lui pose beaucoup de questions. Elle me parle des policiers qui viennent encore la consulter quand des personnes disparaissent. Elle me parle de la difficulté qu’elle a eue à vivre avec son don une bonne partie de sa vie. Elle me dit qu’il y a encore des gens qui changent d’allée quand ils la croisent à l’épicerie du village. «On m’aurait probablement brûlée vive à une autre époque. Astheure, le monde se contente de me parler dans le dos.» Elle me parle à voix basse de la mort de son frère, une mort qu’elle avait vue venir, mais qu’elle n’a pas pu empêcher, l’année d’avant. Le temps file, et la séance se termine. Je lui tends les 40 $ dollars que coûte la consultation. Johanne les refuse. «Ça m’a fait du bien de te parler», elle dit. En sortant du bureau, je réalise qu’une heure et demie s’est écoulée. Johanne me fait une accolade et me fait promettre de revenir la voir, cet été, pendant que je serai à L’Anse pour pêcher le saumon. Je ne sais pas comment elle a fait pour savoir que je reviendrais pêcher par chez eux à ce moment-là. Probablement que quelqu’un au village lui a dit. Dans ces petites places-là, tout se sait. 

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Johanne Villeneuve est sans doute la voyante la moins anonyme rencontrée pour ce dossier. Ses bureaux, installés dans un édifice commercial près de Trois-Rivières, sont situés au-dessus d’une pizzéria. Très populaire sur les médias sociaux, Johanne fait de la voyance en direct sur Facebook tous les lundis à 19 h 30 et gère son don comme une véritable PME, allant même jusqu’à organiser des formations de groupe à Cuba. Je suis allée consulter celle qui prétend parler aux morts.